(Actualisé avec département de la Justice)
par Andy Sullivan
Le département américain de la Justice va enquêter sur les
liens que Jeffrey Epstein aurait entretenus avec la banque JP
Morgan et des personnalités démocrates, dont l’ancien président
Bill Clinton, à la demande expresse de Donald Trump.
L’Attorney General Pam Bondi a annoncé vendredi que Jay
Clayton, procureur fédéral à Manhattan et ancien président de la
Securities and Exchange Commission, l’autorité américaine des
marchés, conduirait les investigations.
La requête du président américain est intervenue deux jours
après la divulgation par une commission du Congrès de milliers
de documents qui ont soulevé de nouvelles questions sur les
relations entre Donald Trump et l’ancien financier, retrouvé
pendu dans sa cellule en 2019 avant son procès pour trafic
sexuel de mineures.
Les membres démocrates de la commission de supervision de la
Chambre des représentants citent notamment un courriel datant de
2019 adressé à l’écrivain Michael Wolff, dans lequel, selon eux,
Jeffrey Epstein « déclare explicitement que Donald Trump ‘savait
à propos des filles' ».
« Trump essaie clairement et désespérément de détourner
l’attention de sa propre présence dans les emails d’Epstein », a
estimé Alan Rozenshtein, professeur de droit à l’Université du
Minnesota et ancien juriste au département de la Justice.
Outre Bill Clinton, qui a fréquenté Jeffrey Epstein au début
des années 2000, Donald Trump a demandé au département de la
Justice d’enquêter sur l’ancien secrétaire au Trésor Larry
Summers et sur le fondateur du réseau social LinkedIn Reid
Hoffman, grand donateur du Parti démocrate.
« Epstein était un démocrate et il est le problème des
démocrates, pas celui des républicains! » a affirmé le président
américain sur son réseau Truth Social. « Ne gaspillez pas votre
temps avec Trump. J’ai un pays à gouverner! » a-t-il ajouté.
« ACTES ODIEUX »
Ni Bill Clinton, ni Larry Summers, ni Reid Hoffman n’ont
répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire. Les trois
hommes, dont les noms sont mentionnés dans les quelque 20.000
documents relatifs à l’affaire publiés mercredi par la
commission de supervision, ont déjà exprimé leurs regrets
d’avoir côtoyé Jeffrey Epstein mais toujours nié avoir eu
connaissance des délits sexuels dont il était accusé. Aucun
élément probant n’a jusqu’à présent mis en évidence une
quelconque implication de ces trois personnalités démocrates
dans des affaires de trafic sexuel.
« Nous regrettons toute association que nous avons pu
avoir avec cet homme mais nous ne l’avons pas aidé à commettre
ses actes odieux. Nous avons mis fin à nos relations avec lui
des années avant son arrestation pour trafic sexuel », a pour sa
part répondu JP Morgan dans un communiqué par email.
La banque, dont Jeffrey Epstein a été le client entre 1998
et 2013, a versé 290 millions de dollars en 2023 à certaines
victimes de Jeffrey Epstein pour mettre fin à des accusations
selon lesquelles elle aurait ignoré des alertes en interne sur
les soupçons visant le financier.
Avant sa condamnation en 2008 pour sollicitation et
proxénétisme à l’égard d’une mineure, Jeffrey Epstein a
travaillé et noué de nombreuses relations avec une longue liste
de personnalités, dont l’ancien prince Andrew, qui a perdu son
titre royal en raison de ses liens avérés avec le financier.
Donald Trump et Jeffrey Epstein étaient quant à eux amis
durant les années 1990 et 2000.
Le président américain a constamment et vigoureusement
démenti toute connaissance des crimes attribués à l’ancien
financier mais l’affaire continue de l’embarrasser au fil de la
publication régulière de documents sur leur relation et alors
que son propre camp soupçonne son gouvernement de dissimuler des
informations.
Il a refusé de répondre aux questions des journalistes ces
derniers jours au sujet des dernières révélations du Congrès.
La Chambre des représentants devrait voter la semaine
prochaine sur un texte de loi qui obligerait le département de
la Justice à rendre publics tous les documents qu’il détient au
sujet de Jeffrey Epstein. On s’attend à ce que le texte soit
adopté, malgré les efforts déployés ces dernières semaines par
le président républicain de la Chambre, Mike Johnson, pour
bloquer le vote. Le texte devrait cependant encore être approuvé
par le Sénat pour contraindre le ministère à agir.
Selon un sondage Reuters/Ipsos mené le mois dernier, neuf
républicains sur dix continuent d’approuver l’action de Donald
Trump à la Maison blanche mais seulement quatre sur dix disent
approuver sa gestion du dossier Epstein.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par
Sophie Louet)