Appelons ça une diversion. « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque. » Le général Mandon a pris la parole devant les maires de France. Quand tout va mal dans un pays, quand les finances sont plombées, quand l’insécurité flambe, quand l’immigration explose, quand la cote du président est au plus bas, quoi inventer ? La guerre ? La guerre ! Sinon la faire, du moins instiller l’idée que la patrie est en danger. Et malheur à ceux qui récusent cette évidence. Ils seront cloués au pilori. À bas les Munichois ! Oui ! Gloire à Emmanuel Macron qui dresse devant la Russie les canons de la riposte. Le président est déjà dans le bunker. Il prépare notre survie. Nous posséderons notre kit avec bouteilles d’eau, jeux de société et lampes de poche.
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Le général Mandon a sonné le tocsin. La mobilisation générale n’est pas encore lancée, ni la conscription activée. Seuls les militaires sont concernés. Le message est clair : la guerre approche. Alors, Messieurs, Mesdames, vos petits soucis du quotidien, vous êtes gentils, ils ne pèsent pas lourd face à une attaque nucléaire… La ficelle est un peu grosse. Vous verrez, ça marche plutôt bien. Ça calme. Et ça permet de faire diversion. Quand on parle de la guerre, on ignore les autres sujets qui fâchent. C’est l’objectif.
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De guerre lasse
Le « en même temps » définit le macronisme. Le « en même temps » n’est-il pas une diversion permanente ? « L’excès du langage est un procédé coutumier à celui qui veut faire diversion », a écrit François Mitterrand dans L’Abeille et l’architecte (Flammarion, 1978). Quand tout part à vau-l’eau, donner le change devient impératif. Diversion quand la Macronie cible Bruno Retailleau pour masquer l’échec de la diplomatie française. Diversion quand Emmanuel Macron fustige les réseaux sociaux. Les algorithmes menaceraient la démocratie. Diversion pour masquer un pays en faillite, gouverné sans autorité, soumis à une immigration de masse et contraint par l’Union européenne.
Ségolène Royal est venue ce jeudi sur le plateau de CNews pour évoquer la sortie de son ouvrage Mais qui va garder les enfants ? publié chez Fayard. Elle a lu Le Prince et paraphrasé Machiavel : « Pour maintenir un peuple dans l’obéissance et le silence, inventez-lui un ennemi. Faites-lui peur et dénoncez ceux qui veulent la paix comme des antipatriotes et des ennemis de la patrie. Un leader faible rêve de se transformer en chef de guerre. » Ségolène Royal a parfois dit des bêtises. Elle n’a pas toujours eu le jugement sûr. Elle possède un instinct politique que d’autres n’ont pas.
J’écoutais cette semaine, sur LCI, Raphaël Gluksmann. Il devrait rester dans son bureau, réfléchir et écrire. Parler aux uns et aux autres ne semble pas fait pour lui. Agir non plus. À David Pujadas, aux Français présents sur le plateau, à Éric Zemmour, il rabâchait des éléments de langage qu’il débitait sans y croire. Avec un discours sans chair et sans âme, le chouchou du système est le contraire de Ségolène Royal qui respire comme respire le pays. Elle a compris combien les paroles du général Mandon étaient déplacées : « Soit Emmanuel Macron, chef des armées, était au courant et il doit s’expliquer. Soit il n’était pas au courant et le chef d’état-major doit démissionner. »
Le chef d’état-major Mandon a parlé avec légèreté
La France est membre du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle garantit la paix. Elle n’encourage pas la guerre. Le chef d’état-major Mandon a parlé avec légèreté. Ségolène Royal a deviné l’angoisse que ses paroles disséminent dans les familles de France. Si le raisonnement est utile, l’instinct est décisif quand il s’agit de monter sur une estrade. Elle a perçu ce que tant de députés, sénateurs ou militants n’ont pas senti : « On n’a pas le droit de faire peur de cette manière à une nation entière. »
« Libé » ou l’erreur permanente
La diversion n’est pas l’apanage d’Emmanuel Macron. La presse de gauche cible CNews qu’elle accuse de propagande au service de l’extrême droite, sans souligner que, depuis quarante ans, les gouvernants sont en échec. L’immigration massive, l’insécurité galopante, la crise économique démoralisent la ville et la campagne. Le journal Libération a consacré vendredi sa Une à l’antenne de CNews (et à votre serviteur), désignés responsables de tous les maux.
Libération illustre une certaine tendance de la presse française et, au-delà, reflète l’espace médiatique du pays. Les erreurs sont inscrites dans les gènes. Libération se trompe aujourd’hui comme Serge July et ses amis se trompaient hier dans la lecture du monde tel qu’il était.
On n’a pas le droit de faire peur de cette manière à une nation entière
Il a fallu dix ans au journal créé par Jean-Paul Sartre pour condamner les Khmers rouges. Si les partis politiques ont une histoire – Libération le rappelle sans cesse au Rassemblement national –, les journaux aussi ont la leur. Libération a soutenu la révolution iranienne de l’ayatollah Khomeini. Libération défendait la pédophilie dans les années 1970 et appelait à réviser les textes concernant les rapports sexuels entre adultes et mineurs. Tout cela est loin, bien sûr.
Et je n’en veux pas aux journalistes qui déraisonnent en 2025 comme jadis leurs aînés divaguaient. Le mal est congénital. Le refus d’ouvrir les yeux perdure. Ce qui arrive en Occident, au Danemark, en Angleterre, en Italie, en France n’a pas besoin de CNews pour arriver, ni pour être vu par nos concitoyens. Le monde est la totalité des faits. Et les faits sont têtus.
Libération préfère les attaques ad hominem quand Giorgia Meloni impose des reformes en Italie que repousse la gauche en France. Meloni réussit son pari. Qu’importe ! Les journalistes, mais aussi les artistes, les écrivains, les intellectuels éreintent, dénigrent, diabolisent la présidente du Conseil des ministres d’Italie. Ils sont les enfants ou les petit-enfants de Paul Éluard lorsqu’il disait : « Staline est l’homme que nous aimons le plus », ou ceux de Pablo Picasso quand il affirmait : « Staline est un géant moral. » Ou encore de Jean-Paul Sartre, visionnaire de l’univers soviétique. « La liberté de critique est totale en URSS », avançait-il sans rire.Comme toujours, la mort ramassera les copies. Dans vingt ans, dans trente ans, je souhaite à Libération de toujours exister, et lire cette antienne sur des pages numériques, antienne qui traverse les temps, la gauche et son intelligentsia : nous nous sommes tant trompés.