Par

Celestin de Séguier

Publié le

22 nov. 2025 à 17h00

« Surtout, je ne veux être reconnue par personne », insiste Lise (son prénom a été modifié), en s’installant dans un café du pays de Fougères (Ille-et-Vilaine). Originaire de Rennes, celle qui à la cinquantaine travaille « dans le soin », a pris contact d’elle-même avec La Chronique Républicaine. « Cela fait partie de mon parcours de reconstruction, j’ai besoin de livrer mon témoignage pour aider les autres. »

« Tout se passait bien »

En couple pendant quatre ans avec un homme rencontré dans une soirée entre amis, Lise raconte l’évolution de cette relation vers ce qu’elle qualifie aujourd’hui d’emprise. « Nous vivions le parfait amour, romantique. Nous ne vivions pas ensemble mais on se voyait beaucoup en dormant l’un chez l’autre et en partageant du bon temps et des voyages le week-end », se souvient-elle. « Tout se passait bien », jusqu’à ce jour de l’hiver dernier où tout a basculé.

En se réveillant elle trouve dans son téléphone un SMS de son compagnon lui demandant : « Il faut qu’on se parle, c’est urgent. » Lise ne s’inquiète pas outre mesure et lui demande d’attendre le soir. S’ensuit une rupture brutale et sans explication.

Il est venu me voir et en, cinq minutes chrono m’explique que notre relation est terminée et il est reparti en sifflotant.

Lise, victime de violences conjugales

Une relation d’emprise

Dans les heures qui suivent cette rupture, Lise est hospitalisée en état de dissociation traumatique, un mécanisme neurobiologique de sauvegarde, mis en place par le cerveau de la victime pour survivre à un stress extrême. À l’hôpital, le personnel soignant constatant la gravité de son état, elle est orientée vers des structures spécialisées à Rennes, dont la maison des femmes Gisèle Halimi.

Ce n’est que lors de sa prise en charge que Lise va ouvrir les yeux sur la relation dont elle vient de sortir. « Je me suis rendu compte que l’homme avec lequel je sortais et que j’aimais n’était pas celui que je pensais connaître. »

Questionnée par des psychiatres, on lui explique qu’elle est victime de violences psychologiques et d’abus narcissiques, un véritable choc. « J’étais dans le déni, pour moi, on vivait une relation idyllique. »

« Je ne savais pas que j’étais victime »

Au fil de sa thérapie, Lise se souvient des silences oppressants, des paroles blessantes, des propos dénigrants, des crises de colères. « L’emprise est un rapport de pouvoir et de domination subtil et insidieux qui utilise comme principal outil la manipulation… Je n’ai rien vu venir et ça jusqu’au bout. Je ne savais pas que j’étais victime de violences. J’avais bien cette petite voix qui parfois me disait « ça, ce n’est pas normal », mais je balayais vite ces choses. Je lui ai tout donné et je me suis progressivement éteinte. »

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Cycle vicieux

Lise décrit ses symptômes : « Les derniers mois, je ne me reconnaissais plus. Je marchais sur des œufs osant de moins en moins m’exprimer sous peine de déclencher une réaction vive, un éclat de fureur, j’étais un peu sa chose. »

Un cycle vicieux, typique de ce genre de relations : « La lune de miel, le début de la peur, l’agression puis la culpabilisation. Tout revient en boucle encore et encore, jusqu’à ce qu’il me jette dehors comme sa chose. »

Sa rupture était il y a sept mois, mais elle le reconnaît : « Une relation d’emprise ne s’arrête pas avec la relation. » Lise souffre aujourd’hui d’un état de stress post-traumatique : crises d’angoisse quotidiennes, troubles du sommeil, de l’alimentation, troubles cognitifs.

« Il a broyé une table »

« Un jour, il a broyé une table devant moi tout en m’insultant et il m’a mise à la porte à plusieurs reprises. » À chaque fois, même scénario : la colère du compagnon monte, elle explose, Lise s’enfuit ou est choquée mais est rattrapée par son compagnon qui se confond en excuses puis rejette la faute sur son comportement à elle.

À chaque fois que j’essayais de revenir sur ce type de disputes il se passait la même chose, il me disait qu’il fallait bien me secouer de temps en temps et que c’était de ma faute.

Lise, victime de violences conjugales

Un rapport de domination

Selon Lise, l’emprise se caractérise par « une relation qui est avant tout un rapport de pouvoir et de domination de l’un sur l’autre qui rend la séparation inenvisageable pour celle qui est dominé. » Progressivement, elle explique avoir commencé à essayer de poser des limites à son ancien compagnon. « C’est là que je suis devenue inintéressante », analyse celle qui travaille à Rennes.

Pour elle, l’attitude de son ex-compagnon, dont elle est aujourd’hui protégée, est un dysfonctionnement. « C’est une forme de relation qu’il entretient avec tout le monde, c’est un grand manipulateur aussi bien dans sa vie privée que professionnelle. Il faut toujours qu’il arrive à ses fins, peu importe la souffrance infligée aux autres. »

« Parlez-en »

Pour Lise, une chose est sûre : « Ce n’est plus possible de banaliser ce que vivent des milliers de femmes. » Elle lance un appel : « Si vous n’êtes pas bien dans votre relation, que vous sentez un brouillard mental, que tout peut dérailler dans la violence d’un moment à l’autre, parlez en autour de vous, faites-vous aider. »

Vous pensez être victime ? N’attendez pas. Appelez le 3919, numéro d’écoute national, ou la ligne d’écoute départementale : 02 99 54 44 88. En cas d’urgence, appelez le 17.Pour les hommes auteurs de violences, il existe une permanence ouverte du lundi au samedi, de 10 h à 16 h au 08 019 019 11. 

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