After the Hunt // De Luca Guadagnino. Avec Julia Roberts, Ayo Edebiri et Andrew Garfield.

 

Je pensais naïvement que Luca Guadagnino avait peut-être retrouvé de l’inspiration. La première minute d’After the Hunt m’a presque eu : une musique envahissante comme il les adore, un générique qui rappelle clairement Woody Allen… et voilà que je me disais qu’il allait enfin sortir de la mauvaise passe dans laquelle il s’est enterré avec Challengers et Queer. Ce bref espoir n’a pas vécu longtemps. Une illusion, un faux signal, comme un panneau lumineux qui te promet une sortie d’autoroute mais t’emmène toujours plus loin dans le brouillard. 

 

Une professeure d’université est confrontée à un tournant personnel et professionnel lorsqu’une étudiante brillante porte une accusation contre l’un de ses collègues, tandis qu’un sombre secret de son propre passé menace d’être révélé.

 

Parce qu’After the Hunt affiche ses références avec une fierté étrange : un peu d’Hitchcock, un peu de Woody Allen, une envie d’aborder l’ère post-MeToo, une intrigue universitaire façon thriller moral… mais rien ne colle vraiment. Le film donne l’impression de courir après de grandes idées qu’il ne parvient jamais à attraper. Le point de départ avait pourtant quelque chose de fort : Julia Roberts incarne Alma, professeure de philosophie à Yale, soudain coincée entre les déclarations de son étudiante Maggie (Ayo Edebiri) et l’amitié d’un collègue – et ancien amant – joué par Andrew Garfield. D’un côté, une accusation d’agression sexuelle ; de l’autre, un ami qui clame son innocence. 

 

L’idée d’explorer cet entre-deux moral, dans un contexte universitaire où les rapports de pouvoir sont partout, aurait pu donner un vrai film de tension. Mais le scénario ne semble jamais savoir où aller. On dirait un premier brouillon transformé en long métrage sans passer par les ateliers indispensables : clarifier les enjeux, resserrer les dialogues, laisser les personnages respirer. À la place, tout devient flou, bavard, suspendu dans une zone grise qui n’a rien de fascinant. Le film se convainc qu’il est complexe alors qu’il se contente d’empiler des idées sans les incarner. Guadagnino a toujours aimé les discussions intenses, les regards lourds de sens, les mouvements de caméra qui frôlent la contemplation. 

 

Sauf qu’ici, la parole ne sert plus à dévoiler les personnages, mais à les noyer. After the Hunt parle beaucoup, explique beaucoup, tourne autour des mêmes notions encore et encore, et finit par étouffer le peu de tension qu’il avait réussi à créer. Cette volonté d’impressionner par l’écriture finit par peser tellement lourd que même la musique – déjà omniprésente – écrase parfois les dialogues. Il y a cette obsession du réalisateur pour les partitions presque assourdissantes, qui semblaient déjà ingérables dans ses deux films précédents et reviennent ici comme un tic sonore qu’il ne maîtrise plus. Impossible d’ignorer la volonté du film d’être en prise avec son époque. 

 

Guadagnino veut parler de cancel culture, de ce qui se joue lorsqu’une accusation surgit, des zones de manipulation, de la difficulté d’arbitrer. Sauf qu’à force d’essayer d’être actuel, le film s’accroche tellement à son sujet qu’il en perd son récit. Le résultat ressemble à une liste de thèmes : scandale, pouvoir, ambiguïté, réputation… mais rien ne trouve une direction claire. Le film refuse même de conclure, préférant un geste final qui tombe à plat et qui donne presque l’impression que tout ce qui a précédé n’avait pas vraiment d’importance. Pourtant, Guadagnino n’a rien perdu de son talent visuel. Certaines scènes sont superbes : des gros plans délicats, des jeux d’ombres élégants, une caméra qui effleure les visages comme s’il cherchait à capter la moindre fissure émotionnelle.

 

Julia Roberts, dans ces moments-là, impressionne. Elle porte le film du début à la fin, comme si elle tentait d’en sauver le cœur. Ayo Edebiri et Andrew Garfield font ce qu’ils peuvent avec des personnages mal définis, mais rien n’y fait : la mise en scène a beau être appliquée, elle reste au service d’un récit qui manque d’âme. À plusieurs reprises, Guadagnino ajoute des effets sonores étranges, comme un tic-tac artificiel pour créer du suspense. Sauf que ce suspense n’existe jamais. Le montage semble hésitant, la narration tangue, et l’ensemble devient confus. C’est peut-être la frustration la plus difficile à avaler. Julia Roberts, Andrew Garfield, Ayo Edebiri, Michael Stuhlbarg… un casting pareil, c’est un cadeau tombé du ciel pour n’importe quel réalisateur. 

 

D’habitude, Guadagnino sait les utiliser. Ici, il ne fait que les filmer. Ils existent, ils parlent, ils portent des tensions internes… mais aucun ne semble vraiment dirigé. Leurs rôles restent flous, leurs motivations changent selon les besoins de la scène, et leurs rapports ne s’épaississent jamais. Le film semble persuadé que réunir des acteurs talentueux suffit à créer du drame. Sauf qu’il manque l’écriture pour les soutenir. Ironiquement, le film révèle enfin quelque chose d’intéressant dans ses dix dernières minutes. Une révélation sur le passé d’Alma, un morceau de sa vie qui aurait pu donner une vraie colonne vertébrale au récit. 

 

Sauf qu’il arrive bien trop tard, comme si Guadagnino avait gardé la seule bonne idée pour la fin, au moment où l’attention du spectateur a déjà glissé ailleurs. À la fin, After the Hunt laisse une impression étrange : un film qui voulait être intelligent, tendu, moralement complexe, mais qui se perd en route. Un film trop bavard, trop confus, trop obsédé par sa propre importance. Un film qui cherche à provoquer un débat, mais sans jamais affirmer un point de vue solide. Une fiction qui avait toutes les cartes pour réussir – une actrice incroyable, un décor prestigieux, un sujet brûlant – et qui choisit malgré tout la voie la moins engageante.

 

Note : 3.5/10. En bref, After the Hunt voulait chasser quelque chose de grand. Il n’a attrapé que du vent. Je suis sorti avec un sentiment de gâchis. Pas un désastre total, pas une horreur, mais une œuvre qui ne fonctionne pas et qui semble ignorer pourquoi.

Sorti le 20 novembre 2025 directement sur Amazon Prime Video