1.Trois comédiennes-karatékas et des tatamis
Imaginée en tri frontale, la scénographie repose sur des tatamis. Noires et grises, les différentes pièces modulables constituent un dojo. C’est l’espace de jeu sur lesquelles évoluent les comédiennes – karatékas – Chloé Aubert, Camille Falbriard, fille de Jean-Luc, patron de l’Espace K, Pasiphaé Le Bras et la compositrice, Agathe Lavarel. Pourquoi cette métaphore du karaté ? Dorothy Allison dont Manon Ayçoberry adapte Deux ou trois dont je suis sûre , en a fait. À 25 ans, la pratique martiale permet à l’autrice américaine de se réapproprier son corps meurtri par des violences sexuelles intrafamiliales. Comédiennes et metteuse en scène se sont mises à apprendre cet art martial. Kata de la main ouverte ou du poing fermé. Sur scène, les interprètes en ont tiré une précision dans le geste, la posture, la voix. Subrepticement, elles finissent d’ailleurs en kimono et l’ultime séquence atteint une intensité folle. Une voie libératrice.
Pour la petite histoire, Manon Ayçoberry prépare sa ceinture verte.
2. Découvrir la féministe américaine Dorothy Allison
L’autrice de Deux ou trois choses dont je suis sûre est décédée durant les répétitions. L’influence de Dorothy Allison demeure. Ses écrits de nature biographique ont imprégné des générations de femmes de part et d’autre de l’Atlantique. Émergeant dans les années 1970, cette figure féministe, lesbienne, d’origine ouvrière a musclé ses textes au contact du réel.
Contrairement à d’autres transfuges de classe, elle évoque les membres de sa famille avec tendresse. Pas de mépris mais une volonté de comprendre les déterminismes sociaux qui sous-tendent leurs existences. Manon Ayçoberry et son équipe portent cette parole sans ciller ni pathos. La musique jouée live par la multi-instrumentiste et compositrice, Agathe Lavarel, contribue à faire vivre le combat d’une femme-sensei contre les préjugés.
3. L’Onde de choc d’une compagnie
Il y a seulement trois ans, Manon Ayçoberry a fondé sa compagnie L’Onde, à Strasbourg. Aujourd’hui, elle doit négocier l’étape de sortie de l’émergence. Dans le milieu du spectacle, et au-delà de la région, son théâtre documentaire politique, reposant sur une esthétique et une éthique de la relation est bien repéré.
Soutenue par des collectivités territoriales, des institutions culturelles d’ici (La Pokop, Taps à Strasbourg, l’Espace Rohan à Saverne), la compagnie présentera les 15 et 16 octobre, une maquette de la prochaine création, Nous aurions dû crier comme des fous (Même maintenant ce ne serait pas trop tard), au Théâtre Silvia Monfort, à Paris. Après le karaté, place au cabaret.
Du 7 au 11 octobre, au Taps Laiterie, à Strasbourg. À partir de 14 ans, durée : 1 h 15. taps.strasbourg.eu