Alors que le Rolex Paris Masters s’est terminé le 2 novembre à la Paris La Défense Arena, un autre affrontement se joue en coulisses: de plus en plus de voix emmenées par l’Italien Jannik Sinner (de nouveau numéro 1 mondial à la suite de sa victoire en finale à Nanterre face au Canadien Félix Auger-Aliassime), dénoncent la part trop faible des gains reversée aux joueurs lors des quatre tournois du Grand Chelem (Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et US Open). Les revendications vont au-delà de la simple question financière: elles portent aussi sur la contribution à un fonds de protection sociale et sur le soutien aux retraites, aux soins de santé et aux congés maternité.

Tout a commencé en marge du tournoi de Roland-Garros, au printemps 2025, lorsque des joueurs, dont Jannik Sinner, la Biélorusse Aryna Sabalenka (1re mondiale) et l’Américaine Coco Gauff (3e) ont rencontré les organisateurs des quatre tournois majeurs. À l’issue de ces discussions, une lettre présentant une série de réformes a été envoyée en août. La réponse, jugée insuffisante, a provoqué la colère des joueurs et joueuses, qui ont réclamé l’organisation de nouvelles réunions lors de l’US Open (du 24 août au 7 septembre). Une demande refusée par les organisateurs, invoquant un contentieux judiciaire en cours, intenté par l’Association des joueurs de tennis professionnels (PTPA), une organisation créée par le Serbe Novak Djokovic en 2021.

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En mars, la PTPA a effectivement attaqué l’ATP et la WTA en justice, en dénonçant la faible redistribution des recettes générées par les tournois et également des «pratiques anticoncurrentielles» et un «mépris flagrant du bien-être des joueurs», contraints d’enchaîner les compétitions dans des conditions parfois difficiles. Au début du mois d’octobre, l’épisode du Masters 1000 de Shanghai, où l’humidité grimpait jusqu’à 80%, a marqué les esprits, avec comme résultat plusieurs malaises et l’abandon de Jannik Sinner, victime de crampes.

Actuellement, seuls 13 à 15% des revenus générés par les quatre tournois majeurs sont reversés aux joueurs et joueuses, contre 22% environ pour les tournois de l’ATP et de la WTA (les deux instances dirigeantes des circuits masculin et féminin). «Si l’on considère la part des recettes allouée aux joueurs, le tennis est à la traîne, rappelle le joueur américain Ben Shelton (6e mondial), dans les colonnes du quotidien britannique The Independent. La NBA, la NFL et d’autres ligues reversent près de 50% de leurs revenus aux joueurs, tandis que dans les tournois du Grand Chelem, nous parlons de moyennes avoisinant les 10%.» Il ajoute que cette bataille n’est pas celle «des joueurs du top 10», mais celle des sportifs et sportives moins bien classé·es qui dépendent des primes remportées lors des premiers tours pour couvrir leurs dépenses de la saison.

Et pourtant, les dotations augmentent

Cette année, l’US Open a offert aux joueurs la plus grande manne financière de l’histoire du Grand Chelem: les dotations ont bondi de 21%, pour atteindre environ 77 millions d’euros. Victorieux à New York, l’Espagnol Carlos Alcaraz (actuellement 2e mondial) a ainsi remporté près de 4,3 millions d’euros, un record, contre 2,5 millions lors de son succès à Roland-Garros, selon RMC Sport. À Wimbledon, le prize money a augmenté de 7% en un an. Dans ce contexte, les revendications des joueurs et joueuses sont-elles légitimes?

«Il ne s’agit pas seulement d’argent, rétorque le tennisman américain Taylor Fritz (n°4 à l’ATP). Mais de consulter les joueurs sur les décisions qui les concernent comme sur le financement des retraites et des soins de santé.» L’ATP et la WTA versent environ 80 millions de dollars par an (près de 70 millions d’euros) pour couvrir les retraites et les indemnités maternité et santé des athlètes. Les tournois du Grand Chelem en sont exemptés.

À cela s’ajoute un calendrier tennistique de plus en plus dense. Cette année, l’ATP a mis en place la réforme des Masters 1000 –la catégorie de tournois masculins la plus haute après les quatre tournois du Grand Chelem– sans y associer les joueurs. La durée de la majorité des Masters 1000 est passée de sept à douze jours, avec un tableau élargi à 96 joueurs (au lieu de 56). Résultat: des tournois à rallonge, davantage de matchs et moins de plages de récupération, soit un cocktail explosif. Les spécialistes de la petite balle jaune réclament désormais une intersaison plus longue pour faciliter la récupération et éviter l’épuisement.

Interrogé par The Independent, un porte-parole du All England Club, organisateur du tournoi de Wimbledon, tente d’apaiser les tensions: «Notre position reste inchangée. Nous sommes ouverts à des discussions constructives afin d’obtenir le meilleur résultat pour l’avenir de notre sport et dans l’intérêt des joueurs comme des fans.» Reste à savoir si ces promesses de dialogue se traduiront en avancées réelles.