LUDOVIC MARIN / AFP
Alors que le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot se rend au Groenland ce samedi 30 août 2025, Emmanuel Macron s’y était déjà rendu mi-juin dernier pour exprimer la « solidarité de la France » avec l’île convoitée par Donald Trump
INTERNATIONAL – Il n’y a pas que sur le sol français que les tensions diplomatiques entre Paris et Washington montent en puissance. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot se rend au Groenland ce samedi 30 août au soir et ce dimanche pour exprimer « la solidarité » de la France au peuple groenlandais, en proie aux convoitises américaines, a annoncé la diplomatie française. Ce déplacement est organisé suite à l’invitation de la cheffe de la diplomatie groenlandaise, Vivian Motzfeld.
« Ce déplacement permettra de souligner la profondeur de nos liens d’amitié bilatéraux et de témoigner de la solidarité de la France à l’égard du Danemark, du Groenland et du peuple groenlandais, face aux défis actuels », a indiqué le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.
Cette visite n’intervient pas à un timing anodin. Il y a trois jours seulement, la télévision publique danoise révélait qu’au moins trois Américains, liés au président Donald Trump, menaient des opérations d’influence au Groenland.
Ils avaient notamment pour mission d’identifier les personnes favorables à un rapprochement avec les États-Unis, mais aussi celles qui y sont farouchement opposées. En réaction à cette enquête, le Danemark a aussitôt convoqué le chargé d’affaires américain pour obtenir des explications.
« C’est bien sûr grave »
« Toute tentative d’ingérence dans les affaires internes du Royaume sera bien sûr inacceptable », a réagi le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, dans un communiqué transmis à l’AFP. La Première ministre Mette Frederiksen a de son côté affirmé prendre au sérieux ces accusations d’ingérence. « Je note que les Américains ne rejettent pas clairement les faits rapportés aujourd’hui par DR, et c’est bien sûr grave », a-t-elle réagi auprès des télévisions danoises.
Selon la télévision danoise, lors de déplacements dans la capitale groenlandaise Nuuk, les trois Américains auraient encouragé les Groenlandais à mettre en avant des affaires pouvant être utilisées pour présenter le Danemark sous un mauvais jour dans les médias américains.
Déjà en mai, le Wall Street Journal avait assuré que les agences de renseignement américaines avaient reçu l’ordre de recueillir des informations sur le mouvement pour l’indépendance du Groenland, et les opinions sur une possible exploitation américaine des ressources naturelles de l’île arctique.
« On n’espionne pas un allié », avait alors dit la cheffe du gouvernement Mette Frederiksen. Le chargé d’affaires américain avait déjà été convoqué au ministère des Affaires étrangères.
Une conférence de presse conjointe prévue
À Nuuk, capitale du territoire autonome danois, Jean-Noël Barrot va visiter ce samedi un navire militaire français, le BSAM Garonne. Dimanche, il aura dimanche un entretien avec le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, ainsi qu’avec son homologue Vivian Motzfeldt, avant une conférence de presse.
Fin mars, le vice-président américain, JD Vance, avait déjà provoqué un tollé en prévoyant une visite dans l’immense île arctique sans y avoir été invité. Face à l’ire déclenchée au Groenland, au Danemark et à travers l’Europe, il avait limité son déplacement à la base aérienne américaine de Pituffik.
Emmanuel Macron s’était rendu mi-juin au Groenland pour exprimer la solidarité européenne au peuple groenlandais. Il avait alors critiqué la volonté de Donald Trump d’annexer l’île arctique.
Après son élection, le président américain avait expliqué avoir « besoin » du Groenland, notamment pour la sécurité des États-Unis, répétant à plusieurs reprises son souhait de s’en emparer. Le Groenland, soutenu par sa puissance de tutelle, a rétorqué ne pas être à vendre et décider seul de son avenir.