Si en France le débat sur la taxation des plus riches déchaîne les passions de la classe politique, le Royaume-Uni, lui, va sauter le pas dès le mois prochain. La ministre britannique des Finances, Rachel Reeves, a déclaré que le budget qui doit être voté en novembre comprendra des impôts plus élevés sur les grandes fortunes, a indiqué mercredi 15 octobre le quotidien The Guardian.
La chancelière a fait cette annonce depuis Washington, où elle participe aux réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI). Le gouvernement britannique doit trouver 20 à 30 milliards de livres sterling pour combler le trou dans les finances publiques. Mais « plutôt que de réduire les dépenses consacrées aux services publics ou d’augmenter considérablement les emprunts » la ministre « chercherait à utiliser le levier fiscal », explique The Telegraph, de sources au Trésor britannique.
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Parmi les options sur la table : l’augmentation du taux d’impôt sur les plus-values ; le prélèvement d’une cotisation sur les revenus locatifs ; ou encore la création de tranches d’impôt foncier plus élevées. Rachel Reeves a défendu sa mesure : « l’année dernière, lorsque nous avons annoncé l’augmentation des impôts pour les fonds de capital-investissement, ou encore celle de la TVA sur les frais de scolarité des écoles privées, il y a eu tellement de critiques selon lesquelles cela n’allait pas rapporter d’argent, que cela effrayerait les gens », explique la ministre citée par The Guardian, qui explique qu’il n’y a pas eu de fuite en masse des grandes entreprises.
Trou dans les finances
Ses commentaires interviennent peu de temps après que le FMI a prédit que le pouvoir d’achat des Britanniques devrait connaître la croissance la plus lente parmi les pays du G7. Les chiffres officiels publiés mardi ont également montré un taux de chômage à son plus haut niveau depuis quatre ans, à 4,8 % en août.
Une faible croissance que le gouvernement impute toujours au Brexit, et à d’autres facteurs externes, comme l’instabilité mondiale. « Nous sommes confrontés à des défis, qu’il s’agisse des incertitudes géopolitiques, des conflits dans le monde, de l’augmentation des tarifs douaniers et des barrières commerciales », rapporte The Telegraph.
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A quelques semaines de la présentation budgétaire, le 26 novembre, le Trésor promet ainsi « d’aider les entreprises à se développer, d’investir dans les infrastructures et d’alléger les formalités administratives pour relancer » le pays. Mais l’exécutif est sous pression des marchés pour équilibrer le budget. Pour trouver les milliards de livres qui manquent, les Britanniques spéculent depuis des semaines sur de nouvelles hausses d’impôts, après des augmentations ces derniers mois qui ont notamment pesé sur les entreprises.
Récemment, une étude réalisée par le King’s College a permis d’établir « qu’au moins 160 milliards de livres sterling auraient pu être collectés pour les finances publiques du Royaume-Uni au cours des trois dernières décennies », si les 0,01 % des contribuables les plus riches avaient été invités à payer un impôt de 2 % sur leurs actifs supérieurs à 10 millions de livres sterling.
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« Malgré le ralentissement de la croissance du patrimoine des milliardaires, la dernière liste des plus riches montre que les 40 familles les plus riches du Royaume-Uni possèdent désormais plus de richesses que 50 % de la population, tandis que 14,3 millions de personnes, dont 4,3 millions d’enfants, vivent dans la pauvreté au Royaume-Uni », note le Professeur Ben Tippet, maître de conférences en économie et en inégalités de richesse au King’s College de Londres, chargé de l’étude. Peut-être une source d’inspiration pour d’autres pays européens.