Par
Lucie Fraisse
Publié le
12 oct. 2025 à 8h42
Certains le surnomment le « marché de la misère ». Un marché illégal qui au départ rassemblait quelques vendeurs à la sauvette sur la place André Abbal, à deux pas du lac de la Reynerie, à Toulouse, seulement le week-end. Un marché de bric et de broc, avec des produits à même le sol, stockés et vendus dans des conditions souvent douteuses. Un marché sauvage qui, désormais, a lieu tous les jours sur la place Abbal, au grand dam des riverains. Une pétition vient d’être mise en ligne pour réclamer des mesures concrètes pour « mettre fin à cette situation déplorable ». Les détails.
« Jusqu’à 5000 personnes le week-end »
Pierre Mersadier-Vigroux vit à la Reynerie depuis 2018. Il y est propriétaire d’un appartement avec vue directe sur la place Abbal. Il fait remonter les premières installations de vendeurs à la sauvette sous ses fenêtres il y à quelques années.
« Pendant le confinement, il y avait souvent des gens sur la place, raconte cet habitant très engagé dans la vie de son quartier. Et puis au fil du temps il y a eu de plus en plus du monde. »
Il estime que, certains week-ends, il peut y avoir jusqu’à 5000 personnes sur la place.
Une « déchetterie à ciel ouvert »
Un marché sauvage qui s’installe tous les jours de la semaine, le plus souvent l’après-midi. Les « commerçants » viennent vendre (ou revendre) en toute illégalité des produits divers et variés : aliments frais, conserves, vêtements, chaussures… Et les invendus sont bien souvent laissés sur place en fin de journée.
Selon les riverains, le quartier se transforme en « déchetterie à ciel ouvert ». Et ce ne sont pas les seuls désagréments.
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Besoins dans la copropriété
« Il y a des gens qui viennent chier dans notre copropriété, soupire Pierre Mercadier-Vigroux qui vient de lancer une pétition en ligne pour dénoncer la situation. Ou alors, ils y planquent leur marchandise. Et ça fait des années que ce marché de la misère est un sujet. »
Un sujet dont les élus sont parfaitement informés, comme l’a rappelé Jean-Luc Moudenc en visite dans le quartier ce mercredi 8 octobre 2025. L’édile rappelle aussi qu’il a déjà sollicité les différents préfets qui se sont succédé en Haute-Garonne sur le sujet.
« On n’a pas les outils réglementaires pour régler ce problème »
« Mais ni le préfet, ni le procureur, ni le directeur de la police nationale ne se promènent tous les jours dans le quartier, donc les gens se tournent vers nous, soupire l’élu. Mais nous, on n’a pas les outils réglementaires pour régler ce problème. »
Même discours pour Gaëtan Cognard, maire de quartier.
« Si la police est là toute la journée, les vendeurs à la sauvette s’en iront. Et il faut que la police reste un certain temps et ça seul l’État a les moyens de le décider. »
« Quand les flics s’en vont, tout le monde revient »
Un discours qui ne convainc pas Pierre. Qui a vu plusieurs fois les policiers intervenir, y compris pendant les opérations « place nette » voulues par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur. Sans vrais résultats à ses yeux.
« Le problème, c’est que quand les flics s’en vont, tout le monde revient. Et ce marché de la misère a été renforcé par le fait que tous les commerces de la place Abbal ont été fermés et murés. »
Projet de renouvellement urbain

Une cité de la danse doit voir le jour à proximité de la place Abbal. (©L.F./Actu Toulouse)
Un vaste projet de renouvellement urbain est en effet en cours à la Reynerie, pour désenclaver ce quartier. Une cité de la danse doit ainsi être construite sur la place Abbal et de nombreux commerces ont été murés pour permettre les travaux.
« Il y a un nouveau centre commercial qui doit voir le jour au rez-de-chaussée d’un autre immeuble, détaille Pierre Mersadier-Vigroux. Mais en attendant que tout soit prêt, il n’y a pas de vrai lieu où faire ses courses, d’autant plus que le supermarché de Basso Cambo a fermé. Forcément, les gens vont au marché illégal. »
« Qui voudra habiter ici? »
Le projet de renouvellement urbain comprend aussi un volet habitation : 1200 logements doivent ainsi être reconstruits pour pouvoir être vendus en accession à la propriété. Une ambition qui fait rire (jaune) Pierre Mersadier-Vigroux.
» Mais si ce marché continue, qui voudra venir habiter ici ? Comment on fait pour vendre ce quartier si c’est le bordel ? Je n’ai pas forcément la solution, mais il faut agir, trouver des solutions intermédiaires, discuter ensemble, faire un vrai travail social avec les gens qui vendent sur ce marché, et pourquoi pas le légaliser afin de mieux l’encadrer ? »
« Il n’y a rien à garder dans ce marché! »
Une solution à laquelle Jean-Luc Moudenc ne croit pas.
« Le problème de ce marché, c’est qu’il ne peut pas être légalisé à cause de sa nature même : tout y est inégal en dehors des normes, il n’y a rien à garder. On ne peut quand même pas légaliser des stands qui vendent du lait maternel stocké en plein soleil ! À part continuer à solliciter le préfet, la police nationale et le procureur, je n’ai pas d’autres solutions ! »
Pierre Mersadier-Vigroux l’assure : lui et certains des riverains de la place Abbal sont d’ores et déjà prêt à ne pas payer leurs impôts locaux si le problème de « marché de la misère » ne se règle pas rapidement.
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