Par
Cédric Nithard
Publié le
2 oct. 2025 à 17h03
Lancé en mai dernier sur les bases ou les cendres de Nous Sommes, le mouvement Cause Commune a fait jeudi dernier son entrée dans la campagne des municipales à Montpellier. Les quatre porte-paroles Anne Bisson, Soufyan Heutte, Marc Nougier et, la conseillère d’opposition, ancienne tête de liste de Nous Sommes aux précédentes municipales, Alenka Doulain ont présenté « sept mesures de choc pour préparer Montpellier à notre siècle ».
L’engagement
Aux côté d’Alenka Doulain, un ancien de Nous Sommes Marc Nougier , l’auteur et éducateur spécialisé Soufyan Heutte et un nouveau visage Anne Bisson, sont les quatre porte-paroles du mouvent Cause Commune. Si pour les deux derniers il s’agit d’un premier pas en politique, tous sont portés par un engagement militant ou associatif. « Je ne m’étais jamais investi même si je suis très militant en faveur des quartiers populaires avec cette revendication de ne plus être des citoyens de seconde zone. Déjà que nous sommes à part géographiquement, ne le soyons pas politiquement » illustre Soufyan Heutte qui ajoute : « Plus personnellement, c’est le traitement de La Paillade par Michaël Delafosse et la mairie qui m’a révolté et m’a motivé à faire ce que je n’ai jamais fait en franchissant cette ligne rouge d’un engagement plus ancré politiquement ».
Et l’engagement n’est pas un mot creux chez l’auteur montpelliérain. D’autant plus en politique : « S’engager, c’est surtout se mettre en gage. C’est comment des personnes qui ont une vie, un travail, une frénésie autre que la politique, se mettent en pause et se disent que, là, c’est trop, que nous subissons les mauvaises décisions des mandatures successives et comment nous pouvons venir apporter notre pierre à l’édifice. Et aujourd’hui, le monde politique a peur de cet engagement politique des citoyens. Or, pour nous, la politique ce n’est pas des financements et des budgets, c’est avant-tout de la volonté politique. Nous sommes au niveau municipal, c’est le rez-de-chaussée de la politique et malgré ça nous n’avons pas accès au système démocratique à Montpellier. On reste sur le pas de la porte, voire on nous claque la porte au nez ». Alors Soufyan Heutte à décider de glisser un pied dans cette porte à travers Cause Commune.
Un socle programmatique de rupture
Les quatre porte-paroles ont ainsi présenté « sept mesures qui selon nous doivent faire cause commune à Montpellier. C’est en quelque sorte notre socle programmatique de rupture pour répondre aux défis du siècle, particulièrement forts à Montpellier, que sont la crise du logement, le chômage endémique, les épisodes extrêmes climatiques qui se multiplient et la crise démocratique avec des institutions locales déconnectées des habitants ainsi que la montée des idées réactionnaires accroissant les divisions sociales. Sans oublier nos vulnérabilités locales liées à l’alimentation, l’énergie, les déchets… » souligne Alenka Doulain en pointant : « C’est d’autant plus fort à Montpellier car nous sommes dans une ville à deux vitesses. Il y a le côté carte postale, instagrammable et de l’autre les quartiers oubliés laissés de côté au quotidien ».
Vidéos : en ce moment sur Actu
Pour autant, la conseillère d’opposition, comme tout au long du mandat, défend un modèle différent que celui développé par la majorité. « Un autre récit est possible d’une ville réconciliée et qui permet de faire face à ces défis. Montpellier serait une ville refuge où chacun trouverait sa place pour s’épanouir. Ce projet d’alternance c’est celui que nous présentons mais pas avec des mesures cosmétiques ou gestionnaires. Il s’agit de mesures de rupture et qui prennent les problèmes à la racine, qui ne traitent pas seulement des symptômes mais aussi des causes profondes » avance-t-elle. Ainsi, fort d’un centaine d’habitants de Montpellier, le mouvement a travaillé ces derniers mois à mûrir un programme esquissé par ces sept premières propositions.
Gouvernance, logements sociaux et golf de Juvignac
Tout d’abord, un plan, en dix points, dit de décence commune, axé sur la démocratie locale autour de la transparence, le contrôle citoyen et la limitation des privilèges des élus (plafonnement de la rémunération (pour le maire deux fois le revenu médian des habitants de Montpellier), référendum révocatoire, non cumul des mandats y compris des fonctions de maire de la ville-centre et président de la métropole, référendum d’initiative citoyenne…). « Un élu est là pour servir la ville et pas se servir de la ville. Il a un mandat c’est à dire que nous faisons confiance en ces élus pour appliquer une vision et ne pas se comporter comme dans une baronnie et se considérer comme les propriétaires de cette ville » observe Soufyan Heutte qui assène : « On connaît ça à Montpellier avec la baronnie socialiste et on aimerait qu’il n’y ait plus de barons mais des personnes au service des habitants de Montpellier ».
Votre région, votre actu !
Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

L’auteur montpelliérain et éducateur spécialisé auprès de jeunes en difficulté, engagé dans le mouvement Cause Commune pour les municipales. (©CN / Métropolitain)
Cause Commune souhaite ensuite créer une agence immobilière à vocation sociale pour « réussir là où Michaël Delafosse a échoué c’est à dire construire des logements sociaux sans bétonner. L’équation est aujourd’hui impossible avec 4 000 nouveaux habitants par an et 3 600 demandes de logements sociaux non pourvus » appuie Alenka Doulain. L’ambition de cette agence, qui aurait un rôle d’interface entre les propriétaires et les bailleurs sociaux, serait la création de 10 000 logements sociaux en six ans en accompagnant des privés dans, par exemple, la construction d’un studio dans leur jardin, la surélévation d’un étage sur pavillon ou la division de grands logements sous occupés… Sans omettre un travail sur les 13 000 logements vacants, qu’ils concernent les entreprises, les institutions ou les particuliers.
Pour illustrer son désir d’offrir des accès à la nature au plus grand nombre, le mouvement souhaiterait mettre dans le débat la transformation du golf de Juvignac en grand parc métropolitain ouvert à tous. « C’est un poumon vert qui vient fracturer la cohésion entre Juvignac et le quartier de La Paillade. C’est une frontière infranchissable. Il faut réfléchir au réinvestissement de ce poumon vert » explique Soufyan Heutte. Les idées ne manquent pas pour occuper les 80 hectares, terrain appartenant à la mairie de Juvignac, avec un parcours de golf plus petit ouvert à tous, un camping municipal, une ferme pédagogique, des jardins partagés, le plus grand espace de street workout au monde, des espaces sécurisés dédiés aux barbecues, des aires de jeux inclusives pour les enfants, un théâtre en plein air…
Plan 10 000 emplois et 30 écoles à valoriser
Sur la question de l’économie, l’idée est de rompre avec « le dogme de l’attractivité de Michaël Delafosse » explique Marc Nougier qui pointe notamment les stratégies autour de MedVallée, de l’Agence de Développement Économique, des start-up et des incubateurs en concluant : « Avec presque 20% de chômage et 61 000 personnes sous le seuil de pauvreté, nous manquons d’emplois, cela ne fonctionne pas ». L’objectif de Cause Commune est donc de favoriser l’emploi local et propose un plan 10 000 emplois. « Nous remettons l’économie au service de l’intérêt général » avance-t-il et ce en apportant un soutien à des filières de services essentiels aux emplois non délocalisables comme le solaire, les mobilités douces, la rénovation du bâti, le tourisme durable… et en faisant des collectivités un accompagnateur de l’économie locale.
Autre proposition dans un autre domaine en faisant de la lutte contre l’évitement scolaire une priorité municipale. « Il y a une trentaine d’écoles désertées où les indices sociaux sont les plus faibles et le nombre d’enfants ne correspond pas aux nombres d’enfants dans le quartier. Nous assistons à une véritable ségrégation scolaire sous nos yeux et cela a un impact sur le enfants mais également toute la société et notre manière de vivre ensemble » souligne Anne Bisson. La volonté est donc de lutter contre « la fuite vers le privé » en faisant de ces établissements ciblés « des écoles incontournables et désirées par les familles qui cherchent à contourner la carte scolaire ». La création d’un Observatoire municipal de la mixité scolaire visera à « mettre la lumière sur ce que tout le monde sait mais que l’on ne veut pas regarder et dont on parle difficilement » avec des travaux qui seront rendus publics. L’attention sera bien sûr portée sur la trentaine d’écoles en doublant les budgets des projets éducatifs et en les ouvrant en dehors des heures de classe pour différents événement afin devenir des lieux identifiés dans leur quartier. De plus, une carte « Coeur d’école », réservée aux familles ayant un ou plusieurs enfants dans ces écoles, donnera droit à 100€/an par enfant pour l’inscription à des activités sportives et culturelles ainsi qu’un vélo pour chaque enfant en CE2.
Énergie et mémoire
Pour lutter contre la précarité énergétique et résister aux crises, Cause Commune veut créer un fournisseur public local d’énergie. « L’énergie est un bien commun, un service essentiel et il faut que cela échappe à toute logique financière » argumente Marc Nougier. Avec Énergie de Montpellier, le mouvement municipaliste entend garantir des prix stables et accélérer la transition énergétique. « Michaël Delafosse a lancé un plan solaire 2050. Si nous proposons quelque chose de plus ambitieux, c’est bien parce que l’objectif 2050 est déconnecté de la réalité et de la vitesse à laquelle les choses avancent. Il faut faire plus » souligne le porte-parole avec l’ambition de baisser la facture énergétique des Montpelliérains de 10% en 5 ans grâce à une énergie locale, renouvelable et éthique.
Enfin, avec un Institut des histoires coloniales françaises, lieu de mémoire et de transmission, Cause Commune veut faire de Montpellier, une ville pionnière dans la reconnaissance de son histoire coloniale. Anne Bisson explique la démarche : « En France, notre histoire coloniale a un impact très important sur les mécanismes de domination au sein de la société. Pour les combattre, il faut les connaître et assumer cette histoire. On voit la montée du fascisme et des discours de haine. On ne peut pas laisser d’autres personnes, avec des objectifs politiques qui amènent à la division de la société, prendre tout l’espace sur cette thématique. En créant un musée vivant, participatif et intergénérationnel on pourra construire un endroit où on pourra se réapproprier notre histoire et peut-être un jour tourner la page ».
Tourner la page
Avec comme fil conducteur de ces sept mesures « l’engagement citoyen » et l’objectif de « reconnecter les habitants à la politique », c’est justement de « tourner la page de la majorité socialiste » qu’ambitionne Cause Commune. Quant à la suite, outre les discussions principalement avec La France Insoumise et Les Écologistes pour constituer « un bloc de rupture à gauche anti-Delafosse autour d’un projet commun » (ndlr : nous y reviendrons dans un prochain article), le mouvement municipaliste va lancer une série d’enquêtes thématiques dans les quartiers à destination des habitants pour « imaginer autrement leur ville et faire remonter aussi leurs doléances, problématiques, inquiétudes et aussi leurs espoirs pour l’avenir parce qu’un autre Montpellier est possible » explique Alenka Doulain qui lance ainsi officiellement Cause Commune dans la campagne des municipales.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.