Par
Lucie Fraisse
Publié le
8 nov. 2025 à 17h22
Jules Saliège, archevêque de Toulouse, est sans aucun doute l’une des personnes qui a marqué l’histoire de la Ville rose au XXe siècle. Un symbole dont les obsèques, qui se sont déroulées il y a bientôt soixante-dix ans, ont rassemblé près de 100 000 personnes entre la basilique Saint-Sernin et la cathédrale Saint-Étienne où il repose. On vous raconte.
« Ils font partie du genre humain », écrivait-il
Monseigneur Saliège, c’est ce religieux qui, le 23 août 1942, écrivait une lettre pour protester contre le sort réservé aux Juifs dans toute la France de l’époque. Une courte missive qui fut lue dans la plupart des églises de la Haute-Garonne, encourageant les paroissiens à résister aux mesures injustes de Vichy et des Nazis et à sauver les familles juives. Un bref écrit qui fut retransmis par la BBC et Radio Vatican, publié dans la presse clandestine de l’époque, mais aussi sur le New York Times.
Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les juives sont des femmes, les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et ces mères de famille. Ils font partie du genre humain, ils sont nos frères comme tant d’autres, un chrétien ne peut l’oublier.
Monseigneur Saliège
Extrait de la lettre « La personne humaine »
Compagnon de la Libération
Au-delà de sa lettre, l’archevêque de Toulouse a contribué à protéger de nombreux Juifs en les plaçant dans des lieux sûrs aux alentours de Toulouse, avec l’aide de religieux et de civils. Il manque de se faire arrêter par la Gestapo, en juin 1944. Sa paralysie du bulbe rachidien et son grand âge lui permettent d’y échapper.
À la fin de la guerre, le général De Gaulle le fait compagnon de la Libération. En septembre 1944, De Gaulle se rend à Toulouse et dans un discours devant des milliers de Toulousains, il déclare : « Jamais Toulouse n’a cru la France perdue ». Une phrase que l’on peut aisément relier à la mobilisation de Saliège pendant la guerre. Les Toulousains ne s’y trompent d’ailleurs pas et l’applaudissent comme un héros.
« Nous venons de fermer les yeux de notre cardinal »
En décembre 1945, le pape — malgré ses réticences premières – fait Jules Saliège cardinal, sous la pression de De Gaulle. La barrette cardinalice lui fut remise à la cathédrale Saint-Étienne, à Toulouse.
Le cardinal Saliège meurt le 5 novembre 1956. Le cardinal Garonne, archevêque de Toulouse, publie alors ces mots :
Nous venons, ce matin du 5 novembre, de fermer les yeux de « notre » cardinal : désormais son sourire sera éteint parmi nous et le son unique de sa parole aura cessé de retentir à nos oreilles.
Cardinal Garonne
Lettre retranscrite dans La semaine catholique de Toulouse
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100 000 personnes dans les rues pour ses obsèques
À sa mort, le bourdon de la cathédrale Saint-Étienne et toutes les cloches de Toulouse sonnent. « L’émotion fut grande à Toulouse, émotion qui gagna tout le diocèse dès que fut connu le douloureux événement », relate ainsi La semaine catholique de Toulouse.
Ses obsèques sont célébrées le 10 novembre 1956 et les Toulousains y assistent en nombre. Dans son livre, Deux destins toulousains : Cardinal Jules Géraud Saliège-Mgr Louis de Courrèges d’Ustou, Jean-Claude Meyer raconte ainsi que ce sont 100 000 personnes qui ont accompagné le cardinal depuis la basilique Saint-Sernin jusqu’à la cathédrale Saint-Étienne. Parmi eux, l’ancien président de la République Vincent Auriol, originaire de la Haute-Garonne.
La semaine catholique de Toulouse du 18 novembre 1956 raconte alors : « Plusieurs heures à l’avance, la foule avait commencé à se rassembler aux alentours de la basilique, et se massait tout au long des rues que devait emprunter le cortège pour se rendre à la cathédrale Saint-Étienne : rue Saint-Bernard, boulevard de Strasbourg, place Jeanne d’Arc, rue d’Alsace, place Esquirol et rue de Metz ».
Médaille des Justes
Le cardinal Saliège est inhumé dans le cœur de la cathédrale Saint-Étienne. Peu de temps après son enterrement, le général De Gaulle s’y est rendu pour lui rendre un dernier hommage.
Le cardinal Saliège a reçu la médaille des Justes, à titre posthume, en 1969.
Infos pratiques :
À lire pour mieux connaître l’histoire de Monseigneur Saliège, la bande dessinée de Vivier et Rizzato, Monseigneur Saliège, celui qui a dit non, parue aux éditions Plein vent, 15,90 euros.
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