Certes, sur le papier, le béton et les formes rectangulaires ne font pas rêver. Aujourd’hui très populaire (et hautement instagrammable), objet d’un long-métrage édifiant cette année (The Brutalist), le brutalisme n’a pas toujours été aussi apprécié dans son histoire. Il naît après la Seconde Guerre mondiale, dans la volonté, là encore, de reconstruire et de reloger rapidement à moindre coût. Entre 1950 et 1970, les villes se dotent de grands bâtiments bétonnés, géométriques et rationalisés : la Cité radieuse de Marseille par Le Corbusier (1952), le Barbican Center de Londres signé Peter Chamberlin, Geoffry Powell et Christoph Bon (années 1960-1970), la tour Velasca de Milan de BBPR (1961)… tous plébiscités aujourd’hui, et même utilisés comme décors de défilés par des marques de luxe, ces édifices créent l’effroi du public à leur conception : qualifiés comme « laids » et « austères », ils sont accusés de prendre trop de place et de ne pas être assez ornementés.

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Le Barbican Center de Londres, Peter Chamberlin, Geoffry Powell et Christoph Bon (années 1960-1970).

Jchambers/Getty Images

Pourtant, le brutalisme n’est pas qu’une affaire de fonctionnalisme ; il prône aussi une esthétique ancrée dans la modernité des villes en devenir, dans le respect de la nature. « Le brutalisme tente de faire émerger une poésie brute des forces confuses et puissantes qui sont à l’œuvre dans une société de production de masse. (…) Son essence est éthique », revendiquent les architectes britanniques Alison et Peter Smithson, leaders du mouvement, en 1956. Le brutalisme porte également des idéaux modernes, ceux d’une société plus égalitaire, fondée notamment sur la vie en communauté (à l’instar de l’Unité d’Habitation de Le Corbusier). Des idées que le mouvement MAGA perçoit d’un mauvais œil encore aujourd’hui, Donald Trump ayant signé, dès son investiture, un décret obligeant les bâtiments publics à suivre la « tradition architecturale classique » — démarche qui n’est pas sans rappeler celle de l’extrême droite allemande avec le Bauhaus… La modernité architecturale dérangerait-elle une certaine frange de la politique ?