François Monnier, de Blois (Loir-et-Cher) : « Un cercueil sans corps qui rejoint le Panthéon, ce n’est pas la première fois. Robert Badinter a été panthéonisé, jeudi 9 octobre, sans que son corps ne quitte le cimetière de Bagneux, là où il repose depuis sa mort. Un cercueil vide, avec à l’intérieur seulement quelques objets symboliques dont trois livres : Idiss, hommage qu’il rendit à sa grand-mère, la biographie de Nicolas de Condorcet coécrite avec son épouse et Choses vues de Victor Hugo. Y ont été jointes une copie de son discours prononcé devant l’Assemblée nationale concernant l’abolition de la peine de mort et sa robe d’avocat.

« Le dictionnaire possède un mot pour signaler ce cercueil sans corps, “ cénotaphe ” : “ tombeau élevé à la mémoire d’un mort et qui ne contient pas son corps ”, nous rappelle Le Robert.

« Une sépulture se respecte, c’est un témoignage de civilité »

« Ce n’est pas la première fois qu’un cercueil entre dans le Panthéon sans dépouille. En 2015, les cercueils des résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle Anthonioz ne contenaient qu’une poignée de terre, leur corps demeurant à jamais au cimetière familial.

« Pour Voltaire et Rousseau, cela demeure un mystère, quelques ossements ont été constatés mais sans certitude. Condorcet, mort en 1794, enterré dans une fosse commune, dont le corps n’a pas été retrouvé, est entré au Panthéon en 1989.

« Les cendres de Jean Moulin ne sont que présumées être les siennes, lors de sa panthéonisation en décembre 1964. Pour Léon Gambetta, transféré en 1920, seul son cœur y figure (dans une urne). L’inventeur de l’écriture pour les aveugles Louis Braille a été inhumé sans ses mains, restées dans le caveau de famille à Coupvray (Seine-et-Marne)

« En 2011, le poète et homme politique Aimé Césaire est entré au Panthéon, mais ni urne, ni cendres n’y ont été transférées. Il restera sur son île de La Martinique, volonté pérennisée par la famille.

« Robert Badinter est la septième personnalité à entrer au Panthéon depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017. Après le couple Manouchian, Joséphine Baker, Maurice Genevoix et le couple Veil, l’historien et résistant Marc Bloch, fusillé par les nazis en 1944, y sera honoré le 16 juin 2026. »

Lâcheté et mépris

Joël Goring, de Niort (Deux-Sèvres) : « La profanation de la tombe de Robert Badinter, le jour de l’entrée de son cercueil au Panthéon est un témoignage de l’état de décrépitude de nos mœurs.

« Ne pas partager ses idées sur l’abolition de la peine de mort, sur la dépénalisation de l’homosexualité, sur une certaine humanisation des prisons est concevable et admissible. Mais c’était du vivant de l’intéressé et en l’attaquant verbalement, en lui portant contradiction qu’il fallait débattre.

« Mis à part l’univers carcéral, qui doit être loin d’être humain, et c’est un point qui devrait évoluer, les autres décisions prises doivent être acceptées. Badigeonner d’inscriptions une tombe est un acte de lâcheté et de mépris. Une sépulture se respecte, c’est un témoignage de civilité. »