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Les sanctions américaines contre le pétrole sont entrées en vigueur ce vendredi 21 novembre. La Russie, sous pression, voit ses revenus pétroliers chuter, menaçant son économie de guerre.
C’est un hasard du calendrier. Alors qu’un plan secret négocié entre Washington et Moscou pour mettre fin au conflit en Ukraine vient de fuiter dans la presse américaine, les États-Unis ont activé, ce vendredi 21 novembre, leur nouvelle vague de sanctions visant directement le pétrole russe.
Il s’agit des premières mesures prises par Washington contre Moscou depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. À partir du 21 novembre, toute entreprise qui achète du pétrole russe auprès des raffineurs Lukoil et Rosneft s’expose désormais à des sanctions américaines sévères, à quelques rares exceptions près.
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Des pays obligés de se détourner du pétrole russe
Face au risque de se voir imposer des sanctions secondaires par les Etats-Unis, de nombreux clients étrangers ont dû, du jour au lendemain, mettre en place des solutions de rechange aux livraisons russes. En Inde, le groupe privé Reliance Industries a confirmé dès jeudi 20 novembre l’arrêt total des commandes pour ses produits destinés à l’exportation vers l’Europe et les États-Unis. Le groupe, qui commandait jusqu’à présent à Rosneft 500 000 barils par jour selon les informations de FranceInfo, se tourne désormais vers l’Irak et l’Arabie saoudite.
Ces annonces de substitution se sont multipliées chez les acheteurs réguliers, notamment en Chine et en Turquie. Seuls quelques pays européens, comme la Hongrie et la Bulgarie, ont obtenu des exemptions temporaires du Trésor américain. Ces dérogations leur laissent le temps de reprendre le contrôle de leurs grandes raffineries, encore aux mains d’entreprises d’hydrocarbures russes.
La puissance russe sous pression
Ces démarches engagées par les pays anciennement dépendants de la Russie pourraient éroder durablement l’influence de Moscou dans la région. Mais la préoccupation la plus urgente de Vladimir Poutine demeure la réduction de ses bénéfices, ceux-là mêmes qui financent directement sa machine de guerre.
La Russie a commencé à s’affoler et a massivement augmenté ses exportations juste avant l’entrée en vigueur des sanctions. Le baril de pétrole russe a ainsi atteint le niveau historiquement bas de 20 dollars, soit une décote de 25 à 30 % par rapport au marché, comme l’explique Radio France. Ces concessions tarifaires se traduisent forcément par une perte sèche de recettes pour l’État russe. Sachant que le pétrole représente jusqu’à 30 % des recettes totales du budget fédéral, l’impact financier peut être significatif.
Un front susceptible d’évoluer ?
De quoi engendrer une pénurie soudaine pour l’armée russe ? Pas sûr. Déjà, l’impact des sanctions sur l’économie de guerre ne fera pas changer le front russe du jour au lendemain. Même si les exportations de pétrole russe vers l’Inde et la Chine devaient diminuer d’un tiers, « l’armée ne le ressentira pas pendant au moins un an (et très probablement plus longtemps) », estime un spécialiste interrogé par Euronews.
Ensuite, pour financer ses soldats et ouvriers, continue l’expert, Vladimir Poutine s’appuie fortement sur l’endettement. Celui-ci est couvert en partie par le fonds souverain russe et en partie par des emprunts sur le marché obligataire domestique.
Les finances du pays restent donc solides, mais il n’en reste pas moins que ces sanctions créent un nouveau problème majeur qui vient s’ajouter à une liste déjà longue de défis économiques et politiques pour le régime de Vladimir Poutine.