En Allemagne, l’idée d’introduire à l’école des séances annuelles consacrées à la guerre et aux comportements à adopter en cas de conflit est loin de faire l’unanimité. Le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, propose d’instaurer deux heures par an de discussion en classe pour les élèves les plus âgés, afin de les préparer à « des scénarios de crise possibles et à la façon d’y faire face », selon le Handelsblatt.
L’initiative a pour but de familiariser les jeunes face à des situations concrètes : comment réagir face à une attaque, un bombardement, une cybercrise ou une coupure d’énergie majeure. « La gestion de la guerre et des crises devrait faire partie intégrante du quotidien scolaire », a plaidé Alexander Dobrindt en appelant à « une culture de la résilience » dès le plus jeune âge.
La mesure séduit la droite chrétienne et une partie des Verts, qui y voient un effort nécessaire de préparation dans un environnement géopolitique de plus en plus instable. Le président des Verts, Felix Banaszak, estime que « parler de crises à l’école n’est pas une manière de semer la panique, mais de renforcer la société ». Il juge toutefois que deux heures par an ne suffiront pas pour préparer efficacement les jeunes à des situations d’urgence.
Tous les jeunes ne sont pas prêts émotionnellement à faire face à la perspective d’une guerre ou d’une attaque.
À gauche et à l’extrême droite, la proposition provoque un tollé. Pour Simone Oldenburg, figure de Die Linke et présidente de la Conférence des ministres de l’Éducation des Länder, le ministre « ne comprend ni le rôle de l’école ni le quotidien des professeurs ». La députée Nicole Gohlke (Die Linke) dénonce, elle, « une instrumentalisation de la peur, en particulier auprès des enfants et des jeunes ».
Les enseignants sont plus nuancés. Le principal syndicat de professeurs du pays soutient l’idée d’aborder les crises à l’école, mais s’oppose à toute militarisation des contenus. « La guerre s’est depuis longtemps invitée dans les salles de classe, dans les discussions, dans les inquiétudes des élèves », rappelle son président Stefan Düll.
Pour lui, préparer les jeunes, c’est d’abord leur apprendre à garder leur sang‑froid : savoir utiliser un extincteur, administrer les premiers secours, gérer la peur collective. Ce type d’entraînement pratique, estime-t-il, développe la capacité d’agir et la confiance en soi : « C’est ainsi que se construit la résilience, en affrontant des situations désagréables mais réalistes. »
Quentin Gärtner, secrétaire général de la Conférence fédérale des étudiants, ajoute : « Tous les jeunes ne sont pas prêts émotionnellement à faire face à la perspective d’une guerre ou d’une attaque. » Il faudrait donc, selon lui, que les modules soient accompagnés d’un soutien psychologique.
En Pologne, les élèves s’entraînent au tir
Ce débat survient alors que l’Europe se réarme et que le sentiment d’insécurité grandit. L’Allemagne, résolument pacifiste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, fait face depuis plusieurs mois à des survols de drones non identifiés. « Nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne sommes plus en paix », résume le chancelier Friedrich Merz. Berlin prépare la réintroduction, dès 2026, d’un service militaire volontaire pour les 18 ans – un signe de la montée en puissance de la culture de défense au sein du pays.À LIRE AUSSI Dans les écoles d’Ukraine, la guerre pour programme
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Au-delà du cas allemand, la question s’étend à l’ensemble du continent : à quel âge et comment parler de la guerre aux jeunes ? En Pologne, voisine de l’enclave russe de Kaliningrad, de la Biélorussie et de l’Ukraine, l’approche est directe : des entraînements au maniement des armes à feu sont organisés pour des élèves de 14 et 15 ans. En Finlande, à l’inverse, l’école ne mène pas d’exercices militaires ; elle mise sur une sensibilisation aux bonnes pratiques en cas d’événements graves.
Entre la voie finlandaise et la voie polonaise, l’Allemagne devra trouver la sienne. Et choisir où placer le curseur entre culture de défense, mission de l’école et protection de l’enfance.
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