Par
Manon Reinhardt
Publié le
24 avr. 2025 à 10h47
; mis à jour le 24 avr. 2025 à 10h59
« Cela fait 17 ans que ma vie est foutue. » Betty enchaîne les années de galère après que l’immeuble, dans lequel elle était propriétaire d’un joli appartement, s’est partiellement effondré dans la nuit du 5 mars 2009, en plein centre-ville de Nice (Alpes-Maritimes).
La construction d’un projet voisin a déstabilisé les fondations. Derrière lui, la Cogedim, s’est engagée à la reloger. Mais l’entreprise a cessé de payer le loyer du meublé où elle vit avec son fils.
Pire, Betty est sous le coup d’une procédure d’expulsion. Et ce n’est pas tout : le programme neuf qui doit enfin accueillir son chez-elle, après la vente de son immeuble sinistré à un promoteur, prend énormément de retard.
Un gros projet de construction change sa vie
Pour comprendre cette histoire rocambolesque, il faut remonter en 2006. Betty Attal, enseignante, pose ses valises dans la capitale azuréenne. Elle achète un superbe appartement T3, en plein centre de Nice.
Mais vient un gros projet immobilier, chapeauté par la Cogedim, juste à côté de chez elle. Un immeuble de 64 logements, les « Jardins Pastorelli », avec un parking souterrain sur 4 niveaux. « Des fissures ont commencé à apparaître, je n’arrivais plus à fermer mes fenêtres », se souvient-elle. Jusqu’à la nuit fatidique du 5 mars 2009.
J’ai entendu un grand craquement, j’ai réveillé mon mari pour lui dire qu’il y avait un problème. Le carrelage a explosé sous ses pieds ! On a vu que le mur de la partie Est de la terrasse s’était complètement effondré. On est tout de suite sortis. On a été évacués en pleine nuit par les pompiers.
Betty Attal
« On a fait des réparations qui n’ont servi à rien »
C’est là que les vrais ennuis ont commencé. Avec son époux et son fils de 6 ans, elle est relogée dans un premier meublé. « On y est resté un an et on a déménagé dans un autre où on est resté 10 ans puis encore dans un troisième meublé. »
La Cogedim, qui reconnaît que son ensemble immobilier est à l’origine du sinistre, dit-elle, s’engage à payer ses loyers en attendant qu’elle puisse réintégrer son appartement.
L’immeuble sinistré de Betty se trouvait au-dessus d’un garage automobile, ici l’immeuble jaune, dans une dent creuse. (©Capture d’écran / Google Maps)
« Nous [les copropriétaires] avons effectué des tonnes de réparations dans l’immeuble pour des sommes énormes qui n’ont servi à rien ». Le bâtiment reste placé en arrêté de péril et les procédures s’enchaînent.
Le terrain finalement vendu à un promoteur
En 2018, un expert judiciaire estime que l’immeuble s’est détérioré car les copropriétaires n’auraient pas réalisé les réparations « en temps et en heure ».
Un coup de massue pour Betty. « Et cette phrase est restée. » En août 2022, la Cogedim arrête de payer ses loyers. Son avocate lui conseille de ne pas s’en acquitter non plus. « Entre-temps, je venais de vendre la parcelle de terrain à un promoteur immobilier. L’immeuble était devenu une véritable verrue. »
La Niçoise se charge de la négociation. À ce titre, Vesper Promotion, l’acheteur, lui propose un appartement dans la nouvelle construction pour un prix modique. Ce qu’elle accepte.
Les travaux à l’arrêt rue Alberti ?
Mais les travaux prennent du retard. Le gros œuvre ne débute qu’en mai 2024. C’est ainsi qu’un immeuble à la façade très étroite, dont nous avions d’ailleurs fait la présentation dans un article, sort de terre.
Mais depuis environ deux mois, tout semble à l’arrêt. La date de livraison n’est pas connue. Ce qui n’arrange pas vraiment la future propriétaire, cette dernière risquant de se retrouver à la rue.
Saisie par le propriétaire du meublé dans lequel elle vit actuellement, la justice a récemment donné raison à la Cogedim et a sommé Betty de payer 35 000 euros de loyers.
Une audience prévue prochainement
Une décision incompréhensible pour son avocate, Me Hélène Achache, sollicitée par actu Nice : « C’est un dossier qui est assez choquant. […] C’est d’autant plus difficile qu’ils ont supprimé le délai de deux mois. Elle n’y a même pas eu droit. Pendent ce temps, son préjudice perdure ».
Une audience doit se tenir en mai devant un juge d’exécution. Son avocate espère obtenir des délais. « Ce ne serait que justice. Ce sont des gens qui n’en peuvent plus. Ils sont victimes de la machine qu’est la Cogedim. »
En attendant, Betty peut être expulsée d’un moment à l’autre. Et difficile de trouver un plan B : « Mon mari est hospitalisé en psychiatrie pour dépression, moi je suis invalide. Personne ne veut de mon dossier. Je ne sais plus comment faire ».
« Le chantier n’est pas à l’arrêt », assure Vesper Promotion
Vesper Promotion assure que le chantier « n’est pas à l’arrêt », dans une réponse adressée par email à notre rédaction.
« Nous avons simplement eu des défaillances d’entreprises. Nous travaillons actuellement pour mandater de nouvelles entreprises qualifiées pour reprendre au plus vite les travaux », est-il écrit.
Concernant une date de livraison de l’immeuble, « le planning des travaux et par voie de conséquence des travaux sera mis à jour par la maitrise d’œuvre dès que les nouvelles entreprises seront mandatées ».
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