En Ukraine, le journaliste et député Mykola Kniajytskiy est de ceux qui, en dépit de tous les revirements de Trump depuis le début de l’année, s’efforcent de rester optimistes. “Rencontre Trump-Zelensky : le processus continue – c’est positif”, titre-t-il dans un éditorial repris aujourd’hui sur le site de la chaîne de télévision Espresso.

S’il est encore trop tôt pour se livrer à une analyse détaillée de la rencontre de vendredi entre les deux chefs d’État, assure Kniajytskiy, le fait que le locataire de la Maison-Blanche ait appelé les deux parties à geler le conflit sur la ligne de front serait, selon lui, la preuve que Trump adopte “une approche plus réaliste”.

Ce faisant, l’Américain ignorerait les exigences de Poutine, qui ne cesse d’invoquer les “causes premières du conflit” et de réclamer “la capitulation de l’Ukraine”. Zelensky, rappelle encore l’éditorialiste, a toujours été favorable à un arrêt des combats comme condition préalable à toute discussion. Par conséquent, si Trump cherche une solution “pour arrêter la guerre à des conditions acceptables pour l’Ukraine, cela vaut toujours mieux que s’il n’en cherchait pas du tout”.

Les Tomahawk n’ont jamais été qu’une arme politique

Dans ce contexte, la promesse de livrer des missiles Tomahawk à Kiev, sur laquelle Trump s’est empressé de revenir aussitôt après sa discussion avec Vladimir Poutine le 16 octobre, n’aurait jamais été qu’une “arme verbale”. Ce que croit également savoir Vadym Denyssenko, politologue et éditorialiste qui se montre lui aussi optimiste. Sur le site d’Espresso, il assure que :

“L’histoire des Tomahawk a toujours été hybride, et pas seulement militaire. Elle servait à faire peur à Poutine : viens assister aux négociations, sinon, je détruis tes réserves pétrolières.”

Trump, éternel dindon de la farce de Poutine ?

Les deux auteurs veulent donc voir dans la perspective d’une nouvelle rencontre Trump-Poutine à Budapest la preuve que cette “arme verbale” a eu l’effet escompté. Autrement dit, le président américain aurait marqué des points et Kiev devrait s’en réjouir. Néanmoins, ce point de vue est loin de faire l’unanimité en Ukraine.

Beaucoup d’observateurs se montrent au contraire sans merci avec Donald Trump. Certes, reconnaît par exemple le blogueur et ancien député Vitaly Tchepinoha, également pour Espresso, “la dernière discussion entre Trump et Poutine a eu lieu à la demande du chef des orques [Poutine, les Ukrainiens associent souvent les Russes aux orques de J.R.R. Tolkien]”. Et si le maître du Kremlin finit par accepter les conditions de Trump, ce dernier pourra “donner des graines à sa colombe de la paix et partir chiper son prix Nobel à cette Vénézuélienne”. Mais si ce n’est pas le cas, “Trump va encore passer pour un idiot”. Dans Gazeta, l’écrivain Ian Valetov constate, ironique :

“Trump a fait marche arrière ? Nous ne verrons pas de Tomahawk pour le moment. […] Car il marche avec entêtement sur le râteau de son désir de parler avec Poutine.”

“Trump est tombé dans un piège”

Dans le quotidien de Lviv Vyssokiy Zamok, l’économiste Serhiy Martchenko se montre beaucoup plus dur. “Avec sa stupidité congénitale et son optimisme béat, le président des États-Unis est tombé dans un piège dont il ne peut pas sortir.”

Pour l’Ukraine, s’emporte Marcthenko, “il est vital que ce singe maquillé ne fasse pas la paix aux conditions de Poutine, comme il l’a déjà fait pour Israël aux conditions du Hamas. Or, c’est aujourd’hui le scénario le plus probable. Trump a besoin d’un résultat immédiat, qui ne peut être obtenu que si l’Ukraine capitule.”