La politique migratoire allemande reste hantée par l’héritage d’Angela Merkel, dont l’ouverture des frontières en 2015 a déversé plus d’un million de Syriens sur le sol allemand. Dix ans plus tard, Friedrich Merz, chancelier depuis mai 2025, peine à inverser la tendance malgré ses discours fermes. Avec 951 406 Syriens recensés en Allemagne, la pression est immense. Merz avait promis une droite résolue pour juguler l’immigration, mais six mois après son élection les paradoxes s’accumulent. Sa coalition bride ses ambitions, tandis que les tensions internes à la CDU minent sa crédibilité. Les Syriens, arrivés fuyant la guerre de Bachar al-Assad, ne rentrent pas, malgré la chute du régime en décembre 2024 et l’avènement du président intérimaire Ahmed al-Charaa. Merz invite ce dernier à Berlin pour discuter expulsions, affirmant que « la guerre civile en Syrie est terminée. Il n’y a plus aucun motif d’asile en Allemagne ». Mais cette rhétorique cache une inertie profonde, où les fonds publics affluent vers Damas sans aucune contrepartie migratoire. 

Les ambitions de Merz stoppées par le dossier

Merz mise sur une coopération pragmatique avec le nouveau régime syrien pour relancer les rapatriements. Il envisage un retour volontaire massif des Syriens, essentiels à la « reconstruction » du pays dévasté, et réserve l’expulsion aux réfractaires, à commencer par les délinquants. « Sans ces hommes, la reconstruction n’est pas possible », martèle-t-il lors d’une conférence de presse à Husum, dans le nord du pays.

Toutefois, le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul, lui-même CDU, a contredit ouvertement son chancelier après un voyage à Damas. Sur place, à Harasta, quartier martyr de la capitale, il décrit un chaos infrastructurel insurmontable : « Ici, peu de gens peuvent vivre décemment ». Le ministre plaide plutôt en faveur d’expulsions limitées à « quelques cas exceptionnels » pour les délinquants, arguant que la Syrie reste trop destructurée pour des retours massifs. 

Merz, chancelier des promesses en suspens

Tandis que Merz patine, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) capitalise sur le mécontentement populaire. Selon le compilateur statistique Dawum au 4 novembre 2025, l’AfD culmine à 25,6 % et dépasse la CDU/CSU qui atteint 25,3 %. Ce bond reflète une défiance croissante envers l’establishment : les Allemands, las de financer l’intégration d’un million de Syriens – avec ses coûts astronomiques en aides sociales et sécurité , plébiscitent une ligne dure que Merz n’ose pas pleinement assumer. Alice Weidel, co-leader de l’AfD et candidate à la chancellerie en 2025, fustige cette hypocrisie dans un post viral sur X : « C’est la CDU : 40 millions d’euros pour la “reconstruction” en Syrie, mais les Syriens “ne peuvent” pas rentrer chez eux, selon le ministre Wadephul. Les contribuables allemands sont ainsi doublement ponctionnés ».

Merkel avait pourtant juré que les Syriens rentreraient une fois la paix revenue, promesse lettre morte aujourd’hui. L’actuel chancelier, lui, persiste, cherchant à tenir cette promesse, en vain. Sur le dossier syrien, l’urgence le rattrape : les plus de 900 000 Syriens pèsent sur les budgets locaux (en 2023, la politique d’accueil des réfugiés, toutes nationalités confondues, s’élevait à 6,4­ % des dépenses publiques soit 29,7 milliards d’euros). Occupant le bureau des chanceliers allemands depuis trop longtemps maintenant, le dossier des Syriens alimente un ressentiment qui profite à l’AfD et les promesses de Merz sont loin de calmer les angoisses des Allemands (en novembre 2025, 53 % se disent favorables à un encadrement strict de l’immigration).


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