Par
Cédric Nithard
Publié le
10 oct. 2025 à 17h42
Les commerçants, artisans et autres indépendants, et particulièrement ceux des centres-villes, sont clairement une « cible » pour les candidats aux municipales. À Montpellier, le sujet est particulièrement sensible. Après cinq ans de grands travaux, couplés à une politique des mobilités axés sur les vélos et les transports en commun, la souffrance est réelle en attendant les effets bénéfiques de la stratégie de la municipalité. Un mécontentement sur lequel entend capitaliser Isabelle Perrein et surtout apporter des réponses. Ce qu’elle a présenté lors d’une réunion publique ce mardi 7 octobre.
« Une ville assignée à résidence »
Lancée depuis deux ans dans les municipales, Isabelle Perrein ne ménage pas ses forces pour s’installer dans le paysage. Déjà présente régulièrement sur le terrain avec ses équipes au contact des habitants, la notaire montpelliéraine passe la vitesse supérieure à six mois de l’élection. Refusant toujours toute étiquette, sa liste Aimer Montpellier a enregistré le soutien du MoDem34 en espérant attirer d’autres forces politiques, des LR à Horizons en passant par un coup de pouce de Mohed Altrad, pour constituer un bloc de centre-droit face à une gauche fracturée.
Tandis que cette semaine était consacrée à la rencontre de parents d’élèves à la sortie d’écoles, Isabelle Perrein tenait ce mardi 7 octobre une réunion publique à la salle Pelloutier sur les thème « Commerçants, artisans et indépendants : quel avenir à Montpellier ? ». Une date – veille du grand bazar d’automne – et un horaire – 19h30 -, sans évoquer la situation politique nationale et une échéance municipale encore loin dans les têtes des électeurs, peu évidents. Pas de quoi démotiver la candidate. Devant quelques 80 personnes, dont une bonne vingtaine de son équipe et plusieurs représentants d’associations de commerçants, Isabelle Perrein a dressé un constat sans appel en avançant une baisse de 30% du chiffre d’affaires des commerces du centre-ville depuis 2020. « C’est bien qu’une politique est mise en place allant contre les intérêts des commerçants et des entreprises de proximité ce qui est aussi aller contre les intérêts de la collectivité » juge-t-elle.
En cause, « une ville inaccessible, une ville assignée à résidence », « la suppression de plus de 600 places de stationnement », « des parkings hors de prix », « l’insécurité surtout le soir », « la saleté »… qui repousseraient les visiteurs. « La ville n’est plus attractive. Les gens ne viennent plus faire leurs courses à Montpellier, ils vont à Nîmes, Sète, Béziers, voire Aix-en-Provence… » tonne Isabelle Perrein en regrettant : « C’est autant de recettes en moins pour nos commerçants et d’emplois qu’ils ne créent pas ». Elle estime également que « beaucoup d’animations du centre-ville ne sont pas efficaces ou ont été déplacées » avec en tête le marché de Noël ou la Comédie du Livre tenus désormais dans les jardins du Peyrou et dont le flux de visiteurs serait éloigné du centre-ville.
Circulation et stationnement
Bien évidemment Isabelle Perrein ne reste pas cantonnée à la critique. « Je suis un acteur économique de cette ville, donc je suis légitime à porter un programme économique important pour développer les actions que je veux mettre en place durant le prochain mandat » défend-elle. Avec la volonté de « retrouver la croissance pour que Montpellier devienne un pôle attractif » son objectif est de « tout mettre en oeuvre pour que les chiffre d’affaires des commerçants reparte à la hausse ».
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Sur le volet mobilité, elle prône l’équilibre entre les modes de déplacement. « On nous a monté les uns contre les autres » observe-t-elle. L’idée étant tout de même de rééquilibrer la balance en faveur des automobilistes avec la réouverture de certaines artères (notamment les avenues de la Liberté et Albert Dubout ou le pont de Sète) qui « empêchent d’accéder à la ville ou de circuler d’un quartier à un autre » et de revoir le plan de circulation pour faciliter les accès aux parkings. Certains, comme le parking du marché aux Fleurs sera rouvert aux visiteurs et le 1er étage de celui de la Comédie rendu aux voitures. Là où c’est possible, elle entend aussi « densifier les places de stationnement à ciel ouvert en travaillant sur l’espace public » et créer davantage de places de livraison. Quant à la tarification, si elle est opposé à la gratuité des transports en commun préférant « une gratuité intelligente » (ndlr : c’est à dire gratuit pour les jeunes et les seniors avec pour les autres un abonnement en fonction du coefficient social), Isabelle Perrein veut favoriser la gratuité du stationnement à certains heures ou jours de la semaine pour « dynamiser le commerce ».
Revoir les animations
La candidate met en avant son désir de « redonner un sentiment d’appartenance à cette ville » qui passerait par « le plaisir de se retrouver sur l’espace public avec des animations et notamment des animations qui fassent travailler les commerces ». En prenant en exemple Coeur de Ville en Lumières, elle estime que « même si beaucoup de personnes viennent et font travailler les cafés et restaurants, ce n’est pas le cas des autres professionnels » et juge donc que « ce n’est pas une animation qui a pour objectif de faire tourner l’économie de la ville. Elle est là pour faire plaisir aux Montpelliérains et à la Métropole ». Elle propose ainsi pour les fêtes de fin d’année de « réunir les deux objectifs » en « travaillant sur un gros plan de décoration de la ville en lien avec les commerçants pour décorer les vitrines afin d’inciter les métropolitains à venir les découvrir et avoir envie de dépenser pour les cadeaux ».
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Isabelle Perrein a présenté ses idées pour « dynamiser la ville ». (©CN / Métropolitain)
Dans ce même esprit de « dynamiser la ville », Isabelle Perrein souhaite remettre en place un grand carnaval populaire, organiser des expositions en plein air, prévoir des off des grands festivals de l’été sur l’espace public… « Tout le programme que l’on a pensé est construit autour du plaisir d’habiter ou de venir à Montpellier. Pour cela, notre ville doit être sécurisée, accessible, propre et notre espace public animé » résume-t-elle. Sur les terrasses des bars et restaurants, Isabelle Perrein l’affirme : « Il n’est pas question de diminuer la superficie des terrasses car c’est toucher au chiffre d’affaires et aux emplois. Ce n’est pas le rôle d’un maire de paupériser sa population que ce soit un chef d’entreprise ou un salarié ».
Par ailleurs, la candidate réfléchit à inviter les commerçants du centre-ville à décaler leurs horaires en été pour rester ouverts plus tard. En couplant cela à une campagne de publicité en bordure des plages, elle espère ainsi attirer en soirée les touristes du littoral à Montpellier. Exilées au Domaine d’O, les Estivales retrouveront l’esplanade Charles de Gaulle, tout comme le marché de Noël qu’elle entend repositionner en centre-ville. Un marché pour lequel elle souhaite donner la priorité aux commerçants locaux dans l’attribution des stands.
« faire rayonner la ville »
Ancienne déléguée aux commerces dans le mandat de Philippe Saurel, Brigitte Roussel-Galiana a apporté un soutien appuyé à Isabelle Perrein en fustigeant : « Michaël Delafosse a saccagé la ville et sacrifié les commerces de proximité ». Cette dernière a par ailleurs défendu les fêtes de la Saint-Roch. « Qu’est-ce que c’est que ces histoires de laïcité ? Moi commerçante, j’en ai rien à faire de la laïcité. Ce que je demande, c’est d’avoir des motifs pour valoriser mon commerce. Toutes les villes à côté fêtent un saint, et nous ?!? ». La candidate n’a ainsi pas caché son intérêt pour l’événement sujet chaque année à polémiques. « Les fêtes de la Saint-Roch sont la plus belles des occasions qui nous est données pour raconter l’histoire de Montpellier intimement liée à l’histoire de la médecine. Cela doit être un moment pour mettre en lumière et faire rayonner la ville » plaide-t-elle.
Quant au tourisme de manière plus globale, Isabelle Perrein souhaite développer « un vrai programme, qui se travaille en intercommunalités, pour aller vendre la ville et faire venir des touristes ». Dans ce sens, en voulant les faire connaître au-delà des Montpelliérains, elle entend accroitre la valorisation du Jardin des Plantes qui pourrait accueillir une Tisanerie, de l’Herbier de Montpellier en lui redonnant un plus grand éclat et met en avant le projet de musée de la Médecine du XXIe siècle imaginé dans les locaux de l’ancienne faculté de médecine boulevard Henri IV. Un lieu qui, sur un plan scientifique pourrait « accueillir des chercheurs du monde entier », et sur la scénographie puiser dans les nouvelles technologies pour « permettre aux enfants de voyager dans le temps et de comprendre in situ comment le monde fonctionne ».
Quatre interlocuteurs
Sur un plan plus administratif, Isabelle Perrein promet aux commerçants de la ville d’avoir quatre interlocuteurs. D’abord, elle en tant que maire avec des rencontres tous les six mois et un adjoint aux commerces qui aura « une expérience de professionnel dans le commerce car si on veut vous comprendre encore faut-il échanger d’égal à égal ». Ensuite, pour assurer le dialogue avec les 8 600 commerçants et 33 000 indépendants de la ville, elle mettra en place un manager du centre-ville et une personne chargée des commerces situés en périphérie du centre. « Je veux que les commerçants se sentent soutenus et accompagnés et que les chiffres d’affaires repartent à la hausse » martèle la candidate. Au-delà du chiffre d’affaires, c’est aussi l’emploi qui est visé dans un territoire dont elle n’a pas manqué de rappeler la réalité sociale. « Mon objectif est que, grâce à une reprise économique, beaucoup de Montpelliérains qui sont en difficulté arrivent à retrouver du travail » plaide-t-elle.
Défendant de « ne pas avoir d’égo ou vouloir laisser sa pierre angulaire sur la ville », consciente du traumatisme laissé par cinq ans de grands travaux, Isabelle Perrein n’entend pas faire de « travaux pharaoniques » et de « dépenses inconsidérées ». Dans une salle démesurée pour l’assistance, la tête de la liste Aimer Montpellier lance enfin un message aux commerçants : « Je suis une habitante de cette ville, je suis un chef d’entreprise et je me suis engagé pour faire. Si je ne peux pas faire les choses, je vous le dirai. Je m’engage à faire tout mon possible pour vous trouver des solutions mais avec moi vous saurez où vous en êtes. Je veux surtout que l’on se reconnecte à l’action politique et que l’on retrouve confiance en nos dirigeants. J’en ai marre d’avoir des gens qui décident de notre avenir. Je veux une action pour vous et pour le terrain ». Et si beaucoup ont par le passé délaissé cet électorat, habitant bien souvent à l’extérieur de Montpellier, la consigne circule massivement que, sous certaines conditions, les commerçants peuvent choisir d’y voter. Quoi qu’il en est, ils restent des relais d’opinion importants ne manquant pas d’être dragués par plusieurs candidats. Certains auront plus de mal… Ce ne semble pas être le cas d’Isabelle Perrein.
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