Fini le « billet en or ». Le gouvernement britannique a annoncé une refonte drastique de sa politique d’asile, visant à rendre le Royaume-Uni bien moins attractif pour les demandeurs de protection internationale. Une révolution dans un pays confronté à une pression migratoire record.

« Un billet en or a fait grimper les demandes d’asile au Royaume-Uni, poussant les gens à traverser l’Europe, via des pays sûrs, pour monter à bord d’embarcations de fortune », a déploré samedi dans un communiqué la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, tenante de la frange conservatrice du parti travailliste Blue Labour. Et d’enfoncer le clou : « Je vais mettre fin à ce ticket en or ».

Ce « golden ticket » désigne, selon le gouvernement travailliste, les conditions actuelles jugées trop généreuses. Les réfugiés peuvent aujourd’hui demander à s’installer définitivement au Royaume-Uni, sans frais, après cinq ans de présence, « sans avoir contribué » au pays, estime le ministère de l’Intérieur. Un système perçu comme un appel d’air pour les candidats à l’exil.

Demander la résidence permanente au bout de 20 ans

Le nouveau dispositif, qui s’inspire du modèle danois, bouleverse radicalement la donne. La durée de séjour initiale accordée aux réfugiés sera réduite de cinq ans à seulement trente mois. Surtout, le délai nécessaire pour demander la résidence permanente sera multiplié par quatre : il passera donc de cinq à vingt ans. Un changement d’ampleur qui transforme la nature même de l’asile britannique, désormais conçu comme strictement temporaire.

Installation « au mérite »

Les réfugiés souhaitant accéder plus rapidement au statut de résident permanent « devront travailler ou étudier », selon le ministère. Une logique de « mérite » que le Premier ministre travailliste Keir Starmer avait déjà défendue dans un tweet publié en octobre : « Il n’y aura pas de billet en or pour s’installer au Royaume-Uni. L’établissement se mérite en contribuant à notre société, pas en payant un passeur pour traverser la Manche ».

Protection « temporaire »

Autre mesure phare : la protection accordée aux réfugiés deviendra temporaire. Ils seront « forcés de rentrer dans leur pays d’origine dès qu’il sera jugé sûr », précise le communiqué du gouvernement. L’accès automatique aux aides sociales sera également supprimé pour les demandeurs d’asile aptes à travailler mais qui choisissent de ne pas le faire, ou pour ceux qui enfreignent la loi britannique.

Le regroupement familial dans le viseur

Le gouvernement entend également restreindre le regroupement familial. Actuellement, les réfugiés peuvent faire venir leurs proches au Royaume-Uni dans des conditions relativement favorables. Ce droit, considéré comme fondamental par les organisations humanitaires, pourrait être sévèrement encadré.

L’objectif affiché : limiter ce que l’exécutif considère comme un effet domino, où chaque réfugié accueilli peut entraîner l’arrivée de plusieurs membres de sa famille, contribuant selon lui à l’augmentation des flux migratoires.

L’ensemble de ces mesures, que la ministre qualifie de « changements les plus radicaux apportés au système d’asile depuis une génération », sera détaillé lundi devant le Parlement par Shabana Mahmood. « Je vois bien que l’immigration clandestine déchire notre pays », a-t-elle déclaré au Sunday Times.

Manifestations anti-immigtration

Car la pression est énorme. Depuis son arrivée au pouvoir à l’été 2024, le gouvernement de Keir Starmer fait face à une contestation quasi quotidienne sur la question migratoire. Cet été, de nombreuses manifestations ont ciblé des hôtels hébergeant des demandeurs d’asile. Mi-septembre, une manifestation organisée par l’extrême droite à Londres a réuni jusqu’à 150 000 personnes selon la police. Dans les sondages, le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage caracole en tête depuis des mois, porté par les derniers chiffres sur l’immigration.

Vidéo« C’est notre pays » : l’extrême-droite mobilise en masse à Londres

Depuis le 1er janvier 2025, plus de 39 000 personnes ont débarqué sur les côtes anglaises après avoir traversé la Manche à bord d’embarcations de fortune, un chiffre qui dépasse déjà celui de toute l’année 2024 (36 816).

Par ailleurs, les demandes d’asile ont bondi de 18 % en 2024 au Royaume-Uni, alors qu’elles reculaient de 13 % dans l’Union européenne sur la même période. Près de 350 000 demandes ont été enregistrées depuis 2021, contre environ 130 000 sur la période 2011-2015.