Au moment d’entrer en lice dans la Coupe du monde 2003 en Australie, les joueurs et le staff du XV de France ne savent encore presque rien de ce joueur, à part qu’il a 23 ans et qu’il court vite. Caucaunibuca a découvert l’équipe nationale au mois d’août et, à l’époque…
Au moment d’entrer en lice dans la Coupe du monde 2003 en Australie, les joueurs et le staff du XV de France ne savent encore presque rien de ce joueur, à part qu’il a 23 ans et qu’il court vite. Caucaunibuca a découvert l’équipe nationale au mois d’août et, à l’époque, les vidéos circulaient bien moins facilement qu’aujourd’hui. « Je n’en avais jamais entendu parler », confirme vingt-deux ans après Aurélien Rougerie, qui s’apprête à être titulaire face à lui.
L’avertissement de Dwyer
« La veille du match, à notre hôtel, on reçoit la visite amicale de Bob Dwyer (sélectionneur champion du monde avec les Wallabies en 1991, NDLR), prolonge le sélectionneur d’alors, Bernard Laporte. On parle de tout et de rien, du match du lendemain, et il nous dit : ‘‘attention, leur ailier est très, très fort’’. Bon, nous, on avait vu trois images, pas plus… » En urgence, le staff tricolore prépare un montage vidéo qu’il partage avec les joueurs. « En gros, on nous montre qu’il casse beaucoup de plaquages et qu’il fait des différences individuelles énormes », résume Nicolas Brusque, aligné à l’arrière.
Les Bleus doivent soigner leur entrée en matière face à des Fidji à qui ils ont passé 77 points deux ans plus tôt, en test-match à Saint-Étienne, et basculent à 24-8 à la mi-temps, assez tranquillement malgré le premier essai du match inscrit par les îliens. Au retour de la mi-temps, il s’agit de plier l’affaire rapidement. C’est alors que la magie Caucaunibuca opère. Un ballon perdu par les Français à l’entrée des 22 mètres fidjiens arrive dans les mains de l’ailier qui, depuis le couloir gauche, démarre et laisse Rougerie sur place.
« On est tous partis dans le vent, moi le premier », sourit l’ancien Clermontois. Au niveau de la ligne médiane, Imanol Harinordoquy est à quelques mètres mais ne tente même pas d’intervenir : il sait que c’est peine perdue. Le TGV est lancé. Il repique vers l’intérieur et enrhume Brusque, qui plonge dans le vide. « Il me met juste un petit cadrage-débordement. J’essaie de l’attraper mais je peux à peine le toucher. Il casse mon plaquage hyper facilement. Un peu comme si je n’existais pas (rires). Le plus terrible, ce qu’on dirait qu’il ne force même pas pour produire cette double accélération. »
Le coup de poing à Magne
Caucaunibuca parcourt sans opposition les 30 mètres restants et dépose le ballon entre les perches. On appelle ça une entrée en matière soignée. « On savait que les Fidjiens avaient un potentiel individuel exceptionnel, reprend Brusque. Mais Caucaunibuca… J’ai croisé pas mal d’excellents joueurs dans ma carrière. Lui, il doit faire partie du top 10. Non seulement il était inarrêtable en un-contre-un, mais on sentait qu’il transcendait les autres joueurs de son équipe ». « À 23 ans, c’était remarquable », admet Rougerie.
Cet essai n’est pas le seul fait d’armes de l’ailier ce jour-là. Peu après l’heure de jeu, alors que les Bleus ont repris le large, une échauffourée éclate au milieu de terrain. Olivier Magne finit à terre. « On est en Coupe du monde, je sais que je ne dois pas déraper, rembobine l’ancien Dacquois. Je retiens le deuxième ligne, et derrière Caucaunibuca arrive et me met un coup de poing. Enfin, plutôt un coup d’avant-bras. Je le prends de plein fouet, je ne suis pas KO mais ça me secoue un peu. Alors que je n’avais rien fait… »
Le bon coup du SUA
Les deux joueurs récoltent un carton jaune. La fin de match est totalement à l’avantage des Français qui glanent un large succès et font forte impression d’entrée (61-18). Devant sa télé, un entraîneur est content pour les Bleus mais ne saute pas de joie pour autant. Christian Lanta, manager du SU Agen, a vu l’essai de Caucaunibuca. Rien de surprenant à ses yeux : voilà des mois que lui et le directeur général Laurent Lubrano courtisent l’ailier, vainqueur du Super Rugby avec les Auckland Blues et en fin de contrat l’année suivante. Il leur avait été signalé par un contact sur place.
« En voyant ça, je me suis dit : ‘‘on va avoir la concurrence de tous les clubs français et anglais’’. Ça n’a pas loupé. Newcastle notamment, où évoluait Jonny Wilkinson, lui a transmis une très grosse proposition. Nous, on avait fait un effort particulier en lui offrant le deuxième ou troisième plus gros salaire du SUA. Mais l’année d’avant, on avait signé un deuxième ligne fidjien, qui s’était blessé. On l’avait soigné, fait venir sa famille. Logique pour nous, mais lui avait été très surpris ! En Nouvelle-Zélande, si tu es blessé plus de trois mois, tu n’existes plus… Il a dit à Rupeni, dont il était très proche, qu’on était un club extraordinaire, et il a signé chez nous. »
L’été suivant, Caucaunibuca débarque en Lot-et-Garonne. Il finira meilleur marqueur du championnat lors de ses deux premières saisons. La légende était en marche. Très rapide.