À quand remonte la dernière fermeture d’un magasin Leroy Merlin en France ? Loïc Porry, directeur régional de l’enseigne de bricolage à Paris, fouille sa mémoire en vain. Cela remonte à loin. Voilà pourquoi l’annonce de ce jeudi 21 novembre aux représentants du personnel de l’enseigne de bricolage fait quelque peu tanguer les troupes.

Lors d’un comité social et économique central à Lille (Nord), la direction du groupe, numéro un du bricolage en France avec près de 40 % de parts de marché en 2024, a fait une annonce en apparence paradoxale. Elle veut renforcer son ancrage au sein de la capitale, en ouvrant de petites boutiques spécialisées. Mais Leroy Merlin va, dans le même temps, baisser le rideau de deux de ses quatre grands magasins parisiens, « structurellement déficitaires », à Rosa-Parks (XIXe) dès le mois d’avril 2026, puis à Daumesnil (XIIe) en octobre — l’un et l’autre s’étendent chacun sur 6 000 m2 environ. Le magasin historique de Beaubourg (IIIe) et celui de la Madeleine (VIIIe) sont préservés et doivent subir des travaux de rénovation.

20 nouveaux points de vente d’ici à 2030

« Nous faisons face à un changement des modes de consommation, résume Loïc Porry. Les consommateurs ont une grande attente en termes de proximité, de flexibilité. » Dans une métropole comme Paris, Leroy Merlin veut donc se délester des charges liées à ses grandes surfaces et miser sur de petits points de vente spécialisés, de 100 à 250 m2, orientés soit vers la cuisine, soit vers la salle de bains ou la menuiserie. Un format que l’enseigne teste déjà depuis deux ans, avec trois adresses à Paris, dans le XVe, et une à Boulogne (Hauts-de-Seine), où la clientèle peut venir composer son mobilier de cuisine ou de salle de bains, avec prise en charge de sa livraison, voire de sa pose.

« 90 % des clients qu’on y reçoit résident dans un rayon de 1,5 km », note Loïc Porry, qui veut « planter le drapeau Leroy Merlin dans un maximum d’arrondissements », à commencer par trois ouvertures en 2026, dans les XIIIe et XIVe. Le groupe espère ouvrir 20 points de vente de ce format d’ici à 2030. « Paris a toujours servi de laboratoire, et ce test pourrait conduire à un plan d’ouverture de boutiques spécialisées dans les grandes villes de province », ajoute Loïc Porry.

Quant aux clients des magasins de Daumesnil (596 000 passages en caisse en 2024) et de Rosa-Parks (573 000 passages sur la même période), « une partie des flux devrait se réorienter vers les magasins restants ».

L’avenir de 280 salariés en suspens

La chaîne de bricolage rejoint ainsi le mouvement enclenché par d’autres enseignes spécialisées, misant sur de petits points de vente pour s’implanter en cœur de ville. C’est le cas du concurrent Castorama, avec ses magasins Express. Ou de l’enseigne de sport Decathlon (appartenant à la galaxie Mulliez comme Leroy Merlin).

Que vont devenir les 280 employés des magasins voués à fermer l’an prochain ? L’entreprise assure qu’elle proposera des reclassements à l’intégralité de son personnel, au sein de ses 26 magasins franciliens (dont une partie située en première couronne, à Nanterre, Ivry-sur-Seine, Rosny, Gennevilliers…) « L’objectif est de proposer un poste à tout le personnel », assure Loïc Porry.

Un point a toutefois suscité l’émoi en CSE central : la direction a indiqué que les salariés (qui font parfois déjà de longs trajets pour se rendre au travail) seraient prioritaires sur des reclassements en région parisienne, à Paris, voire au-delà. Mais qu’en cas de refus des solutions proposées, « le collaborateur pourra faire l’objet d’un licenciement pour motif disciplinaire. Cette option est inadmissible », a réagi la CFDT dans un communiqué. « Ce n’est pas la volonté du groupe d’en arriver là », précise de son côté une porte-parole de l’enseigne.