Publié le
9 nov. 2025 à 15h06
Durant la Seconde Guerre mondiale, on estime que 90 000 personnes ont traversé les Pyrénées pour fuir le nazisme et rejoindre l’Espagne. La postérité a retenu quelques passeurs émérites à l’instar du professeur de Toulouse Maurice Dide et d’importants réseaux comme celui dirigé par Albert Guérisse alias Pat O’Leary puis Marie-Louise Dissard connue sous le pseudonyme de Françoise. Elle en a malheureusement oublié d’autres comme Philippe Alvarez.
Membre des réseaux Marco-Polo et Andalousie
Le parcours de ce républicain espagnol et résistant, l’un de ses « soutiers de la gloire » pour reprendre l’expression héroïque de Pierre Brossolette, a été révélé il y a à peine quelques semaines par Gaëtan Blosse, référent régional mémoire Occitanie au sein de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG).
« Il y a cinq ans, en tombant sur le fonds du Service de crimes de guerre ennemis conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne, mon attention s’était portée sur une arrestation de plusieurs ressortissants espagnols, dont un certain Philippe Alvarez, dans le petit village commingeois de Cierp-Gaud le 9 juin 1944. Intrigué, j’avais poursuivi mes recherches et retrouvé son dossier au Service historique de la Défense de Vincennes. Il était mentionné qu’il avait été avéré déporté-résistant et qu’il avait fait passer, souvent de nuit, des résistants français ou des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) par le pic du Burat, à plus de 2 000 mètres d’altitude ».
S’il œuvre alors pour l’organisation Marco-Polo, dépendante du BCRA, le service d’actions clandestines de la France libre, il collabore aussi au sein du réseau Andalousie et de l’Armée Secrète de Saint-Gaudens. Il mène des missions de renseignements sur l’emplacement des troupes allemandes et des actions de propagande et de recrutement dans la région de Saint-Béat et de Luchon.
Sa mémoire enfin honorée
Arrêté par la Gestapo sur dénonciation, Philippe Alvarez est interné à Luchon, transféré à la prison Saint-Michel de Toulouse puis envoyé, le 25 juillet, à Buchenwald.
Libéré le 1er avril 1945, il rentre très affaibli et meurt quatre ans plus tard des suites de la tuberculose contractée au camp. Bien qu’il soit mort pour la France et que ses enfants soient reconnus Pupilles de la Nation, sa mémoire n’est paradoxalement pas honorée.
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Plus de 70 ans après sa disparition, son honneur est enfin lavé. « Notre démarche a permis l’inscription de son nom sur le monument aux morts de Cierp-Gaud (la cérémonie ce jeudi 6 novembre), l’attribution du titre de Combattant volontaire de la Résistance à titre posthume et l’accompagnement de la famille dans la demande de la Médaille de la Résistance française », précise Gaëtan Blosse.
Mathieu Arnal
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