Par

Hervine Mahaud

Publié le

20 oct. 2025 à 18h42

À Villeneuve-d’Ascq, un nouveau chapitre s’écrit dans le paysage gastronomique de la métropole de Lille. D’ici la fin du mois de novembre 2025, le chef étoilé Mathieu Boutroy, ancien du Cerisier de l’avenue du Peuple Belge, ouvrira Harmonie, son tout premier restaurant, au 98 avenue de Flandres. Une adresse pensée dans les moindres détails, à quatre mains, avec sa compagne Jun-xiu Taing. Il nous raconte la naissance et la concrétisation de ce rêve, à quelques semaines du jour J.

Un rêve d’enfant qui devient réalité

Cela faisait des années que le projet murissait. « Quand j’étais enfant, dès que j’ai dit à mes parents que je voulais devenir cuisinier, j’ai toujours imaginé que j’ouvrirais mon propre restaurant un jour« , confie le chef. Longtemps, ce rêve est resté en suspens, jusqu’à ce que sa compagne lui souffle de franchir le pas : « C’est elle qui m’a dit : ‘Tu as de l’or dans les mains, fais-le pour toi.’ » Ensemble, ils ont tout imaginé, du concept à la décoration, jusqu’à l’expérience vécue par les clients. « Être à deux permet de ne rien oublier. On fusionne nos idées, on se complète. »

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Issu du lycée hôtelier du Touquet, Mathieu Boutroy a fait ses armes à Paris, auprès de Jean-François Piège. Originaire d’Arras, il revient ensuite dans sa région natale pour rejoindre le Château de Beaulieu où il travaille plus de treize ans auprès de Marc Meurin. « C’est une école de la rigueur, de la transmission et de l’humilité. C’est ce que j’essaie à mon tour de transmettre à mon équipe. » Après une première ouverture, celle du Cerisier à Lille, et l’obtention d’une étoile Michelin, il choisit de se lancer enfin dans une aventure plus personnelle. « J’ai toujours été chef d’un restaurant qui existait déjà. Aujourd’hui, je deviens restaurateur. Ce n’est plus la même approche : il faut avoir une vision globale, penser à tout. C’est grisant. »

Le choix de s’installer à Villeneuve-d’Ascq : « une évidence »

Le lieu, lui, s’est imposé naturellement. L’ancien restaurant Valentina, sur l’avenue de Flandres, à Villeneuve-d’Ascq, s’est révélé comme une évidence. « On ne voulait pas être à Lille intramuros. Villeneuve, c’est stratégique : on est au carrefour de tout, entre Croix, Marcq-en-Barœul et Bondues, à huit minutes du Vieux-Lille, avec un grand parking juste à côté et le tram en face. Ici, les gens pourront arriver détendus, sans le stress du stationnement. »

Le bâtiment, une maison du début du XXᵉ siècle, a été intégralement repensé. Le couple a fait appel à Caroline Tissier, décoratrice d’intérieur reconnue pour son travail auprès de restaurants étoilés. « Elle a créé un espace sans angles droits, tout en arrondis, lumineux, fluide. C’est l’opposé de ce qui existait avant : tout était noir, du sol au plafond. On voulait quelque chose de doux, d’apaisant, où le client se sente immédiatement bien. »

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Harmonie s’installe dans une bâtisse du XXe siècle, idéalement située à Villeneuve-d’Ascq. ©Hervine Mahaud

Le restaurant, qui s’étend sur 300 m², comptera trois espaces : une table du chef, six couverts placés directement face à la cuisine ouverte, une première salle avec vue sur la cave à vin et une deuxième donnant sur une terrasse close et végétalisée, « un petit coin de paradis, à l’abri du bruit et de la circulation ». À l’entrée, un salon lounge accueillera les clients pour un apéritif, une coupe de champagne ou un thé de la maison Unami, chère au chef. Ce salon vivra aussi en journée avec des pâtisseries, des ateliers de dégustation et des afterworks autour d’une collection d’une quarantaine de gins, l’un des péchés mignons de Mathieu Boutroy.

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La grande cuisine française en 2025 : « un mix parfait entre tradition et modernité »

En cuisine, le chef assume son goût pour la tradition française, revisitée avec justesse. « J’aime la cuisine classique, lisible, généreuse. Je veux que mes clients comprennent ce qu’ils mangent, qu’ils puissent s’en souvenir. Quand j’étais jeune, j’entendais ma tante dire qu’on sortait des gastros en ayant faim et sans savoir ce qu’on avait mangé. Moi, je veux l’inverse. »

Sa cuisine se veut donc à la fois sincère et gourmande, simple en apparence mais précise dans la technique. « Rien n’est plus difficile que de faire simple, disait Monsieur Meurin. »

Les produits sont choisis avec soin. Le chef commande son poisson directement à la criée de Boulogne-sur-Mer : « Je passe mes commandes à minuit, l’acheteur sélectionne pour moi à quatre heures, le livreur part à six, et à huit heures les produits arrivent au restaurant. C’est de l’ultra-fraîcheur. » Même exigence pour les légumes, livrés chaque matin par des producteurs locaux.

Un gastronomique accessible pour une salle de restaurant qui vit

La carte proposera des menus évolutifs au fil des saisons, avec une offre du midi à 37 € (entrée-plat ou plat-dessert), 45 € pour le menu complet. Midi et soir, des formules gastronomiques à 70 € et 90 € pour quatre ou cinq services seront proposées. Deux plats signatures seront servis toute l’année : les langoustines, betterave, raifort et aneth, et la rate du Touquet au caviar Osciètre et sauce champagne. « Je ne veux pas de tarifs élitistes, je veux que la salle vive. La gastronomie, ce n’est pas réservé à une élite. »

Le repas s’achèvera sur un moment de pure nostalgie : un chariot de desserts à l’ancienne, hommage à la grande pâtisserie française. « Avec notre cheffe pâtissière, on a imaginé un flan saturé de vanille, un Paris-Brest généreux, une tarte Tatin, un entremet façon Snickers, et des glaces maison aux parfums originaux : bière à la cerise, argousier ou chewing-gum Hollywood. » Et pour prolonger l’expérience, chaque client repartira avec une madeleine, « pour penser à nous au goûter ou le lendemain matin ».

Harmonie, c’est aussi un lieu de vie. Dans une niche du restaurant, une étagère exposera des produits faits maison ou proposés au restaurant : confiseries, confitures, sauces, et un gin Birdie spécialement conçu pour le lieu. « Un restaurant, c’est une vitrine pour tous les artisans avec qui on travaille. On veut respecter le produit, le terroir, et ceux qui nous fournissent. »

L’étoile Michelin : « un objectif mais pas une priorité » 

Le mot “Harmonie” s’est imposé comme une évidence. « C’est un mot qu’on retrouvait souvent dans les commentaires des clients au Cerisier, et c’est aussi ce qu’on a voulu créer ici : une harmonie entre la cuisine, la salle, la déco, et nos deux univers à ma compagne et moi. « 

Avec 46 couverts seulement et une équipe d’une douzaine de personnes, le chef aborde cette ouverture avec une certaine fébrilité. « On sait qu’on est attendus, mais on reste humbles. Dans ce métier, il faut se remettre en question deux fois par jour. »

Quant à l’étoile Michelin, il la garde en ligne de mire sans en faire une obsession : « La priorité, c’est de faire plaisir à nos clients. Peut-être qu’un jour, parmi l’un de ces clients, il y aura un inspecteur du guide. Et si on a l’étoile, je serai forcément le plus heureux, et ce sera pour toute l’équipe. Mais la vraie réussite, c’est d’avoir de la vie dans son restaurant, de voir les gens heureux. »

À bientôt 41 ans, Mathieu Boutroy s’offre le plus beau des cadeaux : son premier restaurant, son projet rêvé, un lieu à son image : exigeant, généreux et profondément humain. Et s’il a choisi de l’appeler Harmonie, c’est peut-être parce qu’il y a là, enfin, un parfait accord entre sa passion, sa vie et sa cuisine.

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