Commerces de proximité ou entreprises de taille plus conséquente : manifestement à Gennevilliers, les voyants sont au vert. Communiste depuis près d’un siècle, et donc un des « symboles » de la banlieue rouge, la commune des Hauts-de-Seine serait même en passe de devenir un eldorado économique.
Samedi 20 septembre, la nouvelle association des commerçants organise sa première grande fête en forme de résurrection au parc des Sévines. Parallèlement à ce vent de fraîcheur qui souffle sur le tissu économique de la ville, un paquebot de 33 000 m² s’apprête lui aussi à revivre : dans le quartier des Louvresses, l’ancien siège du groupe Up ! (ex-Chèque Déjeuner) va être transformé en complexe pour artisans et petites industries.
« Aujourd’hui, Gennevilliers est sans doute la meilleure zone de France pour les activités productives : elle a les atouts, les voies de communication, la volonté, tout pour s’imposer comme un vrai hub pour ce type de sociétés en Île-de-France », assure Yoël Cytron, le cofondateur et directeur général de Blossom AM qui pilote la reconversion du siège de Up ! pour le compte de Tikehau Capital, le nouveau propriétaire.
« Il faut être super confiants et nous le sommes »
Après dix ans sur place, le groupe a déménagé en 2021 tout en restant à Gennevilliers. La commune s’est donc retrouvée avec un colosse vide au cœur d’une zone d’activité récente dominée par Thalès. « Nous voulions lui conserver une vocation économique et avons refusé des propositions pour aménager de 700 à 1 500 chambres étudiantes, se souvient Anne-Laure Perez, maire adjointe chargée notamment de l’urbanisme et du développement économique. Et puis Tikehau est arrivé avec son opération lourde. »
Le projet du « Sky Center » est colossal : transformer un bâtiment composé de deux blocs se faisant face en 41 cellules avec rampe d’accès à la place de l’atrium, des lots de 300 à 1 200 m². « C’est idéal pour accueillir des activités productives, des artisans, des PME, du stockage voire une grande entreprise et ses sous-traitants », poursuit Yoël Cytron.
Gennevilliers, février 2019. Jusqu’en 2021, le groupe Up ! (ex-Chèque Déjeuner) occupait ce bâtiment high-tech bâti autour d’un atrium. LP/O.B.
Les travaux ont débuté en mai dernier. Ils doivent s’achever au printemps 2027. L’ensemble doit respecter voire dépasser les normes environnementales les plus drastiques et présente un taux de réemploi des matériaux du chantier de 95 %. Tikehau doit faire appel à la société gennevilloise Tricycle, spécialisée dans le recyclage et de matériel de bureau.
Autre particularité du projet, l’opération a été lancée « en blanc ». En clair, on construit avant d’avoir les occupants. « Il faut être super confiants et nous le sommes, lance Yoël Cytron. Nous sommes convaincus que cela va marcher. »
Cette reconversion s’inscrit dans un écosystème plus large à Gennevilliers. « Cela bouge à tous les étages », confirme Anne-Laure Perez, bien décidée à attirer les entreprises sur le territoire. La ville ne manque pas de chantier de logements et, rappelle l’élue, « transformer un immeuble de bureaux ou d’activité économique en logements est très compliqué ».
« Nous voulons accueillir les entreprises et donc les salariés dans de bonnes conditions »
Un comble pour une municipalité communiste ? Pas tant que cela. « Nous voulons accueillir les entreprises et donc les salariés dans de bonnes conditions pour qu’ils aient envie de rester à Gennevilliers », martèle Anne-Laure Perez. Une convention a d’ailleurs été passée avec le groupe Action Logement : chaque appartement de son parc se libérant est désormais proposé aux salariés travaillant mais n’habitant pas la commune.
Ce dynamisme passe logiquement par le commerce de proximité et l’artisanat. Le nouveau quartier en cours de construction le secteur des Chanteraines aura sa composante commerciale. La friche Orange concentre désormais plusieurs artisans et artistes grâce à Soukmachines, collectif spécialisé dans les occupations temporaires de locaux vides. Les anciennes écuries Richelieu, enfin, sont en cours de transformation pour héberger un hôtel d’artisans d’ici un peu moins de deux ans.
Gennevilliers, le 11 septembre. Les travaux du siège du groupe Up ! ont débuté en mai 2025. Ils doivent durer deux ans. LP/Olivier Bureau
Parmi ses atouts, Gennevilliers compte notamment encore un peu de foncier, des tarifs accessibles, une desserte optimale avec A86, A15, tramway T1, RER C, métro 13 et, à terme, deux gares du Grand Paris Express. « Il y a un gros potentiel dans la commune, confirme Sofiane Meza, le restaurateur à la tête de l’association des commerçants. Gennevilliers se développe, a encore de la place pour ceux qui veulent s’installer mais il faut une volonté politique pour diversifier l’offre de commerce et un travail avec les centres de formations. Les gares du Grand Paris Express vont aussi booster tout cela. L’ancienne cité-dortoir est bien en train de changer ! »