Quel est votre avis sur les droits de douane ?

C’est une mauvaise idée. Des prix Nobel aux USA ont été reçus pour expliquer combien une entrave aux commerces, sous la forme de droits de douane, est une mauvaise idée. Cela pénalise les USA, sans parler des mesures de réaction des autres pays. Trump joue sur le fait qu’il est le président de la première puissance économique mondiale. Il impose aux autres de ne pas pouvoir réagir, même si certains réagissent timidement. Les entreprises américaines vont avoir des marges moins grandes, le consommateur américain va le payer, en particulier pour les produits de luxe. D’où des risques d’inflation aux USA. En économie, on sait que les effets des droits de douane, on les verra dans un ou deux ans. On verra la suite d’autant qu’il en met, en enlève, en remet d’autres. C’est un peu le cafouillage. De façon réductrice, il dit: « Je prends de l’argent aux étrangers pour le donner aux Américains ». Les gens un peu plus érudits aux USA savent que cela risque de ne pas tenir sur la longueur.

Vous habitez La Roche-en-Ardenne, avez-vous des échos des entrepreneurs de la région ?

Cela crée de toute façon de l’inquiétude, si ce n’est pas chez eux, c’est chez leurs fournisseurs. Même moi, je m’y perds: cela ne reste pas longtemps les mêmes taux. Des secteurs comme l’automobile, les médicaments sont traités différemment. En plus, pour l’accord signé avec Ursula von der Leyen (NDLR :, la présidente de la Commission européenne), des arrêtés d’application censés suivre mettent du temps à accoucher. L’incertitude est là pour les entrepreneurs. Chez les plus grosses entreprises, ils sont sur le point de dire: « Avant d’aller faire un investissement dans la province de Luxembourg, je vais voir si je ne dois pas déplacer ma production aux USA pour échapper aux droits de douane ». Cela met dans l’inconfort, ce qui ne pousse pas à être proactif.

L’intitulé parle « Des deux Luxembourgs ». Quand on prend cette formule, n’est-elle pas un peu usurpée au niveau économique par exemple ?

Dans la conférence, ce n’est pas ce je veux développer. Je veux plutôt parler d’amitié. La province de Luxembourg, les Américains la connaissent avec la Bataille des Ardennes. Je connais beaucoup d’Américains, car j’y vais régulièrement. En particulier avec Bastogne, on a une amitié entre les USA et le Grand-Duché, la province de Luxembourg. Aujourd’hui, je crois que beaucoup de gens ont oublié ce que les Américains ont fait. Au lieu de se dégager pour le moment de la relation qu’on a avec les Américains par le fait que ce soit Trump au pouvoir, qu’il nous dit des choses désagréables, c’est plutôt voir comment faire pour renouer quelque chose de sérieux, de stable dans nos relations. Nous, Luxembourgeois, nous sommes bien positionnés, les Américains savent parfois mieux où se situe Bastogne que Bruxelles ou la Belgique.

« Pas répugnant d’être ami du plus fort ! »

Ce n’est surtout pas le moment d’un bashing vis-à-vis des USA. Voilà assurément un des propos du conférencier le 9 octobre. « C’est une très mauvaise idée, observe Roland Gillet. Que l’on veuille ou non, les USA sont la première force géopolitique mondiale. Un pays qui a toujours été là pour nous aider dans les conflits géopolitiques, pour le faire à notre place, qui a payé ce que l’on aurait dû mettre depuis 2014 dans l’OTAN. Un ami comme cela, il faut parfois lui dire merci, ne pas lui donner toujours des leçons. Ne pas dire aux Américains qu’ils sont gros, gras et meurent avant nous. C’est aussi dire qu’on est fier d’avoir un ami comme les USA ! Je n’ai pas dit de Donald Trump. Être ami du plus fort, ce n’est pas nécessairement répugnant, sauf quand on a un ego démesuré. »

À l’invitation du gouverneur et du Cercle Werner, Roland Gillet évoquera: « La gestion des relations géopolitiques et économiques avec nos amis américains. De l’Europe aux deux Luxembourgs ». C’est le jeudi 9 octobre au Palais provincial à Arlon à 18 h 30.

Information & inscription gratuite: Aurélien Guiot: aurelien.guiot@gouverneur-luxembourg.be

La Roche, son havre de paix !

« Je suis Ardennais ! » : l’un des premiers propos de Roland Gillet. Un de ces Luxembourgeois que le Financial Times consulte. Alors comment fait-on pour enseigner à la Sorbonne à Paris ou à Solvay quand on habite La Roche ? Celui qui est né à Vielsalm répond: « Mon point de quiétude, c’est La Roche-en-Ardenne. Ce sont mes racines ». Et d’évoquer ses parties de tennis ou de pêche: « J’ai beaucoup pêché à la ligne à La Roche, j’aime y retourner, c’est un endroit où l’on me fout royalement la paix. J’adore la nature. Là, je ne suis pas habillé comme à la Sorbonne, je suis un Rochois parmi les Rochois. J’ai mon havre de paix, je n’y suis pas souvent, je suis souvent à l’étranger. On a une super région. C’est sûr parfois, ils me voient dans les médias internationaux comme TF1, LCI. Je vais le plus souvent à Paris en voiture, parfois avec un chauffeur », termine celui qui a été l’un des experts de la crise en zone euro (Grèce et Espagne). « Garder ses origines, cela me permet de rester humain, ainsi vous n’êtes pas seulement dans le monde des finances, des grandes entreprises ou des chefs-d’états, cela permet de rester soi-même ».