Né en Biélorussie en 1964 ; élevé en Ukraine ; formé au cinéma à Moscou, au célèbre Institut national de la cinématographie ; installé à Berlin depuis 2001 : le cinéaste ukrainien Sergueï Loznitsa est de ces hommes dont l’effondrement de l’Union soviétique a comme fait voler le parcours en éclats. Et à l’heure où la guerre entre l’Ukraine et la Russie a creusé entre ces deux pays un fossé insondable, il se retrouve pris pour cible des deux côtés.

Il faut dire que le réalisateur a le tort de refuser tout sectarisme, dans son œuvre comme dans ses prises de position publiques. Le fait qu’il dénonce l’offensive militaire de Vladimir Poutine fait grincer des dents en Russie. Le fait qu’il s’oppose à un boycott systématique de la culture russe en irrite plus d’un en Ukraine. En 2022, cela lui a même valu d’être exclu de l’Académie cinématographique ukrainienne, pour “manque de loyauté”.

Inutile de préciser que, dans un tel contexte, Deux procureurs n’a aucune chance de sortir prochainement dans l’un ou l’autre de ces pays. D’une grande beauté formelle, ce long-métrage tourné en russe suit la trajectoire d’un jeune procureur idéaliste, Alexander Kornev (Alexander Kouznetsov). En 1937, en s’intéressant au sort d’un détenu qui se dit condamné à tort, il se retrouve happé dans l’engrenage