Il y a des CV qui pèsent forcément plus que d’autres. Lorsque Lewis Hamilton a posé le pied pour la première fois à Maranello en janvier dernier, le monde de la Formule 1 avait le regard braqué sur l’Italie et sur la piste de Fiorano, où le champion a effectué ses premiers tours de roue en rouge. Quand Adrian Newey est arrivé à Monaco en mai, vêtu pour la première fois du vert d’Aston Martin, le paddock a particulièrement scruté les faits et gestes du génial ingénieur britannique. Christian Horner est de cette trempe-là. De la race des « game changers », comme on les appelle outre-Manche. Ces personnalités capables, soit par leur pilotage, leur génie ou leur leadership, de transfigurer une équipe et de la conduire vers la victoire.
En vingt ans à la tête de Red Bull, le Britannique en a fait une machine à gagner, sacrée huit fois chez les pilotes et six fois chez les constructeurs grâce à une méthode novatrice, un management empreint d’exigence et, bien sûr, des pilotes de génie comme Sebastian Vettel et Max Verstappen. Alors forcément, le statut d’agent libre de Christian Horner n’est pas pour déplaire à certaines écuries du plateau, qui verraient bien le mari de la Spice Girl Geri Halliwell venir porter leurs couleurs.
« Je pense que le palmarès de Christian parle de lui-même, concède Andy Cowell, Team Principal d’Aston Martin. C’est un grand compétiteur. Je suppose que c’est à Christian de décider ce qu’il veut faire. Nous avons un plan et nous allons de l’avant. Je pense que Christian doit déterminer où il souhaite jouer un rôle à l’avenir. Et qui sait ce que l’avenir réserve ? » poursuit le Britannique, qui ne réfute pas l’intérêt éventuel de son équipe pour l’ancien patron de Red Bull Racing. Chez Aston Martin, Christian Horner retrouverait Adrian Newey, avec qui il a construit le succès du Taureau Ailé ces deux dernières décennies. Mais si le sexagénaire a quitté Milton Keynes, est-ce vraiment pour collaborer à nouveau avec Horner ?
Un retour dans un nouveau rôle pour Horner ?
Le natif de Leamington Spa dans le Warwickshire a également été annoncé un temps du côté d’Alpine, où il était question d’un trio Flavio Briatore – Bernie Ecclestone – Christian Horner à la tête du A fléché, que Toto Wolff s’était empressé de critiquer : « Si ces trois gars se réunissaient, toute la mafia réunie, cela donnerait du bon contenu à écrire, je suppose », avait lâché le patron de Mercedes. Depuis plusieurs semaines, les rumeurs autour de l’arrivée possible de Christian Horner à Enstone se sont tassées, ce qu’approuve Günther Steiner, l’ancien team principal de Haas, pas franchement emballé à l’idée de voir Briatore et Horner collaborer.
« Je sais qu’il a beaucoup d’argent, mais ce qu’il a n’est pas suffisant pour acheter une écurie. Il ne ferait rien d’autre que d’être directeur d’écurie, même s’il allait chez Alpine pour travailler avec Flavio. Ça ne marcherait pas d’avoir Flavio et lui aux postes les plus hauts », assène l’Italien dans le podcast The Red Flags. « Flavio devrait partir, et il ne semble pas qu’il soit prêt à partir de sitôt. Il peut attendre. Christian n’a pas besoin de se précipiter. »
Horner, qui a empoché la coquette somme de 100 millions d’euros pour quitter Red Bull, n’a visiblement pas envie d’attendre. Bloqué par une période de « jardinage » (temps défini où le personnel quittant une équipe ne peut pas travailler pour une autre structure, NDLR), le Britannique commence déjà à tâter le terrain, notamment chez Haas, l’ancienne formation de Günther Steiner.
Dans le paddock de Singapour, Ayao Komatsu, le successeur de Steiner, a confirmé que Christian Horner avait approché l’équipe de Banbury ces dernières semaines : « Oui, c’est vrai qu’il nous a approchés. Et ensuite, quelqu’un de chez nous a eu une discussion exploratoire. Et c’est tout. Rien n’est allé plus loin. » Christian Horner pourrait donc revenir en Formule 1 dans un rôle bien différent, en cherchant à acquérir totalement ou partiellement une équipe.
Ce rôle décisionnel changerait drastiquement de l’opérationnel que commandait le Britannique de 51 ans, mais la trajectoire semble naturelle pour Horner, également cité du côté de Cadillac ces derniers mois – ce qu’avait fermement démenti le team principal des Américains, Graeme Lowdon. Des rumeurs plus nébuleuses font état d’un éventuel projet de 12ᵉ écurie que pourrait lancer Christian Horner, mais les délais pour une entrée dès 2026 sont intenables, et débarquer sur la grille un an après le début de la nouvelle réglementation serait un désavantage conséquent face aux autres formations qui auront eu une année d’apprentissage et de développement.
Face à toutes ces options, Horner n’a pas communiqué et il n’est pas exclu qu’il attende patiemment la bonne opportunité, en profitant pour l’heure d’un peu de calme et de répit qui lui a certainement manqué ces vingt dernières années. Mais quand on a la passion de la Formule 1 chevillée au corps, l’appel de la piste n’est jamais loin…
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