Cinq semaines après avoir annoncé mettre un terme à sa carrière et pris part à son ultime course professionnelle au Tour of Guangxi, Nans Peters a recouru ce dimanche à l’occasion du cyclo-cross régional de Cognin. C’est sur l’épreuve savoyarde, disputée pratiquement chaque saison depuis les Minimes, qu’il a donc accroché son dernier dossard. “Ça me tenait à cœur de finir localement. La Chine, ça faisait un peu loin pour la famille. Là, c’était l’occasion de passer ensemble un bon moment pour finir ma carrière”, confie-t-il à DirectVelo.

UN DUEL FACE À SON FRÈRE 

Dans le parc du Forézan, famille, amis, anciens membres du staff du Chambéry CF ou coéquipiers chez Decathlon AG2R La Mondiale, ils étaient nombreux à être venus le voir pour cette dernière sortie officielle. Après une nouvelle haie d’honneur au départ, comme lors de la dernière étape du Tour of Guangxi, il aura passé toute la course au coude à coude avec son frère aîné Léo. “Il a préparé Cognin comme un fou, c’était son Championnat du Monde”, sourit le cadet. “Je m’attendais à être un tour devant lui, chambre le directeur sportif de St-Michel-Preference Home-Auber 93. Il revient de trois semaines de vacances et quatre semaines sans vélo. Donc exactement l’inverse de moi. Je reviens d’un an de vacances et trois semaines de vélo ! Il avait plus de force sur les bouts droits. Parfois, j’avais un peu plus de technique”.

Sur le bord du circuit, la question était de savoir s’ils allaient se tirer la bourre jusqu’à la toute fin. Quelques mètres devant son aîné dans le dernier tour, Nans Peters a finalement levé le pied pour franchir la ligne avec lui. “C’était une surprise”, reconnaît Léo Peters. “C’était un bon moment. Être au départ avec lui pour ma dernière course, c’est symbolique. C’est lui qui m’a amené au vélo et là on finit ensemble. Ça nous fera une belle photo”, apprécie le coureur de Decathlon AG2R La Mondiale qui avait tout de même une crainte à froid… “J’espère quand même finir devant lui car sinon je vais en entendre parler à Noël”, s’amuse celui qui a bien passé la ligne devant son aîné, en 20e position loin derrière le vainqueur Kerrian Masset (Chambéry CC).

UN MAILLOT DE LA CCC COMME CADEAU

Nans Peters n’aura pas besoin d’attendre Noël pour recevoir un cadeau. Samedi soir, il avait convié amis et famille au restaurant pour lancer ce dernier week-end en tant que cycliste. Il a reçu comme présent le maillot de la CCC, l’équipe d’Ilnur Zakarin quand l’Isérois l’avait devancé en 2020 à Loudenvielle sur le Tour de France. “J’avais sorti l’expression « il descendait comme une chèvre ». C’est resté un peu gravé. Ils me l’ont offert en XL en me disant « tu pourras rentrer dedans sous peu »”.

Le garçon de 31 ans n’a pas l’intention de porter du XL tout de suite. “J’irai rouler avec vous mais quand il fera meilleur”, a-t-il lancé après la course à son coéquipier Jordan Labrosse. “Cet hiver, ce sera le ski de fond pour le plaisir. J’ai besoin pour mon équilibre de faire du sport. J’aime ça, donc je vais continuer”.

Même si la fin de sa carrière professionnelle est toute fraîche, il assure être déjà passé à autre chose. Il a débuté une formation pour devenir conseiller en gestion de patrimoine. “Je ne voulais pas rester à ne rien faire. Je suis quelqu’un qui a tout le temps besoin d’avoir des objectifs. Je me mets à fond là-dedans. Je suis motivé et j’aime ce que je fais. Je vais être vite occupé, donc ça va bien se passer”.

« JE N’AI JAMAIS LÂCHÉ LE MORCEAU »

Comme beaucoup de coureurs cet hiver, Nans Peters n’aura pas choisi la date de sa fin de carrière. Il espérait encore disputer deux saisons, mais il a vite compris que ça ne sera pas dans son équipe de toujours. “J’ai eu un problème de genou en début d’année. C’était convenu que j’aille au Giro mais une semaine avant, l’équipe m’a dit que non. Je l’ai très mal pris”. Absent du Tour de France, il a eu peu d’occasions de se distinguer sur de grands rendez-vous pour séduire un autre employeur. “À partir de cet été, j’ai compris que je ne prenais pas les courses pour me dire que j’allais trouver un contrat. Je suis allé sur la Vuelta en me disant que c’était mon dernier Grand Tour. J’ai tenu à aller en Chine pour finir sur une belle note, sur une course par étapes et pas au Tour de Lombardie où c’est difficile de terminer la course”.

Il raccroche avec la fierté d’être toujours resté fidèle à ses valeurs. “Humainement, je suis un mec droit et carré. J’aime être dans les échappées, faire mon travail d’équipier, saisir des opportunités et me faire plaisir. Je ne fais pas du vélo pour mon patron ou les réseaux sociaux. Ce que j’aime, c’est le sport et se donner les moyens de réussir, avec du sérieux et de la rigueur. J’ai passé du bon temps avec des coéquipiers qui sont devenus des copains au fil des années. On a vécu de très belles choses”.

En passant chez les professionnels en 2017, Nans Peters n’aurait jamais imaginé gagner sur le Tour et le Giro. “Ce n’était même pas un objectif d’être au départ. Ce sont des victoires qui sont venues comme ça, en courant librement et avec la manière. Toute ma carrière, je n’ai jamais été un coureur rapide au sprint ni été le meilleur grimpeur. Mais parmi mes valeurs, il y a l’abnégation. Je suis un coureur qui n’a jamais lâché le morceau et qui s’est toujours battu”. C’est notamment pour cela qu’il y avait du monde au bord du circuit ce dimanche à Cognin.