lire plus tard
Pour sauvegarder cet article, connectez-vous ou créez un compte franceinfo
Sans paiement. Sans abonnement.
Fermer la fenêtre d’activation des notifications France Info
créer votre compte
se connecter
Fermer la fenêtre de présentation
Publié le 22/11/2025 17:19
Temps de lecture : 4min – vidéo : 3min

(franceinfo)
3min
La France cherche à conserver ses intérêts économiques et stratégiques tout en respectant les sanctions européennes mises en place face à la Russie depuis trois ans et demi, notamment dans le domaine de l’énergie. Pourtant, l’État français est toujours en collaboration avec la Russie concernant des échanges nucléaires.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
À Dunkerque (Nord), des conteneurs chargés d’uranium de retraitement ont été embarqués à bord du cargo Mikhaïl Dudin, à destination de la Russie. C’est ce qu’a observé Greenpeace le 15 novembre dernier. « C’est scandaleux dans le contexte actuel de l’invasion globale de l’Ukraine par la Russie. C’est une intensification du commerce nucléaire entre la France et la Russie, alors même que la Russie intensifie ses frappes sur le pays ukrainien », réagit Pauline Boyer, chargée de campagne transition énergétique chez Greenpeace France.
Alors, comment la France peut-elle reprendre ce commerce avec la Russie, malgré les sanctions européennes ?
L’uranium de retraitement, c’est de l’uranium qui a déjà servi dans un réacteur nucléaire, mais qui peut être recyclé et réutilisé après une conversion chimique. Un procédé que seule la Russie est en mesure de réaliser aujourd’hui. Et en 2018, la France avait effectivement signé un contrat avec les Russes pour bénéficier de ce service. « L’uranium, déjà utilisé dans les réacteurs français, sera transformé à Tomsk, en Sibérie, selon un processus qui devrait produire 12 % de nouveaux combustibles, qui seront chargés dans certaines centrales nucléaires d’EDF », écrit un rapport de l’Assemblée nationale, en juin 2018.
Pour la France, l’intérêt de cette méthode est à la fois économique et environnemental, d’après Valérie Faudon, la déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire : « Cet uranium qu’on envoie en Russie pour cette étape de conversion, c’est de l’uranium qui nous appartient, qui appartient à EDF. Ils font faire un traitement chimique qui est bien moins cher que d’acheter de l’uranium naturel. Donc l’intérêt pour la France, c’est que, comme on utilise des matières recyclées, on utilise moins de ressources naturelles et d’uranium naturel en provenance des mines. »
Selon Greenpeace, ces exportations s’étaient pourtant interrompues fin 2022 avec l’intensification de la guerre en Ukraine. Mais ces échanges ne contredisent pas pour autant les sanctions européennes contre la Russie. « Chaque pays européen, quand il a négocié les sanctions, a fait un compromis entre la nécessité de toucher l’économie russe et en même temps de préserver ses propres intérêts à lui, pays européen. Le secteur nucléaire n’a pas été directement concerné par ces sanctions. Ces sanctions, elles ont principalement concerné les achats de gaz et de pétrole à la Russie et puis d’autres secteurs, comme les armements », détaille Guillaume Lagane, spécialiste des relations internationales.
Le gouvernement français dit réfléchir à la construction d’un site pour recycler l’uranium en France et se passer des services de la Russie. Mais pour l’instant, c’est vrai, c’est bien ce pays qui, malgré la guerre et les sanctions, nous fournit ce service stratégique.
Communiqué de Greenpeace France
Pauline Boyer, chargée de campagne Transition énergétique Greenpeace France
Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire
Guillaume Lagane, maître de conférences à Sciences Po Paris, spécialiste des questions de défense et des relations internationales
Liste non exhaustive