Bonjour Laurie,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Votre livre « Pépé Jacques – Qu’est-ce qui fait que l’on survit ? » vient de sortir chez Robert Laffont. A titre personnel, on imagine sans doute la joie que cela doit être pour vous ?

Oui, c’est énormément d’émotions parce que ça fait depuis très longtemps que j’écris sur l’histoire de mon grand-père et que je veux la partager. Ca a beaucoup changé de forme, j’ai souvent voulu écrire un roman mais je ne savais pas de quelle façon m’y prendre…Finalement, j’ai rencontré mon éditrice, qui m’a proposé de faire un récit autobiographique, où je mène une sorte d’enquête pour vraiment en savoir plus sur l’histoire de mon grand-père pendant les camps. Voilà, c’était la bonne rencontre au bon moment…

Au fil des années où j’ai travaillé dessus, mon père était encore en vie, mon oncle était encore en vie et, maintenant que je le sors, ils ne sont plus là…Donc c’est forcément beaucoup d’émotions !

Les moments de travail pour préparer ce livre ont certainement été pleins d’émotions eux-aussi, à la vue des thèmes abordés…

Oui…Il y a les choses que l’on entend depuis toujours, il y a les choses que l’on sait, on a l’impression de savoir beaucoup de choses mais quand on se met vraiment dedans, on se rend compte qu’il y a quand même des éléments de l’histoire qui nous manquent. Donc il a fallu un petit peu enquêter, partir au mémorial de la Shoah, essayer de trouver des documents et c’est vrai que c’est toujours très émouvant de voir la photo de son grand-père, de retrouver aussi d’autres petits enfants, comme moi, de déportés qui ont connu mon grand-père, d’entendre des gens parler de lui en des termes très positifs, en disant que c’était un « mensch », qu’il a essayé de sauver telle ou telle personne dans les camps, qu’il a fait de grandes choses,….

On se rend compte que l’on est tout petit à côté de ces parcours de vie ! C’est sûr que c’était à la fois très joyeux et, en même temps, très émouvant parce que, sur ma route, j’ai rencontré pas mal de personnes que je n’aurais jamais croisées si je n’avais pas fait ce livre.

Au moment de l’écriture, face à la grandeur et à l’ampleur du sujet, sans doute même avez-vous dû faire des choix dans les moments partagés ?

Oui, j’ai essayé que ce soit agréable à lire, que ce soit fluide, j’ai essayé aussi d’intéresser, de raccrocher à l’actualité, de parler de moi également, pour que ce soit aussi un bouquin un peu témoignage, dans lequel je me livre. Après, l’essentiel du parcours de mon grand-père est quand même dans ce livre, en tout cas tout ce que j’ai appris jusqu’à aujourd’hui et que je sais.

Ce livre s’adresse bien sûr aux initiés mais pas uniquement…

Non, c’est un parcours héroïque dans sa banalité, c’est un parcours qui nous rappelle que l’envie de vivre nous fait faire de grandes choses. C’est surtout un parcours qui peut inspirer et ça contribue au devoir de mémoire ! Petit à petit, les témoins directs de la Shoah disparaissent et ce genre de récit permet qu’on n’oublie pas, permet pour nos futures générations de se souvenir que ça a vraiment eu lieu et de ce qu’ont traversé tous ces hommes et toutes ces femmes qui étaient déportés dans les camps de concentration. Donc j’espère que ça va toucher le plus grand nombre ! Il se trouve que c’est la Shoah mais c’est surtout « Qu’est-ce qui fait que l’on survie ? », c’est ce que je mets sur la couverture du livre…C’est l’envie de revoir sa femme, de revoir son enfant, de s’accrocher à la vie, coûte que coûte, même quand il n’y a plus aucun espoir !

 

 

A peine le livre sorti, votre première séance de dédicaces témoigne d’une belle affluence, qui doit certainement vous faire chaud au cœur…

Oui ! C’est vrai que je suis très contente, les gens sont venus, des personnes m’ont fait des surprises, il y a même une dame qui est venue de Toulouse, qui travaille dans le lycée Ozar Hatorah, où il y a eu l’attentat. C’est sûr que tout le monde partage son histoire, familiale ou de vie, et c’est toujours très agréable. Ce sont toujours des moments de rencontre et on fait tout ça aussi pour ces instants-là d’échanges avec des gens qui ont vécu la même chose ou qui, en tout cas, s’y intéressent. J’adore !

En plus, plein de copains sont venus me soutenir et j’ai ma famille, mes enfants, ma mère, mon frère, …C’est une vraie histoire de cœur !

Spontanément, des personnes venues faire dédicacer le livre vous ont témoigné de leur histoire personnelle…

C’est ça la beauté d’un livre : on se l’approprie ! Ca nous touche quelque part, pas tous au même endroit mais, en tout cas, on est tous finalement reliés quand même par des chemins de vie qui font que, à un moment donné, une histoire nous touche particulièrement. C’est super agréable !

D’ailleurs, quels premiers retours avez-vous déjà pu avoir sur le livre ?

C’est sûr que mes proches ont été marqués par des choses que j’ai vécues, comme le décès de mon père dont je parle dans le livre. Cela les a beaucoup touchés ! Ceux qui me connaissent savent que j’essaie de faire ce livre depuis tellement longtemps que, pareil, ils se sont retrouvés dans certaines choses du livre. Après, ce qui touche, c’est effectivement le fait que ce soit assez fluide, avec des chapitres assez courts, le fait aussi que ce soit un peu comme une enquête, où j’embarque les lecteurs au mémorial de la Shoah, où je les emmène d’une rencontre à une autre, à interroger ma mère et mon frère. Tout est relaté dans le livre, même des discussions WhatsApp. Il y a aussi des documents qui datent de la seconde guerre mondiale, notamment des fiches de déporté de mon grand-père. C’est vraiment un récit initiatique !

Maintenant que le livre est sorti, quel parcours de vie peut-on lui souhaiter ?

Qu’il voyage le plus possible dans toutes les familles ! Et puis, surtout, vraiment, c’est un message universel donc j’espère qu’il touchera évidemment la communauté juive pour le souvenir mais toutes les autres communautés. On a besoin, aujourd’hui, de véhiculer des messages de paix, pour avancer. Je l’ai beaucoup mis dans mes dédicaces, c’est important aussi de tirer des leçons de l’histoire pour que ça ne se reproduise pas.

Merci, Laurie, pour toutes vos réponses !