Par

Jean-Marc Aubert

Publié le

31 oct. 2025 à 18h45

La situation ne se débloque pas pour les trente-sept personnes et enfants âgé de 4 à 17 ans expulsés lundi 27 octobre 2025 d’un squat du quartier d’Euromedecine, à Montpellier : ils vont passer leur cinquième nuit sur le parvis Georges Frêche, devant l’hôtel de ville à Port Marianne, sous des couvertures, des couettes et autres plaids chauds en cette période automnale frisquette, le tout apporté par des associations qui se mobilisent.

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Des bénévoles qui viennent également donner de la nourriture et des boissons pour que ces sans-abri, à la rue brutalement du jour au lendemain sur l’ordre de la préfecture de l’Hérault qui fait appliquer une décision de justice, trouvent quand même un peu d’humanité. Mais ils ne sont pas épargnés : l’intervention des forces de l’ordre -policiers nationaux et municipaux- ce jeudi vers 18h pour les obliger à démonter les quelques tentes dressées pour faire dormir les quinze enfants au chaud sont pointées du doigt par les responsables des associations et par le Syndicat national unifié des directeurs, instituteurs et des professeurs des écoles de l’enseignement public Force ouvrière -Snudi FO 34- de l’Hérault : « Comment un ordre aussi inhumain a-t-il pu être donné ?! Comment ne pas y voir une volonté de les placer dans les conditions les plus dures et les plus indignes ?! »

« Les autorités se renvoient la balle »

Le Snudi FO 34 relève que, « avec l’association « Solidarités partagées » qui les accompagne, ces familles se sont regroupées sur le parvis de la mairie de Montpellier pour demander de l’aide et leur relogement. Cette situation indigne et inacceptable dure depuis lundi, chaque autorité se renvoyant la balle pour se défausser de sa propre responsabilité : la première relevant de la préfecture, mais également celle de la mairie qui face à l’urgence peut mettre à disposition des lieux inoccupés pour mettre ces enfants à l’abri, la plupart étant par ailleurs scolarisés dans des écoles et établissement de Montpellier. Elle peut le faire et elle doit le faire. C’est également la responsabilité du Conseil départemental et du service d’aide sociale à l’enfance de mener en urgence des actions de protection des mineurs et de leur famille « confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité » comme le stipule l’article L221-1 du code de l’action sociale ».

Des enfants scolarisés

Les enfants de 4 à 17 ans sont tous scolarisés dans des écoles à Montpellier, « ce sont donc nos élèves », révèle le Snudi FO 34, ajoutant que, « aucun hébergement d’urgence ne leur a été proposé par le préfet, malgré les dispositions légales qui y contraignent via l’article 345-2 du code de l’action sociale et des familles : Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence ». Le Snudi FO de l’Hérault précise que, « de plus, en tant qu’enseignants et AESH, nous ne pouvons être indifférents, car ces situations ont aussi un impact sur leur scolarisation dans nos classes. Montpellier n’est pas une ville pauvre, loin de là, il n’est pas possible de laisser des enfants dormir dans le froid et la pluie sur le parvis d’une mairie si somptueuse. Avec tous nos collègues indignés par cette situation, devant laquelle aucun être humain ne peut rester de marbre, nous demandons que la mairie et la préfecture trouve rapidement une solution avant une nouvelle nuit dehors. Pas une nuit de plus et relogement immédiat ».

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Sollicitée ce vendredi 31 octobre après-midi par Métropolitain sur le retrait des tentes imposées jeudi soir par les forces de l’ordre venues en nombre, la préfecture n’avait pas répondu à 18h30. Silence assourdissant également du 115, le Samu social, selon les associations, dont le Snudi FO 34 « le matin, les appels quotidiens au 115 des associations se soldent par un refus catégorique, sans même proposer de rappeler plus tard dans l’après midi ». Retour du 115 tel un leit-motiv : toutes les places sont saturées.

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« Aucune solution de relogement »

« On a vraiment l’impression que le Samu social ne cherche pas des solutions, comme il est arrivé de le faire les années précédentes dans de pareilles situations d’évacuations de squats », assure Aïcha Beghaz président de l’Association Humanitaire de Montpellier, l’AHM. Elle se dit très étonnée et consternée par le fait que, « contrairement aux expulsions de squatters, des solutions de relogement sont toujours étudiées et en général trouvées en amont, en se rapprochant notamment des responsables d’associations qui servent d’intermédiaires. Pour ces expulsés du squat d’Euromédecine, l’opération a été préparée dans le plus grand secret, personne n’a été informé. Nous nous interrogeons depuis lundi sur cette action ».

Des femmes battues avec leurs enfants

Selon nos informations, des femmes battues jetées à la rue par les maris ou conjoints avec les enfants font partie des personnes expulsées contraintes de camper devant l’hôtel de ville, dans le froid et sous la pluie. « Il est faux de dire que ces expulsés sont des sans-papiers ou des étrangers en situation irrégulière, comme on l’entend dire à tort, ces mères seules avec leurs gosses sont nées en France, on ne doit pas les salir », tempête un bénévole d’association.

La Ville de Montpellier a pris conscience de la situation. L’adjoint au maire, Michel Calvo, président d’ACM Habitat s’est déplacé sur le parvis et s’est entretenu avec des responsables des associations qui gèrent cette action. Leur demande de trouver un gymnase ou une salle idoine pour éviter que ces femmes, ces enfants et trois couples continuent de passer les nuits dehors est étudiée. Mais toujours pas de solution miracle ce vendredi en soirée, alors que se profile un week-end de la Toussaint, où les services des collectivités tournent au ralenti…

Il y a vingt ans, les Enfants de Don Quichotte

Ce vendredi soir, alors que la nuit tombait déjà, heure d’hiver oblige, des responsables d’associations s’interrogeaient sur la décision de réinstaller quelques tentes sur le parvis de la mairie pour accueillir les enfants, mais il craignent le retour des policiers, tandis que les autorités redoutent un nouveau mouvement des Enfants de Don Quichotte qui avait eu un retentissement national : c’était le long du canal Saint-Martin, à Paris, à l’automne 2006. C’était il y a vingt ans et certains n’ont pas oublié le sort de ces dizaines d’enfants SDF sous des tentes de fortune.

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