© Aletheia Press / A.Schütz – L’agriculture tente de se réimplanter en ville, y compris sur des surfaces artificialisée, sans terre ni sol, comme à Montpellier.
Transformer les friches, les toits et autres surfaces « perdues » en zones productives. Voilà une démarche qui gagne peu à peu les villes de France qui tentent de réinventer une forme d’agriculture en milieu urbain. C’est le cas aussi à Montpellier, où, depuis un peu plus d’un an, la Halle Tropisme, ancienne friche militaire, accueille aujourd’hui 600 m² de serres hydroponiques.
Ici, des rangées de tomates, salades, fraises et herbes aromatiques poussent sans toucher la terre, « les pieds dans l’eau ». Les plantes y sont cultivées dans de simples gouttières remplies d’eau enrichie en nutriments, en circuit fermé. Ce système permet de réduire la consommation d’eau et d’optimiser l’espace. « Je voulais aider les gens à bien manger sans gaspiller l’eau », raconte Stéphanie Pavkovic, co-fondatrice de la ferme CulturÔtoits . « Une famille peut se nourrir avec quelques gouttières, c’est simple, économe et productif. »
Un projet social et économique sur les toits de Montpellier
Au point d’en vivre ? La ferme vend en direct. Mais la réalité économique reste fragile. Le projet, autofinancé à ses débuts, ne bénéficie pas d’aides publiques. « Il y a une volonté politique, mais derrière, peu de soutien financier. L’hydroponie souffre encore d’une méconnaissance, notamment auprès des banques », reconnaît Alexandre Moczulski, co-fondateur de la ferme.
Pour tenir le cap, la ferme Culturôtoits mise sur les visites pédagogiques. Des ateliers d’initiation sont organisés pour les enfants comme pour les adultes, afin de transmettre des savoir-faire simples et sensibiliser à une alimentation plus locale.
Stéphanie Pavkovic, co-fondatrice de CulturÔtoits, fait pousser des légumes en hydroponie à la Halle Tropisme au cœur de Montpellier. © Aletheia Press / A.Schütz
Née d’une reconversion professionnelle, CulturÔtoits a aussi une vocation sociale forte. Ancienne travailleuse de l’insertion, Stéphanie a voulu créer une activité utile, inclusive et durable : « On veut faire de l’insertion pour les seniors et montrer que cultiver, c’est accessible à tous », explique-t-elle. « Les gens sont fascinés quand ils découvrent que les plantes peuvent pousser dans l’eau. Ils goûtent, ils voient, ils comprennent. »
Montpellier, terrain fertile pour l’agriculture urbaine
Si CulturÔtoits fait figure de pionnière, elle s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une ville qui place l’agriculture urbaine au cœur de sa transition écologique. Pour Marie Massart, adjointe au maire de Montpellier déléguée à la Politique alimentaire : « L’agriculture urbaine a surtout une vertu pédagogique : elle rapproche les habitants de la production et leur fait comprendre la valeur du travail agricole. »
La Métropole développe en parallèle des jardins familiaux et partagés, des fermes pédagogiques et des actions éducatives dans les écoles. « Nous achetons des terrains pour permettre aux producteurs de s’installer, et nous préservons des zones agricoles dans le PLUi (plan local d’urbanisme intercommunal) », précise l’élue.
Ces actions s’inscrivent dans une stratégie cohérente : structurer des filières alimentaires locales, soutenir les circuits courts et renforcer la résilience alimentaire du territoire. Car malgré cette vitalité, le constat reste sans appel : la métropole de Montpellier ne produit aujourd’hui qu’environ 3 % de ce qu’elle consomme. L’objectif n’est pas d’atteindre l’autosuffisance, mais de réapprendre à produire et consommer localement, en valorisant les producteurs et en reconnectant les citadins à leur alimentation.