Par
Cédric Nithard
Publié le
5 oct. 2025 à 8h41
À Montpellier, le mouvement Cause Commune a fait la semaine dernière ses débuts dans la campagne municipale. Pour qui a suivi la précédente, il y avait comme une sensation de déjà-vu lors de cette conférence de rentrée où furent présentées les sept premières mesures de leur programme. L’occasion d’en savoir plus sur les objectifs politiques du mouvement municipaliste. Nous Sommes bis ou nouvel espoir de la gauche anti-Delafosse ? Cause Commune entend peser dans la constitution d’un bloc de rupture.
De Nous Sommes à Cause Commune
En mai dernier, Cause Commune faisait son apparition lors d’une réunion publique devant les halles des 4 saisons à La Paillade. Aux côtés des habitants du quartier, de nombreux anciens du mouvement municipaliste Nous Sommes telle son ancienne tête de liste Alenka Doulain. Son alliance avec Mohed Altrad lui a permis, ainsi qu’à Clothilde Ollier et Flora Labourier, de rejoindre le conseil municipal. Une alliance contre-nature pour beaucoup, motivée par la stratégie du « un pied dedans, mille pieds dehors » et la volonté de ne pas se compromettre avec des partenaires politiques certes plus proches comme Michaël Delafosse ou Philippe Saurel mais dont ils ne partageaient pas les méthodes. Depuis, étendard de La France Insoumise brandi, Alenka Doulain a mené une opposition farouche au maire de Montpellier.
En parallèle, Nous Sommes a dû digérer le rapprochement avec « le milliardaire » et prouver qu’il ne s’agissait pas d’un péché originel, que certains n’avaient pas vendu leur âme au diable et qu’il n’était question que d’un coup politique. Le mouvement quelque peu en sommeil, beaucoup ont rejoint leurs écuries d’origine, La France Insoumise et Les Écologistes, se retrouvant au gré des luttes locales et nationales… et des différentes échéances électorales. À l’approche des municipales, Nous Sommes pouvait-il revenir à l’identique ? Sans doute pas. Alors, Nous Sommes ayant vécu, place à Cause Commune.
Nous Sommes bis ?
« Nous Sommes était une aventure municipaliste qui a vécu des mouvements intenses lors de la dernière campagne. Aujourd’hui nous sommes dans la perpétuation de ce mouvement municipaliste. Les personnes engagées dans Cause Commune ont l’intime conviction que nous pouvons agir et avoir de l’impact au niveau municipal » explique Soufyan Heutte. L’auteur montpelliérain, qui signe un premier engagement en politique en étant un des quatre porte-paroles de Cause Commune, juge que « Nous Sommes a appris de son aventure. La différence c’est qu’il y a un plus grand ancrage en termes de diversité aussi bien territorial, socio-économique, socio-professionnel et de raisons d’engagement. Les profils sont beaucoup plus variés et la méthode est beaucoup plus ancrée sur la participation des territoires ».
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Sans doute mieux placée pour apprécier la comparaison, Alenka Doulain complète : « La filiation la plus importante avec Nous Sommes, c’est que si l’on n’arrive pas à embarquer les gens, jamais ils nous feront confiance. Ils prendront ceux dont ils ne sont pas satisfaits, mais qui font partie du paysage. La course de petits chevaux, des têtes de liste… ce n’est pas essentiel. Ce qui est essentiel, c’est comment on construit ce bloc de rupture autour d’un projet qui change la vie des gens. Cet accord autour de ce programme peut être la clé du verrou pour arriver à proposer une offre cohérente dans les mois qui viennent ».
Alenka Doulain et La France Insoumise
Aujourd’hui porte-parole de Cause Commune, Alenka Doulain aurait pu apparaître dans une autre écurie. Après tout un mandat à incarner l’opposition à Michaël Delafosse, que ce soit le maire et le président de la Métropole sur des sujets locaux, ou le représentant du Parti Socialiste sur des enjeux nationaux, certains la pressentaient pour conduire la liste insoumise aux municipales. Ce ne sera pas le cas et, sans incohérence ou regret semble-t-il pour celle qui à l’époque fut poussée par les militants de Nous Sommes à être leur tête de liste.
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« Ma proximité avec La France Insoumise est de notoriété publique. Je pense qu’aujourd’hui LFI, à l’échelle nationale, est celle qui a permis de relever la gauche de rupture en France. C’est ce que je porte et c’est pourquoi je me suis engagée dans des campagnes nationales à leurs côtés », explique-t-elle avant d’éclairer : « Après, je suis municipaliste et je pense que localement il faut créer des mouvements politiques qui dépassent les étiquettes et permettent d’aller chercher ces habitants qui pensent qu’ils ne peuvent rien faire pour changer les politiques locales, qui s’abstiennent aux élections… C’est mon ADN, c’est ce que j’ai toujours porté chez Nous Sommes et ce que je compte porter dans cette campagne ». Après avoir défendu le programme « Un nouvel espoir » en 2020, Alenka Doulain n’affiche par ailleurs aucune ambition personnelle au sein de Cause Commune qui a également le soutien des deux autres élues du groupe MUPES au conseil municipal Clothilde Ollier et Flora Labourier.
Quelle stratégie ?
Pour l’heure dans la phase de construction du projet, la question de la liste et de la tête de liste ne se pose pas encore au sein de Cause Commune. « Aujourd’hui, on pense qu’il faut mettre Michaël Delafosse hors d’état de nuire, c’est-à-dire gagner en mars 2026. Et pour gagner il ne suffit pas juste de taper sur Michaël Delafosse, il faut un contre-projet. C’est la seule manière de convaincre les Montpelliéraines et les Montpelliérains qu’un autre Montpellier est possible. Le programme, le fond, la vision, le projet… c’est essentiel » tonne Alenka Doulain en répétant son alerte : « Tous ceux qui feront passer leur destinée personnelle et leur petit ego porteront la responsabilité de l’échec de la gauche de rupture à Montpellier. Mettons-nous autour d’une table, construisons un projet commun et un bloc de rupture. À chacun de prendre toute sa responsabilité dans ce projet. Et nous, nous prenons notre part ».
Ce n’est un mystère pour personne, d’autres formations revendiquent à peu de choses près les mêmes affinités. Marc Nougier, autre porte-parole de Cause Commune ne le cache pas. « On discute mais la discussion se fait sur la base d’un projet, d’une vision et d’un changement de la pratique politique qui doivent être claires. Dès maintenant les canaux sont ouverts pour des discussions en particulier avec La France Insoumise et Les Écolos ». Rien de surprenant, les deux, avec d’une part Rhany Slimane et de l’autre Julia Mignacca, actifs dans Nous Sommes et aujourd’hui derrière leur candidat respectif Nathalie Oziol et Jean-Louis Roumégas, étaient penchés sur le berceau de Cause Commune. De là à voir dans le mouvement municipaliste une issue de secours en cas de désaccord profond au sein des deux formations comme le fut Nous Sommes pour La France Insoumise en 2020 ? L’avenir le dira.
Un strapontin ?
Quant à la cohérence politique, qui a pu être reprochée à Nous Sommes dans son alliance avec Mohed Altrad, Marc Nougier assure qu’elle sera cette fois d’ores et déjà au rendez-vous : « On ne soutiendra pas un projet dans lequel on ne se reconnaît pas. Nous avons une pratique collective qui est d’être capable de discuter d’une décision, de présenter des « pour » et des « contre » et d’arriver à une décision collective. Le scénario d’être un strapontin pour être utilisé par une autre force politique n’existe pas ».
Incarnant une parole citoyenne nouvelle, Soufyan Heutte balaye toute idée de tambouille dans ses discussions. « Notre but n’est pas l’addition des partis mais la multiplication des habitants. Si le but est de s’allier pour se placer dans une liste, ce n’est pas la peine de discuter. Nous avons un programme qui est une vision de transformation de la façon de vivre à Montpellier. Ce n’est pas un programme transposable dans une autre ville, c’est du vécu et qui a été fait avec une méthodologie sérieuse en impliquant les habitants » explique-t-il en poursuivant avec tout autant de conviction : « Si tout le monde a la même vision, on est censés aller dans la même direction et au même moment. Nous voulons nous allier avec des personnes qui s’engagent. Le mot à marteler c’est l’engagement ! L’engagement pour moi c’est mettre en gage, il faut mettre un peu de soi, un peu se sacrifier. On est vraiment dans une politique où les habitants ont leur mot à dire donc les politiciens devront sacrifier un peu de leur pouvoir. Si les gens sont prêts à ça, on peut s’entendre ». Les mots sont posés, à chacun de se rencontrer. Feront-ils… cause commune ?
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