Les documents sur l’affaire Jeffrey Epstein constituent un terreau fertile pour les spéculations et théories les plus échevelées sur les révélations explosives qu’ils pourraient contenir depuis le suicide en prison en 2019 du financier et criminel sexuel américain. Une étape a été franchie mardi vers leur divulgation avec le vote quasi unanime de la Chambre des représentants, puis l’approbation du Sénat.
Le texte fait obligation au ministère de la Justice de rendre publics dans les 30 jours l’intégralité des documents non classifiés en sa possession sur Jeffrey Epstein, sa complice Ghislaine Maxwell, qui purge une peine de vingt ans de prison, et toutes les personnes impliquées dans les procédures judiciaires.
Il s’agit notamment des documents sur les procédures qui ont conduit à sa condamnation en 2008 en Floride ainsi qu’à son inculpation fédérale à New York pour des charges plus graves d’exploitation sexuelle de mineures. Sont également concernées toutes les entités, privées ou publiques, liées aux activités de Jeffrey Epstein, y compris non criminelles, ainsi que les plans de vol, listes de passagers, etc. de tous les véhicules lui ayant appartenu.
Les révélations parcellaires jusqu’à présent n’ont fait qu’attiser la méfiance de la base MAGA de Donald Trump, dont une bonne partie est convaincue que Jeffrey Epstein a été assassiné pour étouffer un scandale éclaboussant des personnalités de premier plan. Après avoir fait campagne sur la promesse de révélations fracassantes, et instrumentalisé cette affaire à des fins politiciennes, le président républicain a déçu ses partisans en les sommant de tourner la page, qualifiant désormais l’affaire de « canular » instrumentalisé par ses adversaires démocrates. La grenade dégoupillée lui a explosé à la figure.
Plus d’un millier de victimes d’Epstein
En février, la ministre de la Justice Pam Bondi, assurant vouloir « lever le voile sur les actes répugnants de Jeffrey Epstein et de ses complices » a rendu publics une série de documents, dont des listes de contacts ou des plans de vol de Ghislaine Maxwell, qui ne contenaient aucune révélation majeure.
Puis en juillet, un memorandum conjoint du ministère de la Justice et du FBI, la police fédérale, concluant après examen de plus de 300 gigas de données, n’avoir découvert aucun élément nouveau qui justifierait la publication de documents supplémentaires, a mis le feu aux poudres dans le camp MAGA.
Estimant à « plus d’un millier » le nombre de victimes de Jeffrey Epstein, les autorités judiciaires confirmaient son suicide et affirmaient n’avoir retrouvé ni « liste de clients » de son réseau d’exploitation sexuelle ni « preuves crédibles qu’il aurait fait chanter des personnes puissantes ».
Face à la fronde d’élus républicains, et pour ne pas perdre la face en voyant que la Chambre allait lui désobéir et approuver la publication des documents, Donald Trump a levé la semaine dernière son opposition au vote de la Chambre des représentants.
La proposition de loi votée mardi interdit certes expressément toute rétention de documents au motif du tort que leur publication pourrait causer à qui que ce soit « responsable gouvernemental, personnalité publique ou dignitaire étranger », ou de leur « caractère politiquement sensible ».
Mais elle autorise le ministère de la Justice à retenir ou caviarder les documents dans certaines conditions, notamment préserver l’intimité des victimes ou « une enquête ou des poursuites fédérales en cours », du moment que ces restrictions sont provisoires et strictement encadrées. Autant dire que la publication de ces dossiers Epstein risque bien de ne pas lever le voile sur la totalité des interrogations, et il y a fort à parier que cette divulgation ne permette pas de satisfaire totalement les mécontents.