Les concessions douanières accordées aux États-Unis posent des questions sur les conséquences pour le monde agricole. Invité de l’émission Forum samedi, Michel Darbellay, directeur adjoint de l’Union suisse des paysans, a relativisé l’impact de l’accord trouvé entre Berne et Washington.
L’accord conclu entre la Suisse et les États-Unis pour ramener les droits de douane à 15% permettra d’importer davantage de viande américaine en Suisse. De quoi faire dire à la présidente des Vert-e-s Lisa Mazzone que « l’élite économique suisse et le Conseil fédéral se prosternent devant Donald Trump » et que l’agriculture suisse a été sacrifiée et les intérêts des consommateurs avec.
Interrogé dans le 19h30, le conseiller national UDC et agriculteur Pierre-André Page se veut plus rassurant: « Je ne m’inquiète pas de ce contrat, c’est un contrat important pour la production du Gruyère. Dans ma ferme, on produit du Gruyère et l’exportation est importante. Avec la diminution des taxes de 39 à 15%, cela reste une taxe, mais c’est déjà nettement mieux. »
Un soulagement avant tout
Au micro de Forum, Michel Darbellay estime qu’il faut tout d’abord souligner le soulagement que représente cet accord. « C’est un soulagement d’abord pour le marché laitier, pour les exportations de fromages, mais aussi pour le chocolat suisse. On sait que le marché laitier a aujourd’hui des difficultés et c’est important aussi d’avoir ces débouchés aux États-Unis. Aujourd’hui, la branche laitière a investi pour pouvoir maintenir sa place dans les étals aux États-Unis et il faut absolument qu’on puisse maintenir ce marché et ce potentiel d’exportation », analyse-t-il.
Concernant les viandes américaines, le directeur adjoint de l’Union suisse des paysans reconnaît certaines craintes, qu’il tempère toutefois. « Si les choses se font de manière juste, c’est-à-dire dans le cadre des contingents d’importation, on peut voir les choses de manière plutôt sereine », précise-t-il.
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Pas d’étals envahis, ni de poulet chloré
Les concessions portent sur 3000 tonnes de viande, soit 500 tonnes de bœuf, 1000 tonnes de bison et 1500 tonnes de volaille. Des volumes « bien inférieurs aux quantités qu’on importe annuellement », rappelle Michel Darbellay. A titre de comparaison, en 2024, la Suisse avait importé un peu plus de 100’000 tonnes de viande, principalement en provenance d’Allemagne et d’Autriche. Et le pays a produit en parallèle 450’000 tonnes de viande.
Pour l’Union suisse des paysans, l’essentiel est que ces importations restent strictement encadrées: « Si ça peut s’intégrer dans le cadre du contingent tarifaire, il n’y aura pas de pression supplémentaire sur l’agriculture suisse », ajoute-t-il.
Interrogé sur la présence potentielle de produits américains controversés, Michel Darbellay rappelle par exemple que « le poulet traité au chlore est interdit » en Suisse et que la filière veillera au respect des mesures non tarifaires. Le bœuf aux hormones, lui, doit faire l’objet d’une déclaration obligatoire.
Selon lui, l’idée de voir les supermarchés submergés par de la viande américaine est exagérée: la majorité du poulet importé provient aujourd’hui du Brésil ou de Hongrie et la préférence des consommateurs reste clairement suisse. « Nous avons les règles de détention des animaux les plus strictes au monde, la traçabilité et cette confiance entre producteur et consommateur », juge-t-il.
Interrogé dans le 19h30, l’agriculteur Daniel Schwager va dans le même sens: « Aujourd’hui, on produit environ 60% de la volaille qui est consommée en Suisse et les autres 40% sont importés. Et après, dans les grandes surfaces, c’est le consommateur qui fait son choix entre le produit suisse et celui qui est importé. »
Une pression internationale croissante
Si l’accord avec Washington reste jugé gérable, le contexte global inquiète davantage. « Il faut voir l’image globale: l’accord avec le Mercosur, d’autres accords de libre-échange… L’agriculture suisse est soumise à une forte pression internationale », explique Michel Darbellay.
Dans ce cadre, le directeur adjoint de l’USP juge « incompréhensible » que le Conseil fédéral envisage des économies dans le secteur agricole, notamment via le programme d’allégement 2027. L’Union suisse des paysans demande que l’agriculture en soit exemptée, au moment même où de nouvelles concessions commerciales s’accumulent.
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Sujets radio et TV: Coralie Claude et Guillaume Carel
Adaptation web: Tristan Hertig