Avec l’entrée en jeu (et en images), depuis quelques jours, de Rachida Dati, la campagne pour les municipales 2026 a pris un nouveau tournant médiatique à Paris. Pourtant, ses adversaires de gauche comme du centre ne l’ont pas attendue pour multiplier les propositions et dévoiler au compte-goutte leur programme. Parmi eux, David Belliard, actuel adjoint d’Anne Hidalgo en charge de la transformation de l’espace public, des transports et des mobilités et tête de liste des Ecologistes.

Avant de savoir s’il fera alliance avec Ian Brossat (PC) et Emmanuel Grégoire (PS) (voire avec l’insoumise Sophia Chikirou) dès le premier tour, il est crédité selon le dernier sondage IFOP de 13 à 14 % des votes et mène sa campagne de manière indépendante. À 20 Minutes, il a confié sa dernière proposition en date : la création d’une Mutuelle municipale de Paris.

Pourquoi la santé est un sujet peu abordé dans la campagne municipale ?

C’est pourtant un sujet qui est au cœur de tous mes combats. Déjà lorsque je travaillais pour Sidaction (il a été directeur général adjoint de l’association en 2006), mais aussi en tant que journaliste à Alternatives économiques où je couvrais les sujets de politiques de santé publique et de protection sociale. Cela a toujours été une colonne vertébrale de mon engagement politique et de celui des Ecologistes : la santé environnementale. D’un côté, on fait baisser la pollution, on améliore la qualité de la nourriture, on essaie de faire que l’eau soit plus pure. Et de l’autre, et ça, c’est le pendant qui était jusqu’à présent pris en charge par la collectivité, c’est l’accès aux soins, qui était un modèle d’ailleurs plutôt performant en vérité.

Pourquoi alors vouloir créer une Mutuelle municipale de Paris ?

J’essaie de faire des propositions positives autour d’un sujet qui me semble important et qui s’appelle l’écologie populaire. Parce que l’écologie est souvent perçue comme un truc de riches. Moi je ne n’y crois pas du tout. Je pense que l’écologie est pour tout le monde. Et en particulier pour les plus pauvres à qui on doit aussi la protection via des actions concrètes.

On parle souvent de « fin du monde », mais on doit aussi parler de « fin du mois ». Et l’accès aux soins est une des préoccupations premières des gens, trop souvent oubliée. Donc on va continuer à végétaliser les rues, mais on va aussi faire en sorte de protéger la santé des Parisiennes et des Parisiens.

Aujourd’hui à Paris, vous avez 500.000 retraités, 15 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté, 6 % de chômeurs et des dizaines de milliers d’étudiants et de jeunes travailleurs qui ne sont pas, ou très mal, couverts. L’accès aux soins aujourd’hui et pour beaucoup, c’est « Koh-Lanta ».

Mais est-ce le rôle de la ville, et de Paris en particulier, de proposer une mutuelle ?

Plus que jamais. Parce que l’État a baissé les armes et jeté, d’une certaine manière, le modèle de protection sociale qui était le nôtre depuis 1945. On voit l’état de délabrement de l’hôpital et le recul effectué sur les questions écologiques. Je ne parle pas que de biodiversité ou de climat, je parle de choses très concrètes comme la zone à faibles émissions par exemple, mis aux oubliettes alors que nous avons des problèmes de santé majeurs liés à la pollution de l’air. Donc on voit bien qu’on a affaire à un gouvernement absent, voire ennemi de la santé des gens.

Je pense qu’il est temps d’acter cela et de se résoudre à ne plus demander à l’État ce qu’il ne nous donnera jamais parce qu’il est dans une logique populiste et libérale qui défend les intérêts des plus riches face aux besoins de la majorité de la population.

La conviction que j’ai aujourd’hui, c’est que Paris doit pallier par certains aspects les manquements coupables de l’État. La question de l’accès aux soins en fait partie. Nous assistons à un tel niveau d’abandon des services publics… Alors je dis : « L’Etat ne fait plus le job, Paris va le faire. »

Comment ça marche ?

Nous allons négocier avec des gens dont c’est le métier, c’est-à-dire les mutuelles. J’insiste sur ce terme, ce ne seront pas des assurances. Je veux un modèle mutualiste parce que je ne veux pas que les contrats et les cotisations fluctuent en fonction des risques, l’âge étant le premier d’entre eux.

Quand chacune et chacun d’entre nous est bien soigné, c’est toute la population qui en bénéficie. Donc c’est un outil de bien commun. Cela fonctionnera via un appel d’offres.

Qui peut y adhérer et quels gains espérez-vous en tirer ?

La mutuelle a été pensée en particulier pour tous ceux qui sont dans les angles morts de la complémentaire santé. Les indépendants, les autoentrepreneurs, les retraités qui perdent leur mutuelle d’entreprise après un an ou qui paient des sommes pharaoniques pour se protéger, les jeunes travailleurs, les étudiants, etc. Mais elle sera ouverte à tous les habitants de la capitale, ceux qui y travaillent et ceux qui y étudient. Tous ceux qui font vivre Paris.

Plus nous serons à y adhérer et plus nous aurons de poids pour négocier des contrats collectifs avantageux pour une offre de soins de qualité avec pour premiers objectifs les soins dentaires, l’optique et la santé mentale. Mais nous regarderons de très nombreuses autres pathologies pour négocier les tarifs les plus compétitifs.

Il y a déjà 2.800 communes qui ont opté pour une mutuelle communale En France. La moitié des communes de Seine-Saint-Denis l’a fait pour des gains entre 20 et 40 % par rapport au marché. Le prix moyen d’une mutuelle aujourd’hui se situe autour de 1.600 euros par an. Donc ça fait entre 320 et 640 euros d’économies pour une mutuelle de meilleure qualité. C’est du pouvoir d’achat et du pouvoir de vivre supplémentaire dans une ville où les prix des loyers et de la vie sont déjà chers. Pour les personnes les plus pauvres et en difficultés, nous pourrons également proposer une prise en charge de cette mutuelle.

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Plus nous serons nombreux, plus les risques seront répartis et dilués. C’est le principe de la mutuelle qui ne peut pas refuser un contrat et propose les mêmes tarifs à tous, que vous soyez en très bonne santé ou que vous ayez eu deux cancers. Et si un jour il vous arrive quelque chose, vous ne paierez pas plus. C’est un système de solidarité en miroir. C’est cela, pour moi, qui participe à la cohésion sociale.