l’essentiel
Le film « Béziers : l’envers du décor », projeté au Concorde, a soulevé un débat intense. La critique de la gestion a permis à certains d’exprimer leur mal-être et leur crainte du pouvoir local.

Le film est clairement à charge. Certes, ce comportement de maire omnipotent et la glorification de son premier édile dans les bulletins municipaux existent sans doute ailleurs ; certes, la personnalité fantasque du protagoniste y est pour beaucoup. Mais ce n’est pas tout. Le réalisateur Daniel Kupferstein, à travers son documentaire long métrage « Béziers : l’envers du décor » (2022), démonte les rouages de la gestion municipale de Robert Ménard. Un débat sensible qui fait sens dans la cité uvale. « Que ce film passe à Moissac justifie ma présence à sa projection », avait livré le réalisateur lors de la présentation de la soirée du mardi 18 novembre, quelques jours auparavant.

Entre réalité et façade fantasmée

Le maire est passé, en quelques années, d’un militantisme de gauche à une forme appuyée d’extrême droite identitaire, glissant par paliers vers un obscurantisme modernisé. Une stratégie mise en scène avec un décalage catchy (entraînant en français) dont on préférerait rire est relayée par le bulletin municipal local. Intitulé « Le Journal de Béziers », il deviendra « Le Journal du Biterrois » en 2015, lorsque Robert Ménard prendra la tête de la communauté d’agglomération. Le réalisateur met en évidence le fossé (le journal est passé de bimensuel à mensuel, tiré à 80 000 exemplaires) entre la réalité socio-économique dégradée (Béziers est une ville paupérisée) et le Béziers fantasmé à l’américaine. Relayé sur papier glacé avec des filles aux longues jambes, des policiers municipaux musclés armés de gros calibres et un code chromatique aux relents nationalistes, ce merveilleux Béziers irrite les Biterrois entrés dans une forme de résistance, dont le film recueille les témoignages. L’agencement urbain de la ville entrepris depuis 2014 procède de la même logique : de jolies façades au centre-ville, le reste sous le tapis.

Des débats presque psychanalytiques

Ce film a été projeté mardi 18 novembre, au cinéma Concorde de Moissac (ville également aux mains de l’extrême droite). La projection s’est déroulée grâce à l’opiniâtreté d’un citoyen moissagais, Bruno Pravin (1), et à l’engagement de l’équipe du Concorde. Celle-ci tient à ce que ce lieu de divertissement et de culture soit aussi celui de la réflexion et du débat. Devant une salle bien garnie, le réalisateur était présent ce soir-là à Moissac. Après la projection, les échanges, d’abord timides, se sont ensuite intensifiés. Les parallèles entre les deux villes (aux échelles démographiques et sociologiques bien différentes) ont fini par émerger à travers des témoignages de Moissagais qui ont enfin osé libérer leur parole sur leur mal-être. S’il y a bien une constante sur ces municipalités devenues presque cousines, c’est cette crainte de dire, diffuse. Les débats n’ont d’ailleurs pas pris un chemin idéologique mais presque psychanalytique. Au fond, ce qui ressort de cette soirée pourrait être un message d’espoir : la quête d’une gestion municipale de la pluralité des cultures et des opinions dans la bienveillance et la recherche effective du bien commun. On a le droit de rester un doux rêveur.

1 : Bruno Pravin milite également au sein de l’Union citoyenne moissagaise, dont la tête de file n’est autre que Séverine Laurent, candidate déclarée pour les prochaines élections municipales. Il nous assure faire la distinction entre l’organisation de la soirée et ses activités militantes.