Bonne nouvelle pour les acheteurs ? Amorcée en fin d’année 2023, la baisse des prix de l’immobilier se poursuit à Rennes. Sur un marché où les biens en vente encore nombreux et les acheteurs, plus rares, le neuf n’échappe pas à la tendance. Le secteur a pourtant longtemps résisté, les promoteurs se disant contraints par les coûts élevés d’acquisition du foncier et l’augmentation des coûts de construction. Mais face à la déconfiture du marché, précipitée par des taux d’intérêt élevés, des difficultés à décrocher des prêts bancaires et, fin 2024, l’arrêt du dispositif Pinel d’aide à l’investissement locatif, les professionnels ont été contraints de s’adapter.
Selon les chiffres des notaires bretons, le prix médian (la moitié des transactions se sont faites au-dessus, l’autre moitié en dessous) des appartements neufs dans la capitale bretonne a reculé de 3,4 % sur un an à fin juin 2025. Même constat autour de Rennes, avec, par exemple, -7 % à Cesson-Sévigné, La Chapelle-des-Fougeretz ou encore Chartres-de-Bretagne. Côté promoteurs, le bilan est un peu différent. Selon l’observatoire de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), les prix de vente au sein de Rennes Métropole ont reculé de 3 % en 2024, à 4 579 €/m² (hors parking). Au premier trimestre 2025, ils sont en revanche en hausse d’environ 5 %.
« Quand il n’y a pas d’acheteur, il faut baisser les prix »
Ces tendances sur les prix, les promoteurs les attribuent notamment aux « efforts » qu’ils ont consentis pour commercialiser leurs logements et atteindre le taux minimal de ventes leur permettant de lancer la construction des programmes immobiliers (souvent 50 à 60 %). « On a vraiment travaillé pour contenir les prix et faire sortir nos programmes, à un moment où il est compliqué de trouver des acheteurs. Mais les prix de vente doivent refléter le prix de revient de l’opération [l’ensemble des coûts liés au projet, NDLR], il faut le prendre en compte », indiquait, fin août, le directeur de la région Bretagne du promoteur rennais Giboire, Guillaume Loyer.
Plus direct, le président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim), Loïc Cantin, estime que les promoteurs n’ont eu d’autres choix que de revoir leurs prétentions à la baisse : « On voit que beaucoup d’acteurs à Rennes ou ailleurs, sont en difficulté […] Quand il n’y a pas d’acheteur, à un moment, il faut bien liquider, il faut baisser les prix ».
Pour Nicolas Bousquet, porte-parole de la Chambre interdépartementale des notaires de la cour d’appel de Rennes, l’explication est aussi à aller chercher du côté des bailleurs sociaux et des investisseurs institutionnels. « Beaucoup de logements neufs ont fait l’objet de ventes en bloc à des bailleurs sociaux, le promoteur ne réussissant pas à commercialiser à des particuliers bénéficiant d’avantages fiscaux. Ces transactions peuvent expliquer en partie la baisse des prix. »
Relance durable de la machine
Selon le notaire, « ce qui porte le marché du neuf, aujourd’hui, c’est le logement social et le bail réel solidaire [l’acheteur fait l’acquisition des murs mais pas du foncier, NDLR], avec des prix moins élevés ». En revanche, « la traditionnelle vente en état futur d’achèvement à un investisseur privé est en forte diminution. Et c’est parti pour durer. Il suffit de voir qu’il y a de moins en moins de grues à Rennes. Les programmes sont pour beaucoup arrêtés. » Et s’agissant des programmes déjà livrés, ils sont nombreux à encore compter des logements attendant preneurs. En Bretagne, la FPI dénombrait 6 615 logements neufs disponibles à la fin du premier semestre, dont 90 % en projet.
Il peut y avoir des opportunités, notamment sur les tout derniers logements disponibles dans un immeuble déjà livré
De potentielles bonnes affaires pour les acheteurs ? « Il peut y avoir des opportunités, notamment sur les tout derniers logements disponibles dans un immeuble déjà livré », estime Loïc Cantin, tout en pointant que les prix du neuf restent « 50 à 60 % plus élevés » que ceux de l’ancien.
Pour relancer la machine durablement, alors qu’un frémissement a été constaté au premier semestre sur les ventes (mais pas sur les lancements commerciaux), les promoteurs attendent une baisse sensible des taux d’intérêt, une relance des investissements des collectivités une fois passées les municipales de 2026 et, surtout, de nouvelles mesures fiscales favorisant l’investissement locatif. Avant la chute du gouvernement Bayrou, un nouveau statut fiscal incitatif de « bailleur privé » devait être créé dans le budget 2026. Aujourd’hui, rien n’indique que Sébastien Lecornu, nouveau locataire de Matignon, reprendra la mesure.