Par

Guillaume Laurens

Publié le

23 oct. 2025 à 12h20

L’essentiel

  • Airbus, Leonardo et Thales ont confirmé la signature d’un protocole d’accord (MoU) afin de créer un acteur spatial européen de premier plan.
  • Destiné à « démultiplier la force de frappe des trois entreprises » en regroupant leurs activités de production de satellites, ce nouveau géant veut « permettre à l’Europe d’affirmer son rôle central sur le marché spatial mondial ».
  • Basée à Toulouse selon nos informations, la nouvelle entreprise serait opérationnelle dès 2027.

Pour faire face à la prépondérance de l’Américain Elon Musk, qui truste le marché des satellites avec SpaceX, la méga-fusion des géants européens du spatial se précise : Airbus, Leonardo et Thales ont annoncé ce jeudi 23 octobre 2025 au petit matin la signature d’un protocole d’accord (MoU) afin de créer un acteur spatial européen de premier plan. D’après nos informations, son siège sera installé à Toulouse. Ce qui se trame.

« Accélérer l’innovation sur ce marché stratégique »

C’était attendu — mais aussi redouté par certaines organisations syndicales —, les géants européens Airbus, Leonardo et Thalès ont donc signé le fameux protocole d’accord (ou MoU, comme Memorandum of Understanding) visant à regrouper leurs activités spatiales au sein d’une nouvelle entreprise.

En unissant leurs forces, tous trois souhaitent « renforcer l’autonomie de l’Europe dans le secteur stratégique du spatial », défendent-ils dans un communiqué conjoint.

Fortement bousculés par Elon Musk et le succès insolent de Starlink, fournisseur d’accès à Internet par satellite de sa société SpaceX, ces trois groupes entendent « accélérer l’innovation sur ce marché stratégique afin de créer un acteur spatial européen unifié, intégré et résilient, disposant de la masse critique nécessaire pour rivaliser à l’échelle mondiale et se développer sur les marchés à l’export ».

Vidéos : en ce moment sur ActuQue fera cette nouvelle société ?

Concrètement, la nouvelle entité couvrirait « un portefeuille complet de technologies complémentaires et de solutions intégrées de bout en bout, allant des infrastructures spatiales aux services (à l’exception des lanceurs) dans les domaines des télécommunications, de la navigation par satellite, de l’observation de la Terre, de la science, de l’exploration spatiale et de la sécurité nationale ».

Elle a par ailleurs pour ambition d’être le partenaire de confiance pour le développement et la mise en œuvre des programmes spatiaux nationaux souverains.

Airbus, Leonardo et Thalès

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« Plusieurs centaines de millions d’euros » de synergies

Objectif affiché et assumé : « Générer des opportunités additionnelles de croissance du chiffre d’affaires, grâce à un portefeuille élargi de produits et services intégrés permettant de proposer une offre plus compétitive au niveau mondial ».

Les trois acteurs estiment que « des synergies opérationnelles, notamment en ingénierie, production et gestion de projets, devraient à terme favoriser la création de valeur ».

L’opération devrait ainsi permettre de générer des synergies annuelles totales de plusieurs centaines de millions d’euros sur le résultat d’exploitation cinq ans après sa finalisation, avec des coûts associés alignés avec les standards du marché.

Airbus, Leonardo et Thales

Qui met quoi dans la corbeille des mariés ?

Concrètement, la nouvelle entreprise regroupera les activités suivantes : Airbus apportera sa contribution à travers ses activités Space Systems and Space Digital businesses, issues d’Airbus Defence and Space.

Leonardo apportera sa Division Spatial, incluant ses participations dans Telespazio et Thales Alenia Space.

De son côté, Thales contribuera principalement en apportant ses participations dans Thales Alenia Space, Telespazio et Thales SESO.

25 000 employés en Europe

La nouvelle entité regroupera environ 25 000 personnes à travers l’Europe. Avec un chiffre d’affaires annuel autour de 6,5 milliards d’euros (fin 2024) et « un carnet de commandes représentant plus de trois années de chiffre d’affaires », elle disposera à leurs yeux « d’une taille critique lui permettant d’être innovante et compétitive à l’échelle mondiale ».

Airbus légèrement majoritaire

La nouvelle société aura pour actionnaires les groupes Airbus, Leonardo et Thales, qui détiendront respectivement 35 %, 32,5 % et 32,5 % du capital. L’avionneur toulousain sera donc légèrement majoritaire, sans être ultra-dominant pour autant.

La coentreprise fonctionnera d’ailleurs « sous le contrôle conjoint des trois groupes, avec une gouvernance équilibrée entre ses actionnaires ».

Déclaration conjointe

« Cette volonté de rapprochement marque une première étape cruciale pour l’industrie spatiale européenne », ont réagi Guillaume Faury, directeur général d’Airbus, Roberto Cingolani, directeur général et administrateur délégué de Leonardo, ainsi que Patrice Caine, président-directeur général de Thales, dans une déclaration commune : « Elle atteste de notre vision partagée de bâtir un acteur européen fort et compétitif sur un marché spatial mondial de plus en plus dynamique ».

En mettant en commun nos talents, ressources, expertises et capacités de R&D, nous souhaitons stimuler la croissance, accélérer l’innovation et apporter une plus grande valeur ajoutée à nos clients et parties prenantes.

Guillaume Faury, Roberto Cingolani et Patrice Caine
Patrons d’Airbus, Leonardo et Thales

« Ce partenariat concrétise la volonté des États européens de renforcer leurs capacités industrielles et technologiques », ajoutent-ils, « afin de garantir l’autonomie de l’Europe dans le domaine spatial et ses nombreuses applications ».

Trois groupes implantés à Toulouse, le futur siège

Les trois groupes sont déjà implantés à Toulouse, où ils travaillent étroitement ensemble : si Airbus a bien évidemment son siège mondial dans la Ville rose, Leonardo est pour sa part codétenteur (avec Airbus) de 50 % du capital d’ATR, l’autre constructeur d’avions basé dans à Toulouse. Thales est aussi très implanté dans la capitale occitane, via Thales Alenia Space, co-entreprise de Thales… et Leonardo !

D’après nos informations, le siège de cette future société sera d’ailleurs installé à Toulouse, où se trouve la majeure partie des activités et où sera donc implanté le quartier général du groupe, « mais il y aura des entités légales dans tous les pays », glisse une source proche du dossier à Actu.fr.

Comment s’appellera cette nouvelle société ?

Le nom de cette nouvelle société n’a pas été communiqué. Selon nos sources, pour l’heure, le projet de rapprochement a été baptisé en interne « Bromo », du nom… d’un volcan en Indonésie. Mais il ne s’agit que d’une dénomination provisoire.

« Notre intention n’est pas de supprimer des emplois »

Cette méga-fusion aura-t-elle une incidence sur l’emploi, dans un secteur déjà sous tension en la matière ? « La création de la joint-venture va nous permettre de croître à l’export et créer de nouvelles opportunités, notre intention n’est pas de fermer des sites, ni de supprimer des emplois », assure un porte-parole d’Airbus, alors que ce dernier est déjà engagé — comme Thalès Aliena Space — dans un plan de réduction d’effectifs (sans licenciement sec toutefois).

Dans leur communiqué, les trois groupes estiment au contraire que cette fusion « offre à nos collaborateurs l’opportunité d’être au cœur de cette initiative ambitieuse, tout en bénéficiant de belles perspectives de carrière et de la force collective liée au rapprochement de trois leaders de cette industrie ».

Une « nouvelle entreprise » dès 2027

Désormais, les représentants du personnel d’Airbus, Leonardo et Thales vont être « consultés sur ce projet, conformément aux législations en vigueur dans les pays concernés et aux accords collectifs applicables dans chaque société mère », ont-ils ajouté.

Selon les trois géants européens, sous réserve des autorisations réglementaires nécessaires et de la « réalisation des conditions préalables à la clôture de l’opération », la nouvelle entreprise devrait « être opérationnelle en 2027 ».

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