Invité d’honneur du 4e salon du livre de La Grande-Motte, les samedi 18 et dimanche 19 octobre, l’auteur-star vient aussi présenter “Les Deux Royaumes”, le 5e tome de sa saga historico-romanesque “La Traversée des temps”.
Que souhaitiez-vous offrir de nouveau à vos lecteurs avec « Les Deux Royaumes » qui se déroule à l’aube de l’ère chrétienne ?
Je voulais saisir, dans l’Histoire, une empreinte sur laquelle nous vivons toujours. Deux conceptions de l’existence, deux conceptions de la réussite : l’une dans un empire matériel et l’autre dans un empire spirituel. Réussir pour les Romains, c’est devenir plus riche, plus puissant, unifier le monde. Réussir, selon un vagabond sur les routes de la Galilée, c’est très différent. Pour lui, c’est être en adéquation avec soi-même, avec ses propres valeurs, abandonner la richesse comme idéal exclusif. Et puis, c’est surtout se penser dans une égalité avec les autres. Il me semble que ces deux façons d’habiter le « royaume de la terre » sont à l’état de matrice à l’époque romaine et peuvent être toujours des instruments pour décrypter le monde aujourd’hui.
« Mon rêve, c’est que le lecteur se dise un jour quel bonheur d’être mortel ! »
Votre saga « La Traversée des temps » met en scène des personnages immortels, notamment le narrateur et son âme sœur Nora : la question du temps vous obsède-t-elle ?
Oui, parce que le temps, c’est à la fois mon pouvoir et une fatalité. J’ai une conception positive du temps : c’est ce qui me permet d’être, de déployer ma force, d’agir, de faire, de créer. De l’autre côté, le temps est quelque chose que je subis, puisqu’aucun de nous ne sait de combien de temps il dispose, et que le temps qu’il m’est donné est toujours un temps qui a une fin. Donc, oui, je vis sous le registre du temps, avec à la fois une conscience positive et négative.
Comment se positionnent vos personnages immortels sur cette question ?
Plus on va avancer dans le roman, plus on va se rendre compte que l’immortalité est un terrible fardeau. Et vraiment, mon rêve le plus profond – un rêve de philosophe à l’ancienne –, c’est que le lecteur se dise un jour « quel bonheur d’être mortel ! »
Votre protagoniste principal s’appelle Noam, un peu l’anagramme de « moi »… Est-il votre double philosophique ou bien un personnage qui vous échappe ?
Oui, Noam, c’est moi… mais en mieux ! Il a beaucoup de vitalité, de sensualité, d’amour. C’est effectivement un personnage très fraternel. On a beaucoup de différences, bien sûr. Mais je l’aime tendrement. Je trouve qu’il est véritablement un bon compagnon d’exploration de l’humanité. Il a la curiosité infinie du monde, des autres, de la nature, des spiritualités, des philosophies, des sciences. Il a cette curiosité encyclopédique.
La saga distingue clairement immortalité et éternité…
Éternel, c’est hors du temps. Immortel, c’est ce qui dispose d’un temps infini, d’un temps sans fin. Selon mes croyances, on peut être appelé à l’éternité mais pas du tout à l’immortalité !

« Lire, acquérir du savoir et surtout laisser sédimenter. C’est un travail sur plusieurs décennies. »
Midi Libre – RICHARD DE HULLESSEN
« L’état de la planète, c’est l’angoisse du XXIe siècle »
Cette immortalité de Noam et Noura vous permet de leur faire vivre des intermezzos contemporains, où l’on retrouve une jeune adulte, Britta, qui semble être un double de Greta Thunberg : l’état de la planète vous préoccupe-t-il ?
C’est l’angoisse du XXIe siècle, que jamais aucun siècle n’a éprouvée. Il y a toujours eu des peurs et des théories sur la fin du monde, mais qui serait une colère des dieux ou de Dieu, voire une colère de la nature même. Et là, tout d’un coup, ce qui est propre au XXIe siècle, c’est de se dire que le plus grand danger, c’est l’homme. Le plus grand danger, c’est ce que l’humanité est capable de faire d’une planète sur laquelle elle est, dont elle s’est rendue maître et possesseur d’une façon incontrôlée et presque sans contre-pouvoir. C’est la première fois dans l’histoire humaine où l’humanité se dit qu’elle est nocive, néfaste et qu’elle est peut-être allée trop loin dans son impérialisme. C’est vraiment une angoisse récente.
Comment vous documentez-vous pour mêler fidélité historique et souffle romanesque ?
C’est un travail sur plusieurs décennies. Lire, lire, acquérir du savoir. Et surtout laisser sédimenter. Parce que pouvoir me promener, par exemple, dans la Gaule du Ier siècle avant Jésus-Christ comme je me promène aujourd’hui dans Bruxelles ou Paris, que ça me devienne familier au point de libérer mon imagination, c’est un travail de sédimentation du savoir pendant des années. Pour trouver la liberté, de créer, d’imaginer, d’inventer des histoires, c’est un travail de très long terme. J’ai une curiosité infinie. Et la chance d’avoir une bonne mémoire !
« Le progrès n’est pas irréversible, notion déjà approchée à propos de la démocratie grecque »
Y a-t-il une découverte historique qui vous a particulièrement surpris dans vos recherches pour « Les Deux Royaumes » ?
L’eau courante dans les insulae, les immeubles romains, et du coup dans les salles de bains, les cuisines. Les nobles romains mangeaient et se lavaient chez eux, alors que le reste de Rome allait aux thermes et mangeait dehors. Mais ce mode de vie allait disparaître dès le IIIe siècle, avec la chute de l’empire romain. Cela m’a vraiment étonné. Le progrès n’est pas irréversible. Ce qu’on peut gagner, on peut le perdre. J’ai déjà approché cette notion dans le précédent tome de « La Traversée des temps », à propos de la démocratie grecque.
La fin de l’ouvrage emprunte l’étroit sentier des premières années du christianisme, dans les pas des apôtres, où vous pointez en creux l’absence des femmes – dont Noura – dans les textes « officiels » : ambitionnez-vous de corriger cette anomalie biblique, liée à la culture de l’époque ?
Bien sûr ! En tant que romancier, je m’amuse à dire : « Regardez, les sources historiques ne sont pas fiables ! Je vous dis quelque chose que vous ne trouverez pas dans les sources. » Mais ce qui m’amuse le plus, c’est de montrer comment le christianisme a mis du temps à comprendre ce que disait le Christ.

« Ce qui m’amuse le plus, c’est de montrer comment le christianisme a mis du temps à comprendre ce que disait le Christ. »
Midi Libre – RICHARD DE HULLESSEN
« Toute la pensée de l’égalité va naître du christianisme, qui mène aux Droits de l’homme puis au marxisme »
Que voulez-vous dire ?
Cette notion d’égalité des hommes et des femmes a mis des siècles à advenir. Il y a aussi ce que Jésus avançait sur le refus de l’esclavage et l’égalité fondamentale des individus. C’est pour cela que le livre s’encadre entre deux crucifixions, celle des 6 000 esclaves révoltés avec Spartacus et puis celle du Christ. Ce que je veux essayer de montrer à travers le livre, c’est que la révolte de Spartacus n’a été qu’une révolte et pas une révolution, parce qu’il manquait le point d’appui du levier qui permet de soulever la terre. Et ce point d’appui, c’est le concept d’égalité.
À ce titre, parmi des dizaines de notes particulièrement documentées, il en est une où vous ancrez la Déclaration des Droits de l’homme dans le message de Jésus-Christ : le raccourci n’est-il pas abrupt ?
Je vais plus loin : le marxisme n’est possible qu’avec le christianisme d’abord ! La révolution française et la Déclaration des Droits de l’homme de 1789 s’appuient sur cette notion d’égalité entre les humains, née sur les routes de Galilée et de Judée à ce moment-là. Il n’y avait pas de pensée métaphysique de la société, pas de pensée sociale. Et toute la pensée juridique de l’égalité va naître du christianisme. Il mène aux Droits de l’homme, puis au marxisme.
Il se dit que l’épopée de « La Traversée des temps » comptera huit tomes au total, mais pour quand attendre le 6e opus ?
Disons dans un an !
Et d’ici-là ?
En mars 2026, je publierai un petit roman, qui s’appellera « Juste après Dieu, il y a papa », en m’attardant sur la relation père-fils, une relation si complexe. Je l’analyserai à travers la figure de Leopold Mozart, l’un des fils de Wolfgang Amadeus.
« La Traversée des temps – tome 5 – Les Deux Royaumes », éd. Albin Michel, 544 p., 22,90 €.

« En mars 2026, je publierai un petit roman, qui s’appellera « Juste après Dieu, il y a papa ».
Midi Libre – RICHARD DE HULLESSEN
Invité d’honneur du 4e salon du livre de La Grande-Motte
Le salon du livre de la Cité des pyramides réunira à nouveau une pléiade de signatures de renom, ces samedi 18 et dimanche 19 octobre, au palais des congrès Jean-Balladur. La 4e édition de « La Grande-Motte se livre » permettra aux amateurs de littérature en tous genres d’échanger avec une vingtaine d’auteurs. Parmi lesquels Eric-Emmanuel Schmitt, invité d’honneur donc, mais aussi Didier van Cauwelaert, Frédérique Le Teurnier ou encore Bernard Werber. Séances de dédicaces, animations jeunesse, rencontres et débats rythmeront ainsi le week-end. Le partenariat avec le libraire montpelliérain Gibert permettra d’acheter les ouvrages sur place. Eric-Emmanuel Schmitt ouvrira les débats du samedi après-midi (14 h 15) dans le grand auditorium, où il aura joué la veille son œuvre théâtrale « Madame Pylinska et le secret de Chopin » (20 h).
Les samedi 18 et dimanche 19 octobre au palais des congrès de La Grande-Motte, de 10 h à 18 h 30. Entrée libre. Programme complet sur le site : www.lagrandemotte.fr