Face au conflit qui s’enlise en Ukraine et aux craintes d’une expansion de la guerre à d’autres pays européens, Emmanuel Macron doit annoncer, ce jeudi 27 novembre, la création d’un service militaire volontaire en France. Le service militaire obligatoire, lui, a été supprimé en 1997 dans le pays. Quel souvenir en gardent ceux qui l’ont effectué ?

Il y a d’abord les souvenirs, brûlants pour certains. « Des week-ends entiers à garder une ancienne poudrière en plein cagnard. On n’a jamais su s’il y avait encore des munitions. C’était un peu le « Désert des Tartares » », s’amuse un ancien appelé du contingent, en se remémorant son service militaire en France. Un souvenir au contraire glacial, pour d’autres : « J’ai passé le permis poids lourds lors de mes classes en plein hiver, dans la Sarthe, au sud-ouest de Paris, dans une base aérienne désaffectée où il faisait régulièrement des températures négatives. Un souvenir très froid. »

« J’ai fait une préparation militaire parachutiste. On saute de 400 mètres, l’atterrissage peut être un peu brutal », confie un ancien participant. « Une vie rythmée par le réveil matinal, la prise des repas à des horaires bien précis, le lever des couleurs, les séances de sport… Il y avait une vraie fracture entre la vie civile et la vie militaire », détaille un autre.

Une vie routinière et un travail souvent perçu comme besogneux. « Cela évoque des choses totalement inutiles pour moi. J’ai ramassé tout ce qui n’était pas gravillons au sol. On était censé enlever les brins d’herbe. Dès qu’il y en a un ou deux qui déconnaient, ils allaient en cabane », raconte cet homme.

De longs moments d’ennuis, parfois ponctués de franches rigolades, liées à ces petites stratégies afin d’échapper aux sanctions. « ​​​​​​​Je me souviens d’un sergent-chef assez gros, rougeaud. On sentait qu’il aimait bien titiller du goulot. Lui, son grand plaisir, c’était de faire un trafic de pneus. À l’époque, autour de l’armée, il y avait plein de petites combines comme cela. C’était la « combinazzione » », décrit cet ancien appelé.

Cet homme, aux cheveux longs qui tombent sur les épaules, se souvient de sa surprise après les avoir rasés : « ​​​​​​​Mon père m’a à peine reconnu quand je suis retourné en permission. J’avais les cheveux coupés courts. »

De longues années après, les souvenirs des uns et des autres sont partagés, concernant leur service militaire. Pour certains, l’épisode reste douloureux : « ​​​​​​​C’était un très mauvais moment. Douze mois difficiles. » Certains ont su tirer profit de cette parenthèse militaire dans leur vie : « Je faisais des études de sciences politiques. J’ai toujours aimé la sociologie des organisations et de l’armée. C’était un cas pratique merveilleux. »

D’autres mettent en avant le brassage social qu’ils ont vécu. « Moi, j’appartiens à la classe moyenne, plutôt confortable, mais j’étais avec des gens qui n’étaient pas confortables du tout. Des gens qui n’avaient pas fait d’études, d’autres qui en faisaient beaucoup. Il y a de tout. On arrive quand même à fraterniser un peu. »

À cette époque, le service militaire durait un an et était obligatoire pour les hommes. Il fut suspendu par le président de la République Jacques Chirac en 1997.

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