Producteur du nouveau film de Chloé Zhao, Hamnet, Steven Spielberg a partagé ses espérances quant au futur du cinéma en salles.

JCVD peut se rhabiller, on a trouvé plus fort dans l’art du grand écart. Les chansons que mes frères m’ont apprises, The Rider et Nomadland de Chloé Zhao ont respectivement coûté 100 000, 80 000 et 5 millions de dollars. Et son quatrième long-métrage, Les Éternels pour l’écurie Marvel a fait grimper la facture jusqu’à 236 millions de dollars. Autant dire que la cinéaste oscarisée a jonglé entre petites et grosses productions, et donc entre les contraintes de la modestie pécuniaire et celles des obligations de rendements.

Si on n’en connait pas encore le budget, Chloé Zhao semble plutôt revenir à la première des deux catégories avec son adaptation du roman de Maggie O’Farrell. Hamnet raconte l’histoire de William Shakespeare (Paul Mescal) et de sa femme Agnes (Jessie Buckley) au moment du décès de leur fils Hamnet en bas âge. Deuil cruel qui inspire au dramaturge sa pièce phare : Hamlet. Une œuvre éloignée (d’après ce que sa bande-annonce laisse entrevoir) du tout-venant des longs-métrages qui trustent généralement le plus d’entrées en salles. C’est justement sous cet angle que le producteur d’Hamnet, un certain Steven Spielberg, a choisi de défendre le film.

« Eh, Jessie, tu veux qu’on construise une cabane ? »TO BE OR NOT TO BE UNE GROSSE PROD HOLLYWOODIENNE

The Hollywood Reporter nous apprend que, lors de la première du long-métrage à l’Academy Museum de Los Angeles, Steven Spielberg a tenu à défendre, en plus du film, une certaine idée du cinéma et, qui plus est, du cinéma en salles. Celui qui avait donc troqué pour l’occasion sa casquette de réalisateur contre celle de producteur a d’abord pointé du doigt le grand écran du musée avant de prononcer ces paroles :

« Ce sont ces écrans que nous nous efforçons de remplir, non seulement de superproductions épiques et divertissantes, mais aussi de portraits sensibles et intimistes du mariage, de la vie de famille, et de ces révélations bouleversantes nées du chagrin et de la souffrance – comme le film que vous allez voir. On a besoin de place pour des œuvres comme celle de Chloé sur des écrans comme celui-là. Je suis très fier d’être l’un des producteurs qui a vu Chloé réaliser ce petit miracle cinématographique. »

paul mescal hamnet

Monsieur Guillaume Poiremêlangée

Si on ne peut que se joindre à de tels vœux, il est ironique que ce soit Steven Spielberg qui les formule. Tout jugement de goût mis de côté, l’homme derrière Les Dents de la mer, Indiana Jones et Jurassic Park a largement contribué à faire du blockbuster franchisé une norme dans l’industrie. Qui plus est, en sortant ses premiers grands succès dès les années 70-80, il a (sans doute involontairement) contribué à remplacer l’âge d’or du Nouvel Hollywood par une nouvelle période de domination des studios.

Même son activité en tant que producteur a rarement fait émerger de petites perles indés autrement impossibles à monter. Et dans son rôle de producteur délégué, l’Américain a beaucoup financé des longs-métrages sans doute plus faits pour l’argent que pour l’amour de l’art (récemment, Jurassic World : Renaissance, Transformers : Le Commencement ou Indiana Jones et le Cadran de la destinée). Son bilan au service d’un cinéma modeste et sensible est pour le moins équivoque.

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Quand t’es content d’apprendre que tu fais partie des « portraits sensibles et intimistes du mariage et de la vie de famille »

Bien sûr, Steven Spielberg est sans doute conscient de cet héritage et peut-être, à bientôt 80 ans, souhaite-t-il désormais faire amende honorable. Hamnet serait alors la première étape d’une activité quasi mécénale en tant que producteurs de cinéastes fauchés aux ambitions hautes ? Surtout, blockbuster n’est pas un gros mot et s’il arrive régulièrement que gros budget rime avec grand film, ce fut plus d’une fois grâce à lui.

En attendant d’en avoir (on espère) encore une fois la preuve avec son prochain long-métrage de science-fiction, Disclosure, on a hâte de découvrir Hamnet de Chloé Zhao, dont la presse étrangère dit le plus grand bien. Il sort dans nos salles le 21 janvier 2026.