En cette fin de mois d’août, des enfants sillonnent entre les abris de fortune du campement de Maurepas à Rennes. Dans quelques jours, pour la grande majorité d’entre eux, sonnera l’heure de la rentrée des classes dans un des établissements scolaires de la ville.

Plus de 200 personnes vivent aujourd’hui dans les tentes installées dans le camp, dont 34 familles avec au total une soixantaine d’enfants. « Il y en a une quarantaine en primaire et maternelle. Le reste au collège et au lycée. Les plus petits feront leur rentrée dans la semaine et les autres un peu plus tard », apprends Armelle Bounya, militante pour le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples). Les élèves seront répartis dans plusieurs établissements. « Ça été fait en fonction de la proximité des transports. Tout le monde ne peut pas aller dans les écoles du quartier. »

Une rentrée particulière

Brosse à dents dans les mains et lunettes sur le nez, Franklin, 8 ans, s’apprête à rentrer en CM2 à l’école Toni-Morisson, le groupement scolaire dans lequel il était déjà inscrit l’année dernière. Entre deux sourires, ce petit génie des maths avoue avoir hâte « d’apprendre de nouvelles choses ». Derrière lui, Maélié, sa sœur âgée de six ans, hoche la tête en accord avec lui. Lundi, elle portera sur son dos un cartable inspiré d’un dessin animé pour enfants.

Pour les deux élèves, il s’agit d’une rentrée particulière. « C’est la première fois dans ces conditions, explique leur maman Jussy. Avant, on habitait dans un logement social, mais on n’a plus eu le droit. » Point positif, Jussy a quand même réussi à réunir l’ensemble des fournitures scolaires. « On a ce qu’il faut. » « Le Secours populaire et les écoles distribuent le matériel pour les familles. Mais ça reste assez compliqué de tout trouver, surtout pour les plus grands », confirme la militante.

Des collégiens et lycéens sans places

Si les plus petits ont trouvé une place, pour certains collégiens et lycéens, c’est une autre paire de manches. « Les places sont assez chères notamment dans les établissements professionnels et techniques, regrette la militante. Certains adolescents n’auront pas une place à la rentrée, car ils n’étaient pas encore inscrits en juin. C’est sans compter les mineurs isolés présents ici aussi. »

Ezgona, 18 ans, vient du Kosovo. Contrairement à son frère et sa sœur qui iront au lycée à Tinténiac, aucune place ne lui a été attribuée pour la rentrée. Elle explique vouloir faire un CAP dans les métiers de la sécurité. « J’ai fait des demandes, mais pour l’instant, je n’ai rien. » Même son de cloche pour Ia, 14 ans, de Géorgie. La jeune adolescente, qui souhaite devenir interprète plus tard, attend de recevoir « un message ou un appel pour rentrer au collège. » Elle espère trouver établissement « pas trop loin ».

Sans eau, ni électricité

Cette rentrée apporte quelques problématiques pour les parents. En premier lieu, la douche le matin et plus largement, les questions d’hygiène. « C’est déjà la queue très tôt le matin. On ne peut pas emmener les enfants sales à l’école », déplore Ia, qui traduit les paroles de sa maman.

Jussy redoute, elle, déjà l’hiver. « Il va faire nuit plus tôt et ça va devenir compliqué de faire les devoirs des enfants, car il n’y a pas d’électricité. Mes enfants aiment beaucoup lire, mais là ils ne peuvent plus. » La maman garde pour autant le sourire et espère une situation meilleure pour ses enfants d’ici peu.