Peut-on avoir tenu ses promesses et afficher un bilan, au mieux, passable ? C’est le paradoxe de Nathalie Appéré en matière de sécurité à l’issue de ce deuxième mandat. En 2020, la thématique ne tenait pas sur une page du programme commun. Reléguée en 3e position, le thème s’est imposé, au fil des mois, comme une préoccupation majeure des Rennais et de la municipalité. À l’aube de cette nouvelle campagne, la maire doit faire avec ce gros caillou dans la chaussure, sur lequel appuient ses oppositions. En cause, l’explosion du narcotrafic et des violences qu’il engendre. 813 faits liés à la drogue étaient recensés en 2019, contre 2 194 en 2024.

Rennes, classée « ville de sécurité renforcée »

Durant le précédent mandat, la maire avait déjà été attaquée sur les questions de sécurité. Elle débutait son mandat en 2020 avec un logiciel « réinitialisé ». L’édile promettait de « poursuivre les coopérations avec l’État (…) pour obtenir des renforts policiers ». L’Intérieur a, de fait, doté Rennes de nouveaux effectifs. 38 en 2020, 25 en 2021, 12 en 2023… En 2025, Rennes a aussi été classée « ville de sécurité renforcée » par le ministre de l’Intérieur. Un statut censé faciliter les déploiements. Sans effet véritable à ce jour. On est très loin des 70 à 150 policiers supplémentaires réclamés par les syndicats de police.

Est-ce la faute à Appéré ? En réalité, la compétence est régalienne. Ses oppositions critiquent surtout « l’idéologie » qui gouvernerait en mairie. Ainsi, son refus réitéré d’armer la police municipale (PM) sert de totem.

40 policiers recrutés

Sur la PM, Appéré a globalement tenu son programme. Plus de 40 policiers ont été recrutés faisant passer le nombre d’agents de 75 au début du mandat à 115. Cette hausse du nombre de « municipaux » a permis l’extension des horaires de patrouille à la nuit. Insuffisant estiment les oppositions, qui regrettent l’absence d’une création d’une vraie brigade nocturne, comme annoncée en 2020.

Nathalie Appéré a aussi créé une brigade anti-incivilités en janvier 2024. Avec 17 agents, son objectif est de traquer les petits méfaits du quotidien : dépôts d’ordures sauvages, stationnements abusifs, comportements déplacés, harcèlement de rue…

Le dispositif de vidéosurveillance devait aussi être « renforcé ». Estimées au nombre 36 en 2020, les caméras sont plus d’une centaine début 2025. Sans effet notable sur l’évolution de la délinquance (16 600 en 2019, 19 861 en 2024). Là encore, les oppositions dénoncent l’insuffisance du déploiement dont les policiers sont pourtant de moins en moins dépendants grâce à l’usage des drones, soulignait le préfet en juin.

Explosion du narcotrafic

Promesse au point mort : la création d’une Maison de la tranquillité, en 2023, au palais Saint-Georges. Destinée à « faciliter les démarches auprès de la police municipale et proposer des permanences d’accès au droit », elle n’ouvrira probablement pas en 2026, comme annoncée il y a encore deux ans. En cause le contexte de très fortes tensions sur les finances publiques, qui s’ajoutent à différents paramètres techniques3. À la décharge de la maire, son deuxième mandat a été confronté à une crise sanitaire inédite et à une guerre en Europe dont les retentissements économiques se font toujours sentir. La France a aggravé son déficit, forçant les collectivités à faire des économies.

Conséquence de la sortie des confinements, l’explosion du narcotrafic a aussi rendu caduques des promesses comme le « Livre blanc de la sécurité », lancé un an après le début de son deuxième mandat, avant l’explosion des faits liés aux stups. À l’époque, 78 % des habitants estimaient, dans une enquête TMO, que Rennes était une ville sûre. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ? Aucune enquête n’est sortie depuis.