Publié le
15 nov. 2025 à 8h56
« La vision de cette toile m’a tellement touchée, que je suis réconciliée avec l’église, s’absout Murielle. Pourtant, je suis une vraie rebelle en la matière : une mécréante même ! » Comme cette habitante de Fontainebleau (Seine-et-Marne), ils sont des centaines de curieux ou de fidèles à s’être entassés dans l’église Saint-Louis de Fontainebleau, pour admirer le chef-d’œuvre… Ce mardi 11 novembre 2025, la maison Osenat a proposé une présentation en avant-première de la toile Le Christ en croix, une œuvre du peintre flamand Pierre Paul Rubens (1577-1640).
Des centaines de visiteurs à l’église de Fontainebleau pour admirer le chef-d’oeuvre de Rubens
Cette peinture exceptionnelle – réalisée par le maître flamand vers 1614-1615 – disparue depuis 400 ans avait été retrouvée par hasard dans un hôtel particulier parisien en 2024. « Cette toile est la justification même de mon métier de commissaire-priseur, a rappelé Me Jean-Pierre Osenat, qui l’a découverte. Elle dégage une force et une énergie incroyable : quand je l’ai vue, ça a tout de suite fait tilt. » Pourtant, son authentification a eu des allures de chemin de croix pour plusieurs experts, de Paris à Anvers. Même Nils Büttner, un des spécialistes de Rubens pensait au départ à une copie !

Estimé de 1 à 2 millions d’euros, cette toile de Rubens pourrait cependant bien voir les enchères s’envoler ©JVC/RSM77
Catherine Polnecq, une restauratrice d’œuvres d’art experte en imagerie scientifique a notamment expliqué au public ses recherches et trouvailles… « Rayons X, ultraviolet, infrarouge : l’imagerie permet d’examiner une œuvre en profondeur sans y toucher, a rappelé l’experte. Cela permet de comprendre les étapes de créations et pour cette toile, l’imagerie a révélé la présence de lignes sous jacentes, de repentirs – des modifications apportées par l’artiste en cours de création – voire des ajouts postérieurs. »
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Ainsi, on apprend que Rubens a seulement placé quelques traits de crayons avant de peindre sa composition et qu’il a beaucoup modifié la position du corps du Christ « pour insister sur la souffrance », estime-t-elle. Catherine Polnecq a aussi comparé la toile avec d’autres de ses œuvres : Le Bellerophon terrassant la chimère, au Louvre ou Le Mariage de la Vierge, exposé à Dunkerque (Nord). La spécialiste est catégorique : « On y retrouve les mêmes esquisses, les mêmes traits de brosse », insiste-t-elle, photos à l’appui.

La toile a pu être authentifiée, notamment grâce à l’imagerie scientifique ©JVC/RSM77
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» Lien spirituel «
Mais au-delà « de l’énergie qu’il dégage », Catherine Polnecq a aussi rappelé un aspect : « Il est extrêmement rare de découvrir un tableau de cette période dans un état de conservation aussi remarquable… » Des explications dont Évelyne n’a pas manqué une parole : « J’aime beaucoup Rubens et avoir la chance de découvrir une nouvelle œuvre est incroyable, sourit-elle. C’est aussi très émouvant de savoir que d’autres chefs-d’œuvre cachés peuvent réapparaître un jour ! »
De son côté, le père José Antonini qui a œuvré pour que la toile soit présentée à Fontainebleau estime que la manifestation est une réussite : « J’avais eu la chance de voir tableau et mon souhait était que les Bellifontains puissent aussi en profiter, tant pour cette découverte artistique exceptionnelle, que pour l’aspect spirituel, qui témoigne d’ailleurs de la foi de Rubens. »

Le père José Antonini, Jean-Pierre Osenat, Cédric Laborde et Jean-Christophe Chataignier de la maison Osenat ©JVC/RSM77
Sécurité oblige, la toile – estimée de 1 à 2 millions d’euros mais dont le prix pourrait bien s’envoler – était encadrée par plusieurs agents de sécurité et une plaque de verre. À l’extérieur une petite dizaine de policiers quadrillaient les environs pour parer à toute éventualité… jurisprudence du Louvre oblige. À la fin de la présentation, le public a pu observer la toile de plus près et immortaliser la scène.
« Son visage et la précision des détails m’ont beaucoup marquée, conclut Murielle. Grâce aux explications des experts, cela permet de mieux comprendre le travail de Rubens. Je crois que cette peinture m’a permis de retrouver un lien spirituel. » Mais les Bellifontains et paroissiens devront cependant garder cette vision éphémère de la toile en mémoire… La toile sera vendue aux enchères à Versailles le 30 novembre et il y a peu de risque que la paroisse de Fontainebleau puisse s’aligner sur le prix.
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