Fermé suite à la liquidation de son association gestionnaire en mars, le centre socio-culturel de l’Elsau a rouvert ses portes depuis le mois de juillet. Samedi 8 novembre, la nouvelle équipe donnait rendez-vous aux habitants pour une fête de quartier.

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Adrien Labit

Publié le 9 novembre 2025  ·  

Imprimé le 9 novembre 2025 à 12h22  ·  

Modifié le 9 novembre 2025  ·  

5 minutes

Sur le parvis devant le centre socio-culturel de l’Elsau plusieurs stands sont installés, un enfant dessine une fresque à la craie sur le sol, pendant que des adultes discutent, un verre de thé en main. Un passant interroge : « Il se passe quoi là ? » Du tac au tac, Sabri, habitant de l’Elsau, lui répond : « Ils font une petite fête de quartier, comme avant. » En 2023, Rue89 Strasbourg révélait des dysfonctionnements dans la gestion du centre. Conflit d’intérêts, organisation floue, dépenses intraçables. Une procédure judiciaire est lancée en 2024 et en mars 2025, les financeurs publics de l’association gestionnaire décident de lui couper les subventions. Cette dernière doit demander sa mise en liquidation judiciaire et le centre ferme ses portes pour quatre mois, avant que la Ville de Strasbourg rouvre le centre et en assure provisoirement la gestion.

L’association Lu² a été missionnée pour participer à la célébration de la réouverture.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg

À l’ouverture en juillet, Judith Ngka, chargée d’accueil au centre, raconte le retour des habitants : « Il y avait de la colère parce qu’ils ne comprenaient pas que le centre ait fermé, mais ils étaient ravis quand ils ont vu la porte de nouveau ouverte. » Salariée de l’ancienne structure, Judith Ngka fait partie des trois personnes recrutées par la Ville de Strasbourg pour reprendre le centre. « J’ai été très agréablement surprise de constater l’engouement des habitants sachant comment on les avait laissés », dit-elle.

Recréer le lien avec les habitants et les associations

À l’intérieur du centre, Brahim Mahi slalome entre les tables et passe d’un groupe à l’autre, visiblement satisfait du déroulement de sa fête de quartier. « C’est blindé, les gens sont super contents. C’est trop bien ! » Nouveau directeur arrivé en juillet, il était important pour lui que le centre reprenne ses activités au plus vite. Tout l’été, le centre de loisirs a ouvert ses portes, une trentaine d’enfants ont été accueillis, « ça allait au-delà de l’ancienne fréquentation ».

Depuis la rentrée, un accueil périscolaire a été mis en place, « on a une quarantaine d’enfants et d’ici un mois, on en accueillera entre 80 et 100 chaque soir, de la primaire jusqu’au lycée ». Cet automne, l’accompagnement social des familles a également repris. « Notre chargée de mission est arrivée le 1er octobre, depuis elle n’a pas vu le jour », explique Brahim Mahi. Anne-France Ramakavelo, chargée de mission famille, raconte :

« Je m’occupe de l’accompagnement dans les démarches administratives, les gens ne savaient plus où s’adresser, j’étais donc très attendue. J’organise aussi des ateliers et des sorties avec les familles, elles ont besoin de sortir et sont très demandeuses. Les habitants veulent participer et travailler avec nous. »

Anne-France Ramakavelo, Judith Ngka et Brahim Mahi, les trois personnes recrutées par la Ville de Strasbourg pour assurer la gestion du CSC de l’Elsau.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg

À l’étage du centre, l’association Ballade a pris ses quartiers. Depuis septembre, la petite équipe propose des ateliers musicaux et des cours d’instruments. La structure doit relancer l’école de musique qui avait fermé en mars, Diane Caussade, responsable pédagogique, explique :

« On essaye de le faire dans l’esprit d’inclusion de notre association. Il y a des gens qui sont arrivés avec un quotient familial zéro, on ne peut pas les faire payer, mais on les accueille quand même. Il faut savoir que cette école, malgré son installation dans un quartier prioritaire, n’accueillait quasiment aucun élève habitant de ce quartier. »

Moment musical lors de la fête de quartier par l’association Ballade.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg

Depuis la rentrée, une quinzaine de personnes se sont inscrites pour les cours individuels et les ateliers collectifs, « on a des habitants du quartier prioritaire mais on a aussi des habitants des autres secteurs de l’Elsau. C’est chouette parce qu’il y a une mixité socio-culturelle ». Ballade fait partie des dix associations qui ont déjà rejoint le centre. Pour Brahim Mahi, la dynamique est très positive :

« La moitié d’entre elles n’avait jamais travaillé avec le CSC et il y en a une dizaine d’autres qui sont en attente pour nous rejoindre. »

« Ici, c’est ma deuxième maison »

Fadila, habitante du quartier de l’Elsau

Interrogés, les habitants présents témoignent tous de leur joie de voir le centre ouvert de nouveau, mais les mois de fermeture restent comme une blessure dans le quartier. Amina, étudiante, se souvient : « Quand c’était fermé, on restait plus à la maison, on sentait qu’il manquait quelque-chose. » Sabri, lui aussi habitant de l’Elsau, avait l’habitude de passer pour discuter. « On est content que ça ait rouvert, un centre, c’est un peu le cœur d’un quartier. » Ces quatre mois de fermeture ont été difficiles pour Fadila :

« Je ne préfère pas en parler, sinon je vais pleurer. Ici, c’est ma deuxième maison, depuis que le centre a rouvert, c’est une nouvelle vie. »

Amina, étudiante et habitante de l’Elsau, propose des spécialités tchétchènes sur le stand de l’association Intégration, éducation, synergie.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg

Rafik, la quarantaine, a le sentiment d’avoir retrouvé sa place. Handicapé, il ne pouvait plus compter sur l’aide administrative du centre, « c’était très compliqué ». S’il a finalement réussi à gérer ses démarches administratives seul durant la période de fermeture, il raconte que d’autres ont dû se rendre dans les CSC des autres quartiers.

Le samedi 8 novembre, le CSC de l’Elsau organisait sa fête de quartier.Photo : Adrien Labit / Rue89 Strasbourg

« Pour les habitants, la réouverture de centre, c’est forcément bénéfique, explique Charles Conrad, bénévole à la Confédération syndicale des familles et usager du centre. Il faut qu’il y ait une montée en puissance au fur et à mesure. Les activités pour les personnes âgées ont déjà repris. » Cependant, le septuagénaire s’interroge toujours sur les raisons qui ont abouti à la fermeture du centre, « on avait quelque-chose qui fonctionnait », explique-t-il. Une bénévole de l’ancienne association gestionnaire, qui préfère rester anonyme, témoigne, elle, de son sentiment d’injustice face à la situation :

« Je n’ai rien contre les gens qui sont arrivés mais ce n’est pas fini cette histoire. Les habitants de l’Elsau ont le droit d’avoir un CSC mais la façon dont cela s’est fait, c’est autre chose. »

Interrogé sur l’amertume de certains habitants proches de l’ancienne équipe, Brahim Mahi répond : « C’est un travail de reconstruction qui se fait petit à petit. » La Ville de Strasbourg se donne trois ans pour recréer une dynamique associative autour du CSC de l’Elsau et rendre au centre sa gestion associative.