«La France doit accepter de perdre des enfants». Pour la première fois, le chef d’Etat-major des armées s’est exprimé au sujet de la phrase polémique qu’il a prononcée devant les maires de France, mardi 18 novembre. «Je mesure à quel point certains ont pu être inquiétés» mais «le rôle de cette intervention» était «d’alerter et de se préparer», a-t-il expliqué sur France 5, dans l’émission C à vous, car «le contexte se dégrade rapidement, il me paraissait important de partager avec les maires ce constat».

«On a la chance de vivre en paix depuis des années, il faut comprendre malheureusement les risques et les dangers qui se profilent à l’horizon», a-t-il ajouté. «L’analyse du danger présentée par la Russie», «c’est quelque chose que tous nos alliés en Europe partagent» et «qui a été établi dans un document», a rappelé le général Mandon en référence à la Revue nationale stratégique de 2025, feuille de route des autorités.

Selon ce document, la France doit «se préparer à l’hypothèse d’un engagement majeur de haute intensité dans le voisinage de l’Europe à horizon 2027-2030, parallèle à une hausse massive des attaques hybrides sur son territoire».

Le billet de Thomas Legrand

Adoptant un ton calme et d’apparence sereine malgré cette première prise de parole à la télévision depuis mardi («je n’ai pas l’habitude des médias»), le général a tenu néanmoins à rassurer. «Les armées françaises sont une référence en Europe […] Elles sont très fortes, et notre pays a toujours su faire face aux défis.» Les armées françaises sont composées de personnes jeunes de «18 à 30 ans», a ajouté Fabien Mandon, interrogé sur ce qu’il voulait dire en affirmant que la France devait «accepter de perdre ses enfants». «Des femmes et des hommes qui sont courageux, qui ont compris la situation dans laquelle on se trouvait, qui avaient envie de s’engager, qui savent que cet engagement comporte des risques».

Mardi, devant le congrès des maires de France, le général avait jugé nécessaire que le pays restaure sa «force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est» et soit prêt à «accepter de perdre ses enfants», dans un contexte international de plus en plus tendu.

Plusieurs personnalités politiques ont vertement critiqué ces déclarations, reprochant au haut gradé un discours «va-t-en guerre». Mais celui-ci a reçu ce samedi le soutien d’Emmanuel Macron. Le chef d’état-major des armées a «toute ma confiance», a affirmé le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse au sommet du G20 à a Johannesburg, en Afrique du Sud. Sa phrase a été «détournée» pour «faire peur», a-t-il ajouté.

«La France doit continuer d’être une nation forte, avec une armée forte, mais avec aussi une capacité de sursaut collective», a ajouté le président, en appelant à être «conscient sur ces risques géopolitiques et de nous tenir ensemble».