À l’heure des pourparlers internationaux sur un possible accord de paix entre l’Ukraine et la Russie, l’inquiétude remplace l’espoir chez les ressortissants ukrainiens.

Iryna Bourdelles, présidente de l’Association franco-ukrainienne Côte d’Azur (Afuca), également consul honoraire d’Ukraine à Nice, en explique les raisons.

Que pensez-vous du plan présenté par les États-Unis, reprenant les demandes de la Russie ?

Pour commencer, ce n’est pas comme cela qu’il faut travailler. Préparer un plan sans tenir au courant l’Ukraine et l’Europe, ce n’est pas une façon de trouver un accord qui convient tout le monde. Ensuite, nous imposer un plan qui reprend complètement les demandes et ultimatums de la Russie c’est nous prendre au piège. Quand je dis « nous » je parle de l’Ukraine et de l’Europe. Parce que si demain l’Ukraine est obligée de capituler, c’est le continent européen qui est directement impacté.

Vous parlez des réfugiés ?

Ici sur la Côte d’Azur, dans la communauté ukrainienne on en parle clairement. Si on nous oblige à accepter ce plan – qui est en fait une capitulation -, il faut que l’on se prépare à une importante vague d’immigration en France et dans les Alpes-Maritimes – où nous sommes 15.000 dans le département. Cela signifie que qu’il faut qu’on sauve nos enfants, nos familles, les vies qu’il reste : on a toujours des proches sur place, d’autant que l’hiver qui arrive va être très rude. On ne peut pas faire des sacrifices en permanence, nous en avons déjà fait énormément. Cette nuit encore il y a eu six morts à Kiev [NDLR. des frappes russes durant la nuit du lundi 24 au mardi 25 novembre]. On n’en parle plus mais cela reste notre réalité au quotidien.

Le président Emmanuel Macron au G20.

La contre-proposition européenne vous rassure-t-elle ?

Bien sûr, le dernier espoir qu’il nous reste, c’est le soutien européen et français plus particulièrement. Ça nous rassure de voir que l’Europe et la France rappellent que le plan tel quel est une violation du droit international, du respect des frontières. Mais on sait très bien que cette proposition ne sera jamais acceptée par la Russie. Donc en fait, on tourne en rond.

Le négociateur ukrainien Andriï Iermak, à gauche et le sécrataire d’Etat, des Etats-Unis, aux discussions à Genève.

Pensez-vous qu’une issue soit possible lors de ces pourparlers ?

On ne peut pas négocier avec la Russie qui veut la guerre et récupérer le territoire ukrainien. L’Europe a compris la logique russe. Mais on a l’impression que Trump ne le comprend pas, ou qu’il fait semblant de ne pas le comprendre. La Russie ne va pas céder, à mon sens il n’y aura pas de compromis. Zelensky n’est pas seul : il y a 40 millions de personnes qui attendent aussi une décision, mais qui doit respecter les droits internationaux et les vies ukrainiennes. Le peuple ukrainien a fait ses preuves : on estime qu’on mérite quand même un peu de respect et pas les conditions imposées par le plan américain.