Dès son premier rôle au cinéma, dirigé par Emmanuelle Bercot dans La Tête haute, il décrochait en 2016 un César, celui du meilleur espoir masculin. Dès ses premiers pas sur scène deux ans plus tard, dans Le Fils de Florian Zeller, il était récompensé par le Molière de la révélation théâtrale. Rod Paradot n’a pas ménagé son entrée, fracassante dans le métier, après avoir été repéré dans le lycée où il passait un CAP en menuiserie.
Depuis, il a continué à tourner pour la télévision ou le grand écran, à l’affiche de Luna, Apaches ou Balle perdue, sur Netflix. Mais il n’était pas encore remonté sur les planches. C’est désormais chose faite grâce à Patrice Costa qui le met en scène dans Killer Joe, aux côtés de Benoit Solès, Pauline Lefèvre, Olivier Sitruk et la jeune Carla Muys. « Je sais que je suis attendu au tournant, confie-t-il. Il va falloir montrer que j’ai bien mérité ces récompenses. Mais c’est une bonne pression. Et à côté de Benoit Solès qui en collectionne quatre, des Molières, je reste un petit joueur ! »
Pour la première fois adaptée en France, cette pièce choc de Tracy Letts (déconseillée aux moins de 16 ans) convoque à la fois l’univers barré des frères Coen et la puissance d’un Steinbeck pour raconter l’Amérique des laissés-pour-compte, la pauvreté, la violence, aussi âcre et poisseuse que la poussière qui s’infiltre à l’intérieur des mobil-homes défraîchis. Rod Paradot incarne Chris, un jeune homme poursuivi par des créanciers.
Une pièce noire
Pour rembourser sa dette et sauver sa peau, il compte sur l’assurance vie de sa mère, une somme qu’il ne pourra récupérer qu’une fois cette dernière morte. Il engage alors Joe, flic la journée et tueur à gages le reste du temps. Et avec celui que l’on surnomme « Killer Joe », aucun retour en arrière n’est envisageable. « La pièce est tellement noire et hallucinante qu’elle en devient très drôle, explique-t-il. Par la lâcheté de certains personnages, par leur bêtise aussi. J’ai souvent joué des gars à problèmes, mais jamais à ce point-là ! Le désespoir l’amène à franchir beaucoup de lignes. »
« Quand j’ai quelque chose en tête, je tiens bon jusqu’à l’obtenir »
Du genre instinctif, le comédien dégage une sensibilité brute, mélange de virilité et de douceur. À son cou, il porte un surprenant collier de perles que lui a offert Amaury Foucher (La Pampa) pendant une soirée. « Je n’aurais pas forcément osé en porter, mais avec une petite chemise, ça passe bien », dit-il. Et sur son mollet, il s’est fait tatouer une « fleur d’octobre », à l’occasion de la naissance de sa fille ce mois-là, il y a trois ans. Son prénom est écrit sur l’un des pétales, à peine visible. La paternité et les rapports filiaux sont des thèmes qui reviennent régulièrement dans ses choix de rôles. Pour accompagner ses premiers pas sur grand écran, Rod Paradot avait eu comme parents de cinéma Catherine Deneuve et Benoît Magimel.
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Mais pour lui, le modèle ultime, en haut de son panthéon, reste Jean-Paul Belmondo. Il a eu la chance de le rencontrer grâce à Antoine Duléry, son partenaire dans le film Umami. Ce dernier apprend qu’il en est fan et organise un déjeuner à trois. Lors de leur rencontre, Bébel lui dit qu’il le trouve génial et qu’il doit continuer. Il serait même heureux de tourner un jour avec lui. « Je lui en dois une, à Antoine, confirme Rod Paradot. Ce moment magique restera gravé à vie mais je n’ai pas osé rappeler Jean-Paul [Belmondo, NDLR] après. Je suis très pudique. Après La Tête haute, j’avais le numéro de Catherine [Deneuve] mais je ne lui ai jamais envoyé de message, par crainte de la déranger. »
Déjà dix ans de carrière
Le comédien a aussi son côté Killer Joe. Ce n’est pas un hasard si on le surnommait « Rodweiler » à l’école, à l’image des rottweilers, ces chiens qui ne lâchent jamais rien. « Je suis bélier, précise-t-il. Quand j’ai quelque chose en tête, je tiens bon jusqu’à l’obtenir. J’avais ce côté teigne mais je n’ai jamais été un bagarreur. J’étais plus du genre à discuter qu’à me battre. » Plus mignon, du côté de sa famille, on lui donnait du « Rondoudou », d’après un Pokémon. Sa mère a arrêté de l’appeler ainsi mais elle reste son plus grand soutien. Elle assiste à toutes ses avant-premières et a couvert les murs de son salon de photos de son fils.
Trentenaire l’année prochaine, Rod Paradot a fêté ses dix ans de carrière. « Tout est passé si vite, analyse-t-il. J’étais jeune et innocent, séduit par les paillettes. Les périodes plus calmes ne sont pas faciles à gérer. Il faut être bien accroché, avoir un bon entourage. Si vous ne tournez pas, on vous oublie. Il faut donc bosser dur, lire des scénarios, rencontrer du monde… »
Le comédien ne manque pas de projets. Il va tenir l’un des rôles principaux, celui d’un avocat, dans le premier film de Luna Ribeiro, Rendre les coups. On le retrouvera également bientôt dans un thriller, Gibier, aux côtés d’Olivier Gourmet et Kim Higelin. « Je viens aussi d’essuyer un refus, après avoir passé des essais pour un gros projet avec un très beau casting. Mais je n’ai pas l’intention d’abandonner. Je pense que je vais envoyer une lettre au réalisateur. Je vais faire une “Raphaël Quenard” : si on me ferme la porte, je reviens par une fenêtre ! »
Killer Joe, au théâtre de l’Œuvre (Paris 9e). 1 h 30. Jusqu’au 4 janvier 2026. theatredeloeuvre.fr